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L'auteur explique : "La nouvelle de la prise de la Bastille arrive le quinze, et le seize ils sont partis : ils avaient conscience de la haine qu’ils suscitaient ! C’est extraordinaire à imaginer, ce départ dans la nuit, déguisés en domestiques. Ce sont des images comme ça qui m’ont donné envie d’écrire ce livre. Et aussi le désarroi des petits nobles qui essaient de regagner leurs terres et sont obligés de revenir à Versailles qui leur apparaît plus sûr au moment même où les grands l’abandonnent. Versailles n’était jamais fermé, jamais gardé, où il n’y avait pas de serrures. C’est une découverte que j’ai faite en écrivant, toute cette économie autour du château, les surplus de la table du roi revendus, les petites échoppes, les librairies. La littérature clandestine interdite était pour partie imprimée dans les caves de Versailles même." "J’ai d’abord écrit cette histoire du point de vue de l’historiographe officiel du roi, Jacob-Nicolas Moreau. Ses mémoires sont très intéressantes, mais avec une vision très religieuse de l’histoire, obsessionnelle, très rigide. J’ai donc écrit une première version dans laquelle passait la lectrice. Puis je me suis rendu compte qu’il fallait que cette histoire soit racontée d’un autre point de vue, et par une femme. J’ai donc repris ce texte, et j’ai cherché son nom. Tous les noms sont vrais. Dans l’Almanach de 1789, il y a une lectrice adjointe, Madame Laborde. J’ai été touchée par le fait que ce tout petit rôle soit chargé de se souvenir et de raconter. Son récit n’est pas manichéen, mais vu de quelqu’un qui a un univers très resserré, qui connaît peu de gens malgré sa proximité avec la reine, et qui a d’incroyables difficultés à vivre dans cet immense château, inconfortable, malsain, sale, dangereux la nuit, mais qui, par rapport au reste de la France, apparaît comme une île paradisiaque. Ce que j’ai aimé voir, c’est ce vacillement d’un château, et cette fuite qui fait penser à celle que décrit Aragon dans la Semaine Sainte. Ce roman a été un de mes grands modèles pendant l’écriture. C’est un des romans de l’histoire par excellence, attentif aux détails concrets et avec un regard personnel." Deux extaits de l'entretien accordé à Alain Nicolas pour L'humanité Nota Si Chantal Thomas brosse ici le portrait de Marie-Antoinette vue par sa lectrice, Françoise Chandernagor a, quant à elle, évoqué le destin tragique de Louis XVII dans son ouvrage La Chambre.
J’accourais, ensommeillée, à peine rajustée, un habit jeté sur ma chemise de nuit. J’arrivais, une petite table où brûlaient quatre bougies était préparée. Je me glissais dans l’ombre et ouvrais le livre. Parfois à cause des courants d’air, les flammes mouvantes emportaient les mots dans un roulis de vagues. Il y avait forte mer sur mes pages, cependant que la Reine, étendue sur une méridienne, m’écoutait comme on écoute une musique nocturne. Les mots se succédaient, presque murmurés en creux de vagues. J’étais saisie d’un découragement violent, bientôt surmonté, comme ma voix remontait et que je la sentais assez forte pour nous sauver toutes deux des affres de ces heures à propos desquelles personne n’avait su inventer le cérémonial qui convienne. Toutes deux, j’osais me le dire. Cette secrète indécence me faisait rougir. Je jetais vers la Reine un coup d’œil rapide, comme si elle avait pu deviner mon audace. Elle semblait au comble de l’inconfort. Elle s’étirait, s’asseyait, se prenait la tête dans ses mains. Puis elle se recouchait, fermait les yeux. Mon office, irrégulier, tenait à la phase la plus étale de la nuit. Il relevait de cette zone, redoutable, où ce qui vous est arrivé de pire revient et vous assaille à nouveau, vous tire vers le fond. De cette zone où l’on se noie. J’étais passeuse de ce qui ne parvient pas à passer.
C'était un autre temps, un autre monde dont le prince de Talleyrand gardera la nostalgie: «Qui n'a pas vécu à cette époque n'a pas connu la douceur de vivre.» Grâce soit rendue à Chantal Thomas de nous la restituer intacte, style y compris, dominant son émotion pour mieux susciter la nôtre. Magazine Lire Dans son roman Les Adieux à la Reine (Prix Femina 2002), qui raconte les premiers jours de la Révolution «en creux», à travers la panique qui s’empare des nobles résidant à Versailles, elle livre un tableau fascinant de la vie au château: elle en restitue les dédales, les rituels, les fastes, les cruautés, les extravagances, au point d’en faire un lieu presque fantastique. Au passage, elle ramène à leur juste dimension les caprices et la frivolité de Marie-Antoinette - http://www.peripheries.net/ Dans les pas d'Agathe Sidonie, le lecteur découvre les personnages du château, de "l'amoureux de la reine" à "la Panique", cette gueuse qui, le 16 juillet, parvient à interrompre le cérémonial du dîner et à jeter un rat mort au milieu de la table du monarque. Le tout, enlevé dans un phrasé lent et somptueux de cérémonie royale, fait des "Adieux à la reine" un livre très passionnant. Et même, si l'on y regarde de près, tout à fait d'actualité... (Jean Pierrard, Le Point, 08/11/2002) Petite
remarque perso :La révolution française vue d'une manière différente. Ces quelques jours où tout bascule, Versailles est encore loin du tumulte qui lentement le gagne jusqu'à la folie... Isolée dans un "autre monde", la cour est d'abord stupéfaite puis n'a plus qu'une idée en tête, quitter le château. Dans leur fuite, les nobles en oublient... la Reine et tout ce pour quoi ils auraient quelques jours plus tôt donné leur vie (ou presque). Pire encore que la révolte du "peuple" n'est ce pas la défection de la noblesse qui éclaire ce portrait de Marie Antoinette de manière tragique ? La narratrice est la lectrice de Marie-Antoinette. Les grands bouleversements de l'Histoire l'atteignent et son émotion est restituée avec justesse et précision. |