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PAROLES DE DETENUS

Collectif RADIO-FRANCE

 

Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle

Fiche :

Auteur Collectif
Editeur Librio - 2000
Collection Librio, numéro 409
Nombre de pages 190 pages
Format 13 cm x 21 cm
ISBN 2290316695

Résumé :

Un jour, une heure, leur vie a basculé.

En prison, ils sont entrés dans un autre monde, où plus rien n'a tout à fait le même sens. Ces détenus, à la fois si loin et si proches de nous, disent leur désespoir, leur besoin de dignité, leurs passions, et cette force de vivre, malgré tout.

Les auditeurs des stations de Radio France ont répondu à l’appel qui leur était lancé, et qui cherchait à réunir les paroles de ceux qui sont privés de liberté, quelle qu’en puisse être la raison : grâce aux détenus ou aux anciens détenus, à leurs familles, grâce aux visiteurs et aux correspondants de prison, aux animateur d’ateliers d’écriture en milieu carcéral, plus de deux mille textes sont venus nourrir le corpus qui a permis de composer ce livre au terme d’une sélection qui visait à publier les témoignages les plus forts, les plus authentiques, les plus émouvants.
Fort naturellement, notre choix s’est porté sur des textes en grande majorité contemporains et, le plus souvent, écrits par des détenus anonymes. Jean-Pierre Guéno

Extrait :

« C'est lorsque l'on est dedans que l'on se rend compte à quel point la prison est injuste. Avant d'y être moi-même confronté, cela ne m'avait même pas effleuré... Que dois je faire? Attendre, me dit-on. Demain sera meilleur. La vie recommence dans quelques mois. Quand tu auras payé, plus Léger tu seras. Mais je sais maintenant, le boulet détaché, les marques resteront. » - Sébastien

"Au grincement sinistre et significatif de la lourde porte se refermant sur moi succède peu à peu un silence de fin du monde… surtout ne plus penser… ne plus penser pour ne pas craquer… déposer mon piètre nécessaire de taulard… le disposer… lui assigner une place… créer l’illusion de l’utilité d’un geste… reste à vivre… même pas à vivre, à exister seulement… à végéter animalement, organiquement…

Mais surtout, surtout ne plus penser… repousser les images, toujours les mêmes, celles d’hier, d’ailleurs, du temps qui ne reviendra plus avant tant de temps… ne pas penser… ne pas reprendre les dernières phrases de la dernière conversation… les mots que la séparation a rendus si douloureux… si déchirants… ne pas penser… se dire seulement qu’il fait froid, qu’il fait tristes… s’éparpiller dans les détails, se fixer aux automatismes… cuillère, fourchette, assiette, bol… manque rien… non rien, pour fonctionner, pour subir… mais ne pas penser… surtout se défendre d’être conscient… d’être lucide… s’interdire de comprendre que dehors, dans un autre temps de ce temps, un monde existe encore où des femmes et des homes sont heureux sur une terre à la dérive… (…) " Michel - Varces

"Et la prison c’est ça… absence, éloignement, impuissance, manque, détresse. Un tunnel qui vous écarte de la vie dehors, comme si tout à coup on vous voilait les yeux, on vous attachait les mains, les pieds, et on vous enlevait la voix comme on éteint une radio. Qu’est-ce qu’on devient, à ce moment-là ? QU’est-ce qu’on devient, quand on vous enlève le vent, les arbres, le rire des enfants… Quand on vous lâche dans un autre monde, hostile, froid, où le regard de ceux que vous aimez n’est permis que quelques minutes par mois ; ces minutes pendant lesquelles on étouffe un peu, alors que l’on voudrait respirer si fort cette présence… pour qu’elle nous accompagne encore quand le temps sera écoulé, impitoyable, et qu’on vous voile à nouveau les yeux. (…)" Idora

"J’ai un gros problème, car j’ai des années de haine dans mon cœur, et au fond de moi, je sens qu’il faut que je laisse mes larmes couler et je ne peux pas.
D’ailleurs je suis persuadé que vous l’avez vu dans mes yeux ? Ce n’est pas par orgueil que je retiens ces larmes, mais ce n’est pas un endroit pour vider mon cœur, et que si cela m’arrivait, j’en serais terriblement marqué.
Mais je sais qu’il me faudra laisser mon cœur se vider, car il en a trop accumulé durant ces dernières années.
J’ai envie de devenir quelqu’un de bien. Je suis quelqu’un pour moi, il suffit que je m’améliore, mais je suis quelqu’un de bien, quoique les gens pensent de moi. (…)" Moawiyya

"Ma chérie hors temps.
J’ai aimé ta façon de m’embrasser, de tes baisers ralentis, plus qu’aimé. J’en suis encore bouleversé et ce regard long que tu as plongé sur moi. C’est vrai, il y a tellement de regards sans vie autour de moi que je me défie instinctivement des regards de la mort… Mais tu verras à notre prochain parloir, je ne quitterai pas d’une once l’hypnotique de tes yeux. Tout ce que tes yeux ont à me donner de toi, je m’en emplirai des heures et des heures, m’en rechargerai… vivrai dans notre monde, notre vie avec toi. Par le regard, on débouche sur des infinis merveilleux. Je peux réaliser au moment où nos yeux s’offrent que je suis à l’intérieur de toi, que je vis dans ta main, que je vis dans tes rêves, que je suis dans tes combats, que j’arme tes armes, que je coule dans ton sang, que je coule dans ton existence, que je me baigne et explose de bonheur. C’est tout cela et plus nos regards. Je comprends maintenant. Je vivrai comme cela dès que je te reverrai. Je serai des heures, des heures en face de toi, je ne serai que le silence, que le voyage en ta vie… Pour être sûr que je ne rêve pas, j’aurai la réalité de mes lèvres à portée des tiennes, des baisers frôlés, partagés, ralentis et lents pour vivre ton existence… Des heures et des heures de cette intimité où plus rien n’existe que nos voyages, notre chaleur ou simplement l’Amour. C’est un vécu de parloir, un vécu à prendre le plus souvent, un vécu inégalable ! si arraché soit-il par la présence des matons… Je t’aime. A tout à l’heure." Roger Knobelpiess – Lettres de prison

Critique :

Petite remarque perso : Le milieu carcéral... Un univers qui nous semble à des années lumières de nos vies bien rangées. Pourtant, tout ce déferlement de sentiments, d'émotions, de douleur plus ou moins contenue, de révolte... Toutes ces émotions, nous les ressentons aussi, parfois, dans un autre contexte bien sûr, mais nous pourrions les exprimer avec presque les mêmes mots et, à travers ces destins brisés, malgré les apparences, c'est encore un peu de nous-même que nous retrouvons. Des témoignages vraiment bouleversants. Je pense à cette citation de Christian Bobin que j'ai glissé sur une des pages de ce site : "Un livre, un vrai livre, ce n'est pas quelqu'un qui nous parle, c'est quelqu'un qui nous entend, qui sait nous entendre."

 

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