Un Monde A Lire
LETTRES A TOUSSENOT (BRASSENS)
 
Recueil composé par Jeanine Marc-Pezet
 
Editions Textuel
224 pages
160 x 210 mm
Broché.
ISBN : 2-84597-039-0
Ouvrage coédité avec France Bleu.
 
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"La pensée détruit tout ce qu'elle touche, mais sans elle, l'homme n'est rien" Roger Toussenot

Résumé :

Présentation de l'éditeur

«Tu es l’ami du meilleur de moi-même » confiait Brassens à Toussenot. Ce sont les lettres que le chanteur envoya, entre 1946 et 1950, à son ami Roger Toussenot, philosophe, qui sont ici publiées pour la première fois. Si ce sont leurs convictions libertaires qui les unissent, leur dialogue va bien au-delà. On y découvre les goûts littéraires de Georges Brassens, ses doutes et ses passions alors qu’il est en plein apprentissage de l’écriture… et l’extrême dénuement dans lequel il vivait. Ce recueil permet de pénétrer dans les coulisses de la conception d’une œuvre exceptionnelle grâce à une amitié qui a participé à sa construction.

Roger Toussenot, destinataire des lettres, est né à Lyon en 1926, dans une famille modeste. Très tôt, il fut sensibilisé à la politique et au syndicalisme. Ses études furent abrégées à cause de la guerre, mais son appétit de savoir était tel que jamais il ne cessa de travailler ses maîtres, se jouant des plus redoutables abstractions. De Socrate à Bergson en passant par Descartes et Spinoza, de Villon à Paul Fort en passant par Racine et Hugo, il entreprend d’écrire des Fragments, restés dans leur état et jamais publiés, pour revenir à des emplois obscurs de fonctionnaire. Il renonce à vivre en 1964.

 

Extrait :

Paris, mardi 16 novembre 1948

"J'avais primitivement l'intention de répondre à de nombreuses critiques et en même temps d'expliquer quelques questions très simples totalement obscurcies par la lumière moderne : qu'est-ce que la poésie ? etc., etc. Mais j'ai eu l'imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques. Soudain, une indolence du poids de vingt atmosphères s'est abattue sur moi et je me suis arrêté devant l'épouvantable inutilité d'expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit" Charles Baudelaire

Mon cher vieux,

Certes, nous le savons par cœur ce "fragment" -comme tu dis- de la préface de Baudelaire, et tu en possèdes même une copie faite un jour que j'ai secoué ma paresse. Mais, en face d'un monde cruel et perdu, il convient de boire continuellement l'alcool de la lucidité distillé par ce poète grand et pudique. Le métal ne risque rien, diras-tu. Je le pense. Mais il m'arrivait, autrefois, de me laisser aller au charme de mes chants, et ceci devant des individus faits à la diable. C'est pour m'éviter de semblables errements que j'appelle toujours Baudelaire à mon secours. Ne nous y trompons pas : une vigilance assidue peut seule nous aider à échapper à leurs griffes. Les moyens dont ils disposent pour nous diminuer et même nous prostituer sont innombrables et efficaces (exploitation de la vanité surtout). Comme bouclier, nous ne disposons que de notre "tremblement" (je songe à la fameuse citation de Goethe). Un moment d'inattention, et c'est la ruine, l'abdication, l'engrenage, bref ce que tu appelles "le pluriel", un pluriel qui se croit singulier. Or toi, Roger, tu n'as pas le droit de me faire une vacherie pareille. Il en va de même pour moi vis-à-vis de toi. Quelque chose de sacré, et dont nous ne sommes que les artisans, préside au silence entre toi et moi. Dès que quelque chose ne marche pas dans la Solitude, cite et relis un poète ou un philosophe et le salut devient chose visible, possible. Ces conseils, en vérité, c'est à moi plutôt qu'à toi que je les adresse...(Pages 89-90)
 

Critique/Presse :

