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"A
quelles horreurs Lena avait-elle assisté ? Jusque-là,
quand il pensait à elle, il l'imaginait toujours dans son
appartement, s'habillant pour sortir, fronçant les sourcils
devant le miroir, à l'abri du temps, comme mise sous cloche
par sa mémoire. Il se croyait le seul à avoir vécu
ces quatre années de guerre." Joseph
Kanon
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Fiche
:
Auteur Joseph
Kanon
Traduction France Camus Pichon
Editeur Pocket
Date de parution 01/2006
Collection Pocket, numéro 12139
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2266139959
Résumé
:
Présentation de l'éditeur
:
Berlin, 1945.Ancien correspondant
de la CBS, Jake Geismar peine à reconnaître les lieux où
il a vécu autrefois: la capitale déchue du Me Reich n'est
plus qu'un champ de ruines où errent des colonnes de réfugiés
au regard vide. Venu officiellement pour couvrir la conférence
de Potsdam, Jake espère en fait revoir Lena, sa maîtresse
allemande qu'il a passionnément aimée. Mais comment la retrouver
dans ce décor lunaire où les habitants disparaissent sans
laisser de traces ? Où, pour sauver sa peau, on échange
faux témoignages et informations hautement confidentielles ? Dans
un climat de tension politique extrême, Jake va découvrir
peu à peu toutes les ambiguïtés du dispositif allié:
l'âme humaine est capable du pire quand il est question de préparer
une nouvelle forme de guerre...
Extrait
:
Tu veux qu’on
parle d’Emil ? Pourquoi pas, après tout ? Il est avec nous.
Un fantôme, comme dans le film. Toujours quelque part dans la pièce.
Eh bien non, il ne m’a jamais rien raconté. Ça devait
lui sembler préférable. Une médaille pour services
rendus au Reich. Mon Dieu… Tout ça pour des chiffres…
(Elle se redressa.) Je ne savais rien. Que dire de plus ? Comment peut-on
vivre avec quelqu’un sans le connaître ? C’est plus
facile qu’on ne croit. Au début, on discute, et puis avec
le temps… (Elle semblait perdue dans ses pensées.) J’ignore
pourquoi, en fait. Sans doute à cause de son travail. On n’abordait
jamais ce sujet. De toute façon, je n’y comprenais rien.
Emil, lui, ne vivait que pour ça. Et quand la guerre a éclaté,
c’est devenu top secret. Interdiction de me révéler
quoi que ce soit. Alors on parle des petites choses de la vie quotidienne,
un peu moins chaque jour, jusqu’au moment où on n’a
plus rien à se dire. (Page 329)
- Sans aucun
doute. Sur le plan technique, les V-2 étaient une grande réussite,
à l'évidence. Le résultat de plusieurs mois de recherches
et de mise au point. Les Allemands peuvent être fiers... Partir
à la conquête de l'espace, voilà de quoi ces hommes
étaient capables. Et on leur faisait calculer des rations caloriques,
ajouta le professeur avec un hochement de tête.
Jake feuilleta rapidement les dernières pages, puis referma le
dossier et le contempla un long moment.
- Vous êtes surpris ? Vous attendiez mieux de votre ancien ami ?
reprit le professeur.
Jake ne répondit pas. Ce n'étaient que des chiffres. II
dévisagea son interlocuteur avant de lui poser une question très
simple, presque déplacée.
- Mais qu'est-ce qui leur a pris, à tous ?
- C'est ça qui vous intéresse ?... Je l'ignore. Moi aussi,
je me suis interrogé. Qui étaient vraiment ces jeunes gens,
nos enfants ? Mais je n'ai pas la réponse. (Le professeur considéra
sa bibliothèque remplie de livres.) Ma vie durant, j'ai cru que
la science était un monde à part. Tout n'est qu'illusion,
mais pas les chiffres. Ils sont parfaits. Ils ne mentent jamais. Et si
on parle leur langage, ils vous expliquent l'univers. J'en étais
convaincu... Je ne comprends pas plus que vous, avoua-t-il avec un soupir,
faisant de nouveau face à Jake. Les nazis ont même détruit
les chiffres. A présent, ils n'expliquent plus rien. (Il saisit
le dossier.) Vous vous dites l'ami de mon fils. Qu'allez-vous faire de
ces documents ?
- Vous êtes son père. Qu'en feriez-vous ?
Le Pr Brandt serra le dossier contre son coeur, et, d'instinct, Jake tendit
la main pour le récupérer.
- Soyez sans crainte, déclara le professeur. Je vous demande seulement
de me l'arracher. Si je revois Emil, je veux pouvoir affirmer que vous
me l'avez pris, pas que je vous l'ai donné.
Jake attrapa le dossier et tira dessus d'un coup sec.
- Ça change vraiment quelque chose ?
- Je l'ignore. J'aurai au moins la satisfaction de penser que je ne les
ai pas trahis, lui et ses collègues.
- Très bien... C'est mieux ainsi.
- Oui, c'est mieux, répéta le professeur d'une voix à
peine audible. »
Critique/Presse
:
Ce romancier
sait à la fois raconter une intrigue policière, une passion
amoureuse et offrir une vision historique et personnelle de ce lendemain
de guerre. Un roman tourmenté et puissant. Magazine Lire
Le livre
a été adapté au cinéma et devrait sortir fin2006
avec George Clooney dans le rôle principal.
Petite
remarque perso : En plein cœur de la grande Histoire,
par delà la façade guindée des poignées de
mains de chefs d'Etat, Jake cherche la vie humaine, celle qui tente de
subsister derrière les mots des militaires et les communiqués
de presse.
1945. Berlin est méconnaissable. Jake n’y retrouve que des
décombres, un tragique indicible tant il est lourd. Il est journaliste
américain. Il a vécu dans cette ville avant la guerre. Il
a aimé passionnément une femme mariée puis il est
parti avec les autres membres de son équipe. Retour au bercail
forcé.
Aujourd’hui, il revient
pour couvrir la conférence de Potsdam, mais aussi pour chercher
Lena. Il est abasourdi par l'ampleur du désastre. Tout se mêle
dans ce roman, l’amour, l’Histoire avec un H démesuré,
les plus grands de ce monde au moment du partage, les plus petits aussi
se servant dans ce qui reste, marché noir, petites et grandes trahisons,
règlements de compte… Comment les Allemands ont-ils vécus,
participant, ignorant, ne voulant pas voir. Une histoire de la responsabilité
ordinaire, celle qui pèse au quotidien, celle qui menace sans cesse.
La peur au ventre, le coeur en berne. Certains s'accorchent à l'oubli
comme à une bouée de sauvetage. Comment vivre sinon ? Quelle
alternative ? Dans les décombres de Berlin, personne n'a traversé
la guerre sans dommage.
Et puis le suspens, l’enquête menée par Jake sur ce
jeune soldat tué par balle et jeté dans le lac devient le
"fil conducteur" qui lentement va conduire d'histoire en histoire...
rassemblant chaque élément d'un vaste puzzle. Mais au bout
du compte, que restera-t-il quand chaque zone d'ombre sera éclaircie
?
Un livre fort, une période,
un lieu. On n’a pas forcément pu envisager ainsi l’après-guerre.
Ici ne demeurent que des ruines… De pierres et d’âmes…
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