Résumé
:
On a peu coutume d’aller chercher
ses héros parmi « les plus de soixante-dix ans ».
C’est pourtant la gageure qu’a tenue René Fallet
: il a écrit un roman d’humour dont les protagonistes sont
trois vieux paysans et une vieille paysanne plus un âne cacochyme.
Jean-Marie Pejat, Blaise Poulossière et Baptiste Talon habitent
le même bourg. La septantaine sonnée, ils découvrent
qu’ils s’y ennuient, que plus rien ne les retient dans ce
village, ni affections, ni amitiés. Leurs souvenirs sont trop
lointains pour être encore de vrais souvenirs. Le trio passe son
temps à vider des chopines. Un soir de fête, ils s’aperçoivent
qu’ils sont vieux, terriblement vieux, et que leur place est désormais
avec ceux de l’asile départemental de Gouyette.
Ils partent donc pour Gouyette.
Le roman est le récit de cette équipée pédestre
et mouvementée. On suivra avec bien des sourires aux lèvres,
bien des tendresse au cœur les trois vieux, qu’ils fassent
des adieux tumultueux aux copains inhumés dans le cimetière
du village ou qu’ils s’effarent au bourg voisin des formes
– à leur sene inhumaines – que revêt en 1958
la civilisation mécanique. On les suivra dans leurs disputes,
dans leurs criailleries, dans leurs bagarres, toutes dissensions qu’effacent
un et deux coups de vin.
René Fallet a donné à ce voyage titubant un tour
gentiment rabelaisien, bruyamment picaresque.
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Biographie
:
Né
le 4 décembre 1927 à Villeneuve-Saint-Georges, s’engage
à la Libération, à six-sept ans.
Après
la guerre, il travaille à Libération, puis publie en 1947
Banlieue Sud-Est qui fait immédiatement remarquer son talent.
Il a été
critique littéraire au Canard enchaîné. Il travaille
pour la radio et le cinéma.
Ses romans
ont inspiré de nombreux films.
Réné
Fallet est mort en 1983
Bibliographie
:
Romans, nouvelles,
poésies, essais, livre pour enfants, collaboration à un
album de photos, rédaction d'un journal intime, rédaction
d'articles de presse et de critiques littéraires, composition de
chansons… sont autant de genres que René Fallet a effleurés
ou visités plus profondément.
Pour plus
de précisions consulter la page René
Fallet dans Un Monde A Lire |
| Extrait
: Blaise
Poulossière sortit de sa poche l’immensité d’un
mouchoir à carreaux.
-C’est moi qu’à présent je fais cuire la soupe,
le lard et le ragoût, confia-t-il à sa femme qui reposait
là, devant lui, à l’intérieur du caveau de
famille.
-Le monde sont fou, ma pauvre vieille, le monde sont fou…
Il se moucha fortement, ce qui fit s’égailler des mésanges
perchées sur une croix. Mai jouait du soleil et des fleurs sur
le cimetière de campagne.
-C’est pas bien facile de cuisiner de cultiver la terre en même
temps, mais faut s’y faire puisque tu es partie.
Il compta sur le bois de ses doigts :
-… T’est partie ça fait déjà six mois.
Ca en fera neuf à la Saint-Hippolyte, sic pour la Saint-Nicomède.
Il parlait fort, et la mère Gougne qui passait sur la route se
tapota le front. Blaise Poulossière avant soixante-douze ans, mais
la station debout sur sabots ne le fatiguait pas encore. La visière
de sa casquette abritait un grand nez tremblotant sculpté dans
chandelle, un fagot de moustaches délavées.
-Jeanne, j’ai une poule qui me pond un œuf (il prononçait
« un eu », comme tout Bourbonnais bourbonnant) tous les jours
que le Bon Dieu nous amène. Tous les jours, parfaitement. C’est
la poule grise, tu te rappelles. Une sacrée bonne bête. L’œuf,
des fois je le mange à la coque, ou sur le plat, ou bien au vin.
Au vin, tu les faisais bien mieux que moi, ma pauvre vieille.
Ce souvenir précis l’émut tant qu’il dut se
remoucher. Il s’aperçut que sa braguette était déboutonnée
et pensa que ça la fichait mal dans un endroit pareil. L’incongruité
réparée, il s’anima, et, mécontent, tapa du
pied :
-La goutte, vingt dieux d’ours, j’en bois plus guère,
tu peux le demander à Pejat. Depuis que t’es défunte,
j’en ai point bu six litres. Tu peux me croire, la Jeanne, c’est
juré sur ta tête |
| Adaptation
cinématographique en 1960

Origine : Franco-italien
Réalisation : Gilles Grangier
Scénario : Gilles Grangier, René Fallet, Michel Audiard
D'après le roman de René Fallet
Images : Louis Page
Musique : Francis Lemarque, Paul Durand
Genre : comédie satirique
Durée : 92 min. |