L'HISTOIRE DE BONE

Dorothy ALLISON

 

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Fiche :

L'histoire de Bone
Dorothy Allison
10/18
415 pages.
Prix : 9,91 E / 65 FF.

Résumé :

C’est un roman largement autobiographique que signe Dorothy Allison, apparaissant sous les traits de Ruth Anne, Ruth comme sa tante, Anne comme sa mère. L’enfant, "pas plus grosse qu’un osselet" selon son oncle, est rapidement surnommée Bone. Née de père inconnu, elle est "estampillée bâtarde de la Caroline du Sud". C’est dans une atmosphère de profonde misère que la petite Bone grandit, partagée entre son amour pour sa mère et sa haine pour un beau-père qui la violente sexuellement, entourée de tantes fatiguées par de multiples grossesses et d’oncles ivrognes. Dorothy Allison utilise l’écriture pour exorciser une enfance nourrie de violences et de pauvreté. Se dévoilant avec une grande sincérité, Dorothy Allison élargit aussi son champ d’écriture, se faisant le témoin des familles de Caroline du Sud, rongées par la misère, sans espoir et sans aspiration. Pour ce roman, Dorothy Allison a été finaliste pour le National Book Award en 1992. - Présentation de l'éditeur -

Extrait :

La nuit semblait tout envelopper autour de moi comme une couverture. J’avais l’impression que mes entrailles avaient fondu et je sentais le goût du vent dans ma bouche. La douce musique de gospel se déversait en moi par la voix éclatante d’un jeune garçon et faisait gonfler dans mon cœur toute ma méchanceté, toute ma jalousie et ma haine. Je revoyais les doigts de tante Ruth, qui s’agitaient devant sa figure avec la légèreté de pattes d’oiseau, je revoyais les joues rouges et les cheveux bruns, plats d’oncle Earle, tandis qu’ils criaient tous les deux sur la véranda, je revoyais les traits tirés, inquiets de maman, et les yeux froids, furieux de papa Glen ? Le monde était trop grand pour moi, la musique trop puissante. Je savais, je savais que j’étais la personne la plus dégoûtante de la terre. Je ne méritais pas de vivre un jour de plus. Je me suis mise à hoqueter et à pleurer. Comment pouvais-je vivre avec moi-même ? La musique était une rivière qui essayait de me purifier.

Je sanglotais et enfonçais les talons dans la terre, soûle de chagrin et de cette voix pure, pure, qui s’élevait au-dessus du chœur. Tante Alma jurait que tous les chanteurs de gospel étaient des ivrognes, mais, à ce moment-là, ça m’était égal. Que ce soit du whisky dans les coulisses, ou des baisers profonds échangés dans les loges, tout ce qui provoquait ce courant était nécessaire, était parfait. Je me suis essuyé les yeux et j’ai juré tout haut. Je voulais hurler : donnez une autre bouteille à ce garçon. Trouvez à cette fille un mari assidu. Mais nom de Dieu, qu’ils continuent à chanter cette musique. Seigneur, faites que je me soûle de cette musique !

Je me suis balancée d’avant en arrière, labourant la terre rouge de mes talons, mes poings sur le ventre, fredonnant jusqu’à la nuit tombée, à la lueur de la tente. J’ai pleuré jusqu’à en être vidée, et puis j’ai ri. J’ai renversé la tête en arrière et j’ai ri à en avoir la voix rauque, jusqu’à ce que le brouillard humide tombe sur les lumières du revival. Si tante Ruth était venue me trouver à ce moment-là, je lui aurais demandé pardon pour tout –parce que je vivais et ne l’aimais pas assez pour la sauver du cancer qui la dévorait vivante. Je ne savais plus pour quoi encore ; Pour quelque chose, sûrement, il devait bien y avoir quelque chose à me faire pardonner, le fait d’être jeune, en bonne santé et assise là, gorgée de musique. Voilà ce que le gospel devait réussir à faire – vous obliger à vous haïr et à vous aimer en même temps, cous apporter la honte et la gloire. Avec moi, ça marchait. Ca marchait parfaitement.. (Pages 186-187)

Critique/Presse :

"Dorothy Allison sonne le retour de la littérature sociale aux Etats-Unis. Elle est devenue l'écrivain de l'autre amérique : celle des blancs déshérités qui n'ont aucun espoir, aucune croyance, aucun avenir. Avec une force incroyable, Dorothy ALlison décrit ce vide et cette violence."

Bernard Géniès, Le Nouvel Observateur

Petite remarque perso : Une petite fille grandit dans un milieu défavorisé et sans espoir, proche de la misère. La violence, la peur, la révolte et la colère toujours au coeur. Bone se débat pour grandir, lutte contre elle-même, aime, crie, souffre. J'ai beaucoup aimé de livre. Il nous montre une amérique bien loin du rêve américain. Une réalité sans concession.

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