Un Monde A Lire
Hongroise
HONGROISE
 
Eric HOLDER
 
Editeur J'ai Lu
Collection J'ai Lu, numéro 7301
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2290333379
 
Liste des livres
Liste des auteurs
   

«Moi non plus, (...) je ne connais pas la Hongrie. Je l’ai découverte dans les livres de Dezsö Kosztolànyi et dans "l’Enfant du Danube", publié sous le pseudonyme de John Pen. J’ai le sentiment que les écrivains hongrois ont une âme.» Quand on lui demande ce qu’est une âme, Holder répond sans hésiter : «Les médecins du début du XIXe siècle, ayant pesé le corps avant et après la mort, avaient calculé qu’il manquait 23 grammes. Voilà le poids exact de l’âme. Trois fois rien...» Avec sa bouche, il fait entendre un souffle fluet, avec ses mains, il dessine dans l’air l’idée de l’apesanteur, et finit par lâcher: «C’est inexplicable.» Extrait article du Nouvel Observateur - Août 2002

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

" Tout en elle était imprégné d'une sorte de lassitude bienveillante, ce repli mêlé de douceur qu'on voit à celles qui ont vécu. " À l'occasion de l'enterrement de son ami Claude, Éric, écrivain, se souvient de leur amitié, et des confidences que ce dernier lui a livrées
sur sa vie. Jeune médecin bordelais brisé par ses années de guerre en Algérie, Claude a fait la rencontre d'une mystérieuse famille hongroise qui a bouleversé sa destinée, Viktor et ses deux filles, Véra et Ibolya. Pour Véra, qu'il a aimée passionnément, il a quitté femme et enfant. Dans une langue musicale, Éric Holder tisse un récit aux fascinants pouvoirs qui explore les fêlures d'êtres profondément attachants.

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L'auteur raconte l'histoire de Claude, son voisin. Personnage réel ou imaginaire, il quitta autrefois la voie toute tracée qui l'attendait pour casser son destin. Dans leur trou paumé, l'écrivain et ce médecin à la retraite ont donc appris à s'observer, à s'apprivoiser et finalement à s'apprécier. Au point qu'avant de mourir Claude confie à Eric - le narrateur - son histoire. Celle que voici.
Lorsqu'il était jeune homme, à la fin des années 50, Claude, fils de la bonne bourgeoisie bordelaise, était promis à un avenir paisible, jusqu'à ce qu'il rentre bouleversé de la guerre d'Algérie. Il a beau s'installer ensuite comme médecin à Bordeaux, se marier, avoir un enfant, très vite il «dévisse» en faisant la connaissance d'une famille d'exilés hongrois réfugiés à la très bohème pension Esterhazy. Une drôle de tribu, les Ferenczi: un père, seigneur catarrheux et désargenté; un oncle, amateur de putains et trafiquant d'art; une bonne aux accès de «joie mauvaise». Mais surtout deux sœurs, belles, envoûtantes, mystérieuses: Ibolya et Véra. La première, éprise d'idéal, joue les nocturnes de Chopin sur un demi-queue Bösendorfer, faute de savoir aimer. La seconde, dont Claude tombera amoureux, porte le stigmate d'un tragique secret dans l'estafilade qui barre l'un de ses poignets. L'Express Livres - Olivier Le Naire

 

Extrait :

Il y eut ce moment où je proposai à Véra d’aller écouter Ibolya jouer. Ne m’avait-elle pas promis… ? Je n’avais rien promis, dit Véra, cependant elle se laissa convaincre, à contrecoeur. Le Bösendorfer découvert n’avait rien d’un piano miniature, mais j’eus le sentiment, en installant deux chaises côte à côte, formant le parterre, que nous étions tous trois les figurants d’un goûter enfantin à la fin du siècle dernier. Quoique Ibolya ne comprît pas le français, Véra se pencha vers moi, comme au théâtre, pour chuchoter, Vous allez être surpris, peut-être agacé, je vous en prie, n’en montrez rien.

