Fiche
:
Auteur Antoine
Audouard
Editeur Gallimard
Collection Folio, numéro 3675 - Mai 2002
Format 11 cm x 18 cm - 467 pages
ISBN 207042183X
Résumé
:
C'est Boris
qui émit l'idée de rattraper le Gulf Stream à la
nage, à cent mètres de là, deux cents pourquoi pas.
En vertu du principe que c'était impossible elles se mirent à
le suivre, comme si le jeu se substituait enfin à l'ennui. Elles
retrouvaient un peu de cette appréhension aussi, cet abandon qu'il
y a à être déraisonnable, cette sensation de devoir
s'en remettre à quelqu'un sans être vraiment sûr, sans
vraie confiance, sachant que justement, c'est de là que vient toute
la saveur... Boris nageait devant elles, de plus en plus vite, comme pour
les perdre. Déjà il n'était plus qu'une fine luisance,
un sillage qui n'en finissait plus de filer.
LA DEDICACE
DE L'AUTEUR : On est tous soumis un jour à cet enjeu : débarquer
seul un jour dans une soirée, ou un repas, et trouver face à
soi une compagnie de gens qui évoluent dans une ambiance déjà
bien installée, des gens que pour la plupart on ne connaît
pas. A partir de là soit on essaye de se faire discret, on cherche
prudemment sa place, soit on se lance... Il y a en même dans ce
cas de figure qui ne craignent pas de focaliser les attentions, prendre
le pouvoir. J'ai voulu cette histoire pour tenter de provoquer ce vertige
chez le lecteur, susciter ce besoin absolu : celui de savoir ce qui se
passe à la page suivante. C'est tout simple, c'est une des quêtes
possibles du romancier. J'ai voulu une histoire avec un décor posé,
une villa sur l'île de Bréhat, une ambiance caniculaire qui
dénature toujours un peu les comportements, une famille à
l'aise, et un simple intrus, Boris, qui débarque un jour au milieu
de tout ça, plus à l'aise encore. A partir de là,
j'ai souhaité que le lecteur découvre page après
page ce personnage, qu'il lui prête toute sorte d'intentions, qu'il
s'en méfie en même temps qu'il s'y attache. L'histoire de
mon point de vue est la suivante, même si je ne suis pas le mieux
placé pour en faire un résumé, du fait même
qu'il m'a fallu deux cents pages pour vous l'exposer. Un jour, un homme
débarque comme ça, à l'improviste. Et c'est là
que s'opère un premier tri dans l'humanité : ceux qui d'emblée
incommodent, et ceux qui s'installent. Celui-là s'installe. Il
se fond même tellement au décor qu'on ne songe même
pas à s'en méfier. Il faut dire aussi qu'il dit être
l'ami de Philipe, ce fils prodigue qui manque tellement, qui ne devrait
pas tarder, qui n'arrive pas. Et c'est là, en fonction des appréhensions
ou des désirs de chacun, qu'on supposera à ce nouveau venu
toute sorte d'intentions, les plus contradictoires. C'est là qu'à
son tour la peur s'invite. (Serge Joncour-France Inter)
Extrait
:
Hier encore
l’harmonie du dîner était bercée de bruits de
plats, d’assertions goûteuses, quelques vagues futilités
au sujet des gosses, alors que ce soir, la table était curieusement
animée, bruyante comme pour un banquet, la seule présence
d’un nouveau convive avait suffi pour infecter l’atmosphère
paisible qui régnait avant, d’autant qu’il faisait
chaud comme jamais, à croire que tout concourait à rester
dehors, à traîner à table. Le père avait retrouvé
le fil de ses histoires, les filles y ajoutaient leurs propres anecdotes,
toutes déterminantes, la mère n’arrêtait pas
de sourire, même les gosses semblaient contaminés par ce
spectacle de gens qui se parlent. A moins que cela ne tienne à
cette application qu’avait ce Boris de resservir tout le monde,
empoignant la bouteille de vin comme si c’était la sienne,
poussant chacun à finir son verre avant de le remplir à
nouveau, sans aucune classe, pas trop de politesse, mais un soupçon
d’autorité.
Pour André-Pierre,
le plus insupportable c’était bien ça : cette façon
acquise qu’il avait de s’adresser à tout le monde,
et d’appeler spontanément les beaux-parents « beau-papa
» et « belle-maman », alors que lui, même après
plus de huit ans de mariage avec leur fille, n’y arrivait toujours
pas. Cette manie aussi de montrer ses dents, ce sourire constant, irritant
comme un reflet.
Cette ambiance
de politesses systématiques, ces sympathies excessives, à
force tout cela le remua aussi profondément qu’une indigestion.
Il en voulait même à ses gosses de rire à ses mimiques
idiotes, parce qu’à eux aussi il leur parlait, à croire
qu’eux aussi il avait en tête de les amadouer, de les conquérir
un peu. D’ailleurs ils étaient à ce point enthousiastes
qu’on ne les tenait plus. Leurs petits rires survoltaient l’ambiance
d’une hystérie de plus, un rideau de bruit supplémentaire
qui couvrait toute conversation. A un moment Boris glissa sa main sous
une serviette, improvisant une marionnette qui leur soulevait des cris
de joie mêlés d’effroi, parfaitement insupportables…
Et alors que de toute évidence ils faisaient un boucan du diable,
alors qu’ils renversaient verre sur verre et n’avaient pas
touché à leur dessert, personne ne les reprenait, pas le
moindre reproche. C’est André-Pierre qui cassa net l’ambiance
en les visant d’un « ça suffit » ravageur, un
ordre tellement rude que Boris le prit aussi pour lui, pas trop surpris
que l’autre sorte finalement de ses gonds.
Les deux
petites bouilles restèrent figées sur cette moue terrorisée,
un « O » incrédule et près de flancher, les
deux gosses qui sondaient le regard des autres, savoir s’il fallait
rire ou chialer. (pages 45 à 47)
Critique/Presse:
Petite
remarque perso : Au départ, j'ai eu du mal à entrer
dans le roman. Tout semblait un peu trop "pour le mieux dans le meilleurs
des monde". Une famille bourgeoise, une maison de vacances, la mer,
la facilité que procure l'argent... Pourtant, un certain malaise
dans tout cela. Quelque chose "cloche". J'ai lu ce livre dans
le cadre de la sélection que m'avait adressée la FNAC pour
la rentrée littéraire des adhérents et des libraires.
Mais j'avoue être restée un peu sur ma faim... Il manque
"un je ne sais quoi", qui aurait apporté à ce
livre un peu de profondeur... d'émotion. Mais l'ensemble reste
néanmoins très agréable à lire.
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