Encore un ouvrage fascinant à plus d'un titre, mais à l'intention uniquement des plus fervents amateurs. Roger Toussenot fut un ami de Brassens pendant les années de galère, entre 1946 et 1950. Philosophe, critique, écrivain, ami des cinéastes français Abel Gance et Jean Epstein, Toussenot est pourtant un parfait inconnu de nos jours. Ces lettres de Brassens à Toussenot révèlent certaines des sources de l'homme de Sète (un vers de la chanson Il n'y a pas d'amour heureux est directement inspiré d'une répartie de Gance, voir p. 117). Mais elles dévoilent surtout l'état de dénuement dans lequel vivait Georges, du temps de l'impasse Florimont: Toussenot devait parfois joindre un timbre à ses lettres s'il voulait recevoir une réponse de Brassens, celui-ci ne pouvant pas même s'en payer! Le plus poignant dans ce livre, c'est toutefois la lucidité de Toussenot, rassemblant ces lettres parce qu'il sait déjà que son seul «claim to fame» sera d'avoir été l'ami de Georges pendant quelques années... C'est Brassens qui défraiera le coût de ses obsèques quasi confidentielles en 1964.
http://www.cyberpresse.ca/

Radio-France :

«Lettres à Toussenot,1946 à 1950» est un recueil de la correspondance entre Georges Brassens et Jean Toussenot. Composé par Janine Marc-Pezet, responsable de l’Atelier Mémoire au sein de Radio France, il retrace le parcours intellectuel de Brassens. Les thèmes fondamentaux de son œuvre et la plupart des personnes chères à son cœur sont déjà là.

À travers la correspondance du poète et du philosophe s’ébauche le portrait de l’artiste et sa détermination à vivre de sa plume. Brassens et Toussenot s’envoient leurs œuvres, se critiquent et surtout s’encouragent mutuellement. Si Brassens s’est déjà choisi des maîtres (Montaigne et Villon par exemple), Toussenot est aussi son parrain en littérature et en philosophie.

La fraternité est en filigrane de chaque page. «En regrettant ton absence physique, je ne t’envoie pas notre amitié puisqu’elle réside chez toi, mais je te prie d’en user à ta guise. Le génie n’est-il pas le propre d’un ami ?» (1948).
La situation matérielle du petit monde de l’impasse Florimond est difficile. Il est souvent arrivé que Brassens laisse à la délicatesse du facteur de poster une lettre qu’il laisse en évidence, car il ne peut pas se payer un timbre. «Quand nous ne mangeons qu’une fois (et encore c’est une façon de parler) toutes les quarante-huit heures, il ne m’est pas possible de t’adresser du courrier car les forces me manquent et je ne m’occupe que de vie intérieure et de soucis de surface» (août 1949).

Et la chanson ? Poésie, littérature, philosophie, citations… Brassens n’a jamais cessé d’être un mélodiste : «J’ai repensé aux chansons. Ce genre n’est pas plus mineur qu’un autre. Tout dépend de la personnalité de l’auteur. Verlaine écrivait des poésies qui ressemblent à des chansons.» (août 1948). Il est vrai que Trenet, que Brassens écoute et fredonne depuis son enfance, a eu l’audace en 1940, de mettre Verlaine en musique sur un air de jazz.

S’il n’y avait qu’un ouvrage à retenir aujourd’hui des abondantes publications (ou resucées) consacrées au chanteur, ce serait ces lettres, reflet de l’intimité de Brassens et charpente de son œuvre.
Frédérique Deleury

Petite remarques perso : J'ai bien aimé découvrir ce Brassens-là, féru de littérature, d'auteurs, aimant débattre de ses idées, dans l'intimité d'un échange de lettres. En filigrane, la vie de l'impasse, les privations, la misère, et pourtant, jamais une résignation à ne vivre que pour s'en sortir, toujours le désir d'aller plus loin, de comprendre, de lire... Dans ces conditions là, beaucoup auraient baissé les bras, se seraient contenter de survivre au jour le jour. Mais l'impasse était solidaire, Brassens, malgré le manque d'argent, le manque de tout était entouré d'amis qui l'aimaient, et qu'il aimait en retour. Ce livre est beau. D'une vraie beauté, d'une beauté qui nous manque si souvent.

Et je ne connaissais pas ce Toussenot que Brassens tient en si grande estime...

Jeanine Marc-Pezet est responsable de l'atelier mémoire au sein de Radio France, elle est conseiller auprès des chaînes de Radio France pour la valorisation et l'exploitation du patrimoine sonore. Elle est l'auteur d'une ANthologie du XXème siècle oar ka radui co-éditée par Radio France et Frémaux Associés.

Avec Alain Poulanges, elle a produit la série "Promenade Prévert" diffusée sur France Inter qui obtient le "Prix Académie Charles Cros", et co-signé Boby Lapointe et le Théâtre des Trois Baudets aux éditions Du may (1994).

 

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