Le morceau par lequel elle débuta était loin de m’être étranger. C’est peu de dire que je ne suis pas mélomane, cependant certaines œuvres ont une sorte de chic pour apparaître de façon régulière sur votre route, si bien qu’à la fin vous entretenez avec elles des rapports intimes qui dépassent leur écoute. Les Nocturnes de Chopin avaient bercé la période la plus intime de mon adolescence, j’en possédais plusieurs interprétations parmi les rares microsillons qui m’avaient accompagné durant mes études. On m’avait prévenu que je serai surpris, je le fus également par le tact, la précision, la tranquillité affirmée avec lesquels Ibolya s’installait dans la première de l’opus 9 en si bémol mineur. Véra me lançait de brefs coups d’œil en rougissant à mesure qu’instinctivement, je me portais en avant. Mon cœur, depuis le hangar, gagnait la piste d’atterrissage, s’apprêtait à prendre son envol, quand brusquement il y eut une fausse note, bientôt suivie d’une autre, et d’une autre. La main gauche essaya de calmer l’allure. En vain. La droite s’affolait dans la dissonance, elle quitta brusquement le clavier et vint étreindre un genou. J’observai le visage d’Ibolya. On attendait une excuse en hongrois, un juron. Rien. Où était-elle partie ? Au milieu du pays splendide de ses traits, ses yeux figuraient deux trous d’eau sombre.

Puis les doigts rejoignirent un par un les touches. Toujours l’opus 9, mais en mi bémol majeur cette fois. Quelques chose de curieux se faisait jour en vous, et d’assez insupportable.La mélodie augmentant, et les notes s’ajustant entre elles de manière de plus en plus limpide, jusqu’à vous laisser entrevoir la perfection, vous sentant prêt à partir, vous aussi, voilà qu’une alarme se mettait à crépiter au fond de votre crâne, vous vous rendiez compte, avec une angoisse proportionnelle à la beauté de son jeu, que vous guettiez le moment où elle allait se casser la figure. Quand cela eut lieu, je serrai si fort mon propre genou que je me fis mal. Véra, dont on était étonné qu’elle pût rougir à ce point, se dépêcha d’applaudir, mettant fin à la séance. Sur un signe d’elle, j’en fis autant.(Pages 58-60)

 

Critique/Presse :

Au fil de cette histoire tendre et grave, Holder remonte en expert - presque en médecin - jusqu'à «la source jamais tarie de la douleur» où ses héros se noient. Si certains déploreront des clichés ou des facilités (le traumatisme algérien résumé en deux pages, l' «âme» et l'histoire magyares expédiées en quatre, façon dictionnaire des idées reçues...), on ne peut s'empêcher de succomber au charme de cette variation hongroise où vibrent en harmonie, et sans mièvrerie, toutes les cordes de l'extrême sensibilité. L'express Livres - Août 2002

«Hongroise» est un beau roman dont l’intrigue est ténue et la poésie, puissante. Il y avait matière à un polar ou à une grande histoire d’amour, mais Holder a choisi de ne faire aucune concession, de ne tomber dans aucune facilité. C’est tout simplement l’histoire d’un homme qui s’éloigne, la chronique d’une fugue plus musicale que sociale, une manière d’exil intérieur. La Hongrie n’est qu’un prétexte.Le Nouvel Observateur - Août 2002

L'art d'Eric Holder est plus que jamais sensible dans son approche des êtres qui cachent un secret. Il suggère qu'au fond ses personnages se ressemblent par une fêlure intime, que ce sont tous des fraudeurs, rescapés d'un désastre qui les a détruits. Son narrateur lui-même n'échappe pas à «la bonne vieille crainte de n'être qu'un voleur [...] pris sur le vif, la main dans le sac», à s'emparer de la vie d'autrui. En douceur, sotto voce, avec une empathie contagieuse.
Le temps - Novembre 2002

Petite remarque perso : J'aime les histoires qui explorent les "fêlures" de l'être humain. Celle-ci plonge dans le passé d'un médecin de campagne dont la vie bien rangée, brusquement prend une toute autre orientation. Une femme, hongroise, sa soeur, leur père, une maison dont les mystères hantent les jeunes gens de la commune depuis longtemps... et alimentent leurs rêves. Et puis "l'âme hongroise" peut-être, où l'on se retrouve toujours en équilibre précaire entre le rire et les larmes, le léger et le grâve. Tout est en place pour que le lecteur s'installe confortablement et se laisse emporter par le roman.

Nota : j'avais dans un premier temps noté dans mon commentaire : "l'âme slave", et un lecteur m'a gentiment fait remarquer que les Hongrois ne sont pas slaves ! Vous trouverez ici un lien vers un article sur le sujet

 

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