Fiche
:
Auteur Bernhard
Schlink
Traduction Bernard Lortholary
Editeur Gallimard 2001
Collection Du Monde Entier
Nombre de pages 320 pages
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2070758397
Résumé
:
Comment les
amours naissent et finissent, quels détours elles empruntent pour
s'abuser et se désabuser, se tromper et se détromper, voilà
ce qu'éprouvent les sept protagonistes masculins de ces récits,
souvent face à des femmes plus lucides et plus courageuses.
Ces sept histoires sont de véritables romans, dont chacun met en
jeu une vie entière. - Présentation de l'éditeur
-
Extrait
:
"Le
père n’était pas rentré déjeuner à
la maison, la mère était partie en ville tout de suite après.
Donc, le garçon ne demanda la permission à personne, il
s’assit dans le bureau paternel, regarda et écrivit. «
Sur le tableau on peut voir la mer, devant la mer la plage, devant la
plage un rocher ou une dune, et dessus une petite fille et un lézard.
» Non, le professeur avait dit qu’une description de tableau
allait du premier plan à l’arrière-plan en passant
par le plan moyen. « Au premier plan du tableau, il y a une petite
fille et un lézard sur un rocher ou sur une dune, dans le plan
moyen il y a une plage, et depuis le plan moyen jusqu’à l’arrière-plan
il y a la mer. » Il y a la mer ? La mer roule ses flots ? Mais la
mer ne roule pas ses flots du plan moyen à l’arrière-plan,
mais de l’arrière-plan au plan moyen. En outre, plan moyen
sonne mal, et premier plan et arrière-plan ne valent guère
mieux. Et la petite fille, est-ce qu’elle est ? Est-ce tout ce qu’il
y a à dire sur la petite fille ?
Le garçon recommença à zéro. «Sur le
tableau, il y a une petite fille. Elle voit un lézard. »
Même ainsi, ce n’était pas encore tout ce qu’il
y avait à dire sur la petite fille. Le garçon poursuivit.
« La petite fille a un visage pâle et des bras blancs, des
cheveux bruns, elle porte sur le haut du corps quelque chose de clair
et sur le bas une jupe foncée. » Mais même ainsi, il
n’était pas satisfait. Il se remit au travail. « Sur
le tableau, une petite fille regarde un lézard qui prend le soleil.
» Est-ce bien vrai ? La petite fille regarde-t-elle le lézard,
ou bien ne regarde-t-elle pas plutôt au-delà du lézard,
à travers le lézard ? Le garçon hésita. Mais
ensuite cela lui fut égal. Car la première phrase fut aussitôt
suivie de la deuxième : « La petite fille est merveilleusement
belle. » La phrase était juste, et du coup la description
commençait elle aussi à être juste.
« Sur le tableau, une petite fille regarde un lézard qui
prend le soleil. La petite fille est merveilleusement belle. Elle a un
visage délicat avec un front lisse, un nez droit et une fossette
sur la lèvre supérieure. Elle a les yeux marron et des boucles
brunes. En fait, le tableau n’est que la tête de la petite
fille. Tout le reste est sans importance par rapport à elle. Comme
par exemple le lézard, le rocher ou la dune, la plage et la mer.
»
Le garçon était content. Maintenant, il n’avait plus
qu’à caser tout cela dans le premier plan, le plan moyen
et l’arrière–plan. Il était fier de sa formule
« comme par exemple. » Cela faisait élégant
et adulte. Il était fier de la beauté de la petite fille.
Quand il entendit son père ouvrir la porte de l’appartement,
il resta assis. Il l’entendit déposer sa serviette, enlever
et suspendre son manteau, jeter un coup d’œil dans la cuisine
et au salon, puis frapper à la porte de sa chambre.
« Je suis ici », cria-t-il, et il posa ses feuilles de brouillon
bien soigneusement sur son cahier, et son stylo à côté.
C’est ainsi qu’étaient posés sur le bureau de
son père les dossiers, les feuilles et les crayons.
« Je suis ici parce que nous avons une description de tableau à
faire, et je décris le tableau qui est ici. » La porte s’ouvrait
à peine qu’il parlait déjà.
Il fallut un moment au père pour réagir. « Quel tableau
? Qu’est-ce que tu fais ? »
Le garçon expliqua de nouveau. A la manière dont son père
restait planté là, regardait le tableau puis le regardait
lui et fronçait les sourcils, il remarqua qu’il avait fait
quelque chose qu’il ne fallait pas. « Comme tu n’étais
pas là, j’ai pensé »
- Tu as… » Le père parlait d’une voix contractée,
et le garçon pensa que cette voix allait tout de suite basculer
dans un autre registre et se mettre à crier, et il fit mine de
se cacher. Mais le père ne cria pas. Il hocha la tête et
s’assit sur la chaise tournante entre son bureau et la table qui
lui servait à déposer ses dossiers, et de l’autre
côté de laquelle le garçon était assis. Derrière
le père, au-dessus du bureau, il y avait le tableau. « Veux-tu
bien me lire ce que tu as écrit ? »
Le garçon lut, rempli à la fois de fierté et de peur.
