L'ACCORDEUR DE PIANO

Daniel Mason

 

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"Edgar Drake, Anthony Carrol et Khin Myo, le site de Mae Lwin et le transport d'un piano Erard sur la Salouen sont fictifs.Toutefois, j'ai essayé de situer mon histoire dans un contexte historique réel, tâche facilitée par le fait que l'histoire et les personnages de la révolte Chan dépassent en pittoresque tout ce que l'imagination pourrait inventer. Tous les éléments historiques du récit, depuis l'histoire de la Birmanie jusqu'au piano Erard, comportent des aspects véridiques. La pacification des Etats Chan a représenté une période critique pour l'expansion de l'Empire britannique. Il a véritablement existé une confédération de Limbin qui opposa aux Anglais une résistance acharnée. Mon histoire se termine aux environs du mois d'avril 1887, au moment où la principauté de Lawkswak fut occupée par les forces anglaises. A la suite de cette victoire militaire, la soumissions des Etats Chan du Sud fut obtenue rapidement." Daniel Mason

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Fiche :

Auteur Daniel Mason Traduction Marie-Claire Pasquier
Editeur Pocket
Collection Pocket, numéro 12026
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2266136100

©2002 pour l'édition anglaise - 2003 chez Plon

Cet ouvrage a reçu le prix Relay du roman d’évasion

Résumé :

Londres, dans les brumes d’un après-midi d’octobre 1886. Edgar Drake reçoit une étrange requête du ministère de la Guerre. Il doit quitter sa femme et sa paisible vie londonienne pour partir dans la jungle de Birmanie, afin d’accorder un piano Erard très rare. L’instrument appartient au médecin-général Anthony Carroll, un énigmatique officier anglais dont les succès à ramener la paix dans les états Shan sont devenus légendaires, mais dont les méthodes peu orthodoxes ont soulevé la méfiance de ses supérieurs.
Ainsi commence le voyage d’Edgar à travers l’Europe, la mer Rouge, l’Inde , pour atteindre enfin la Birmanie, et les terres les plus reculées des Etats Shan. Sur le chemin, des soldats, des mystiques, des bandits et des conteurs croisent sa route...

Au début, ses sentiments sont confus : il n’a jamais quitté Londres et ne comprend guère le sens de cette mission. Cependant, petit à petit, il sent naître une fascination pour ce voyage, et surtout pour l’homme qu’il doit servir : le mythique Anthony Carroll, ce « soldat-poète » qui préfère la musique aux fusils. Alors, Edgar prend le risque de tout quitter, comme s’il était « une page vierge » en attente d’une grande histoire.

 

Extrait :

Toutes mes dernières lettres, me semble-t-il, avaient ceci de commun qu’elles décrivaient quelque chose d’accompli. Il y a plusieurs semaines, je t’ai dit que ce qui m’attristait, c’était l’idée de repartir d’ici avant d’avoir le sentiment d’un aboutissement. Bizarrement, depuis que j’ai quitté Mandalay, j’ai vu plus de choses que je n’aurais cru possible, et j’ai mieux compris ce que je voyais. En même temps, le sentiment d’inachèvement se fait plus aigu. Chaque jour j’attends une forme de réponse, comme un baume, ou de l’eau pour étancher ma soif. Voilà pourquoi j’ai tardé à t’écrire, et la réponse ne vient toujours pas. Donc si je me décide aujourd’hui, c’est parce que vraiment trop de temps a passé. Quand je te reverrai, les événements dont je parle seront dépassés, les impressions défraîchies. D’où peut-être le besoin de mettre des mots sur le papier, même si je risque d’être le seul à les lire.

Je suis assis sous un saule, sur les bords sablonneux de la Salouen. C’est l’un de mes endroits favoris, tranquille, abrité, d’où je peux voir le fleuve et entendre les gens autour de moi. On est à la fin de l’après-midi. Le soleil commence à décliner, le ciel est violet, envahi par les nuages qui annoncent peut-être encore des orages. Les pluies ont commencé depuis quatre jours. Je me souviendrai mieux du moment de leur arrivée que de celui où j’ai quitté Mandalay, car cet instant a marqué un changement radical sur le plateau. Je n’ai jamais rien vu de comparable. Ce que nous appelons pluie en Angleterre n’est que modeste bruine par rapport aux trombes d’eau de la mousson. Le ciel s’ouvre d’un coup et inonde la terre, tout le monde court s’abriter, les chemins se changent en coulées de boue, en rivières, la tornade secoue les arbres, l’eau tombe des feuillages à pleins seaux, rien ne reste sec. Katherine, comme c’est étrange : je pourrais noircir des pages sur ce seul sujet, sur la façon dont tombe la pluie, la taille des gouttes et leur effet sur la peau, son goût, son odeur, son bruit. Oui, rien que le bruit qu’elle fait sur le chaume, les feuilles, le métal, le saule.

Oh, chère âme, comme ce pays est beau ! La forêt a subi un changement incroyable. En quelques jours seulement, les buissons desséchés se sont transformés en une explosion de couleurs. Quand j’ai pris le vapeur de Rangoon à Mandalay, j’ai rencontré des jeunes soldats qui m’ont parlé de Mae Lwin. Sur le moment, je restais asses sceptique, mais je sais maintenant que tout était vrai. Le soleil brille très fort. Des brises fraîches s’élèvent du fleuve. L’air est plein de l’odeur du nectar, de celle des épices qu’on met dans les aliments. Quant aux sons, ah, quels sons inouïs ! Les branches du saule pendent si bas que j’aperçois à peine la rivière. J’entends des rires. Si je pouvais traduire les rires des enfants par les vibrations d’une corde, ou les fixer sur le papier ! Mais la musique est impuissante, comme les mots. (…)

Katherine, comme j’aimerais que tu les entendes, toi aussi. Non, plutôt je voudrais te les rapporter, ne rien oublier. A l’instant, je sens en moi à la fois une tristesse immense et une joie, un désir lancinant, quelque chose qui surgit des tréfonds, une forme d’extase. Je pèse mes mots, c’est vraiment ce que j’éprouve, cela monte en moi, telle l’eau qui sourd d’un puits et mes yeux se remplissent de larmes, comme si j’allais déborder. Je ne sais pas de quoi il s’agit exactement. Mais je n’aurais jamais cru que je pouvais tant recevoir de la pluie qui tombe ou d’enfants qui jouent. (Pages 323-326)

Critique/Presse :

L'accordeur de piano est un livre magnifique - Jacques Baudou - Le Monde

Petite remarque perso : Ce roman est construit comme un récit de voyage. Avec les accents un peu surranés de la colonie britanique en Birmanie mais surtout avec la découverte d'un pays presque à la frontière du rêve. L'accordeur quitte la vie calme et sereine qu'il mène à Londres avec son épouse et s'embarque pour des horizons lointains. Il découvre au fil de son voyage des pays, des villes dont les noms lui semblent à eux seuls une invitation ennivrante. Il se laisse subjuguer par l'exotisme des cultures dont il ignore presque tout mais dont la découverte l'enchante. Très vite les paysages de sa vie passée s'effacent et semblent laisser la place à un univers de plus en plus envoûtant. Un homme à qui il accorde son amitié, une femme aussi, le parfum entêtant d'une fleur, et les questions auxquelles il est difficile de donner des réponses... Même le temps semble prendre un autre cours, la montre de Drake s'est arrêtée dès les premiers jours de son périple, le temps alors s'est distendu, n'a plus eu d'importance. L'accordeur pénétrait au coeur des choses, lui qui déjà avait percé une partie du secret des sons pouvait maintenant enfin entendre... le chant.

 

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