« Tu as écrit cela très bien, mon garçon, j’ai
vu très exactement le tableau devant moi. Mais…- il hésita,
ce n’est pas une chose pour les autres. Pour les autres, il faut
que tu décrives un autre tableau. »" (La
petite fille au lézard - Pages 17à 19)
Critique/Presse
:
Amazon.fr
:
Amours en fuite est un ouvrage particulier puisqu'il regroupe sept récits
qui peuvent se lire comme sept romans à part entière. C'est
dire que le livre est dense, surtout si l'on précise que chaque
histoire a les qualités émotives et fictionnelles du Liseur
qui a rendu célèbre Bernhard Schlink. Dans Amours en fuite,
on retrouve d'ailleurs le thème du secret et de la révélation.
Chaque intrigue se noue autour d'un personnage masculin se débattant
entre les mensonges qu'il aimerait faire durer et la vérité
qui lui apporterait la paix.
Cette thématique, dans laquelle on entend l'interrogation de tout
un pays aux prises avec son histoire, est récurrente dans la littérature
allemande contemporaine. Mais si certains auteurs traitent le sujet d'une
manière quasi monochrome – le pays entier serait en plein
refoulement – Schlink travaille sur les failles, les tabous. À
cet égard, le récit intitulé La Circoncision est
magistral. Un livre superbe sur l'Allemagne d'aujourd'hui. --Isabelle
Rossignol
Quel régal
que ces Amours en fuite, titre sous lequel sont regroupées sept
nouvelles fignolées avec brio par Bernhard Schlink, l'auteur du
très acclamé roman Le liseur. Compte tenu de leur longueur
substantielle, autant dire que chacune des nouvelles qui composent le
recueil est un petit roman en soi. En d'autres termes, le nouvelliste
a de la verve et du souffle. Son sens de l'intrigue lui vient-il du fait
qu'il écrit aussi des romans policiers ? Toujours est-il qu'on
ne s'ennuie jamais en sa compagnie.
On l'aura deviné : Amours en fuite traite d'amours fantasmées,
avortées, ratées, trahies, voire impossibles ou du moins
compliquées. Ici le mot amour, qui porte d'ailleurs la marque du
pluriel, est à prendre au sens large puisqu'il englobe l'amour
d'un personnage pour un tableau, les liens d'amitié, l'amour d'un
père pour son fils, l'amour adultère et même la polygamie.
Mais peu importent les rapports qui unissent les héros, le point
central du recueil n'en demeure pas moins que l'amour fuit, s'enfuit et
passe à côté de ceux qui découvrent toujours
trop tard qu'ils ont mal aimé.
Le projet littéraire de Bernhard Schlink est réussi en tous
points : non seulement l'ouvrage présente une unité thématique,
mais les nouvelles sont diversifiées, captivantes et ancrées
dans le réel. Déjà dans Le liseur on sentait chez
l'auteur allemand une réflexion politique sur le lourd passé
de son pays. De telles préoccupations se retrouvent dans Amours
en fuite où la Deuxième Guerre mondiale, les relations Est-Ouest,
la chute du Mur et la reconstruction de Berlin - la ville où habite
l'écrivain - servent de toile de fond à plusieurs nouvelles.
S'il fallait qualifier Amours en fuite, l'on pourrait dire que le livre
est de ceux qui laissent une empreinte durable sur le lecteur.
Louise
Villemaire http://www.nuitblanche.com/
Bernhard
Schlink, juriste et écrivain, connu comme auteur du roman Le liseur,
publie un nouveau livre. Dans ce recueil de nouvelles intitulé
Liebesfluchten (Fugues d'amour, éd. Diogènes), il médite
sur l'inexorabilité des choix dans la vie de chacun, y compris
et surtout en amour. Ses héros, des hommes très jeunes,
ont déjà compris qu'ils ne pourront jamais coucher avec
toutes les femmes, explique le critique du grand quotidien de Francfort.
«Cela les prive de la légèreté de l'adolescence
et les transforme en déprimés silencieux, en aventuriers
sans espoir.» Si, beaucoup plus tard, ils finissent par plaquer
leurs épouses, maîtresses et plans d'épargne logement
«afin de tourner en rond sur le circuit de l'utopie», ils
peuvent compter sur la sympathie de l'auteur, ainsi que sur son verdict.
Les amours de Schlink par Courrier international Lire,
avril 2000
Voilà
un livre qui montre que les Allemands n’ont pas encore complètement
digéré les atrocités commises durant la seconde guerre
mondiale, et que la deuxième et la troisième génération
s’en sent encore responsable. Lire
la suite de l'article de Nathalie MEYER
- Axélibre-Littérature
L'avis
des internautes :
Surprenant
et attachant
Aurore Latournerie, France / Allemagne(études), le 13 octobre 2001
Des histoires,
courtes certes, mais remplies d'une foule de sentiments. Impossible de
rester insensible aux destins de ces hommes et de ces femmes influencés
par ce passé qui les poursuit et auxquels ils ne semblent pas pouvoir
échapper.
Petite
remarque perso : Le bonheur semble inaccessible et l'histoire
finit toujours par rattrapper les personnages... Le style de Schlink crée
une atmnosphère particulière, lourde. Comme s'il n'était
jamais possible d'échapper au poids du passé.
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