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alphabétique
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| "L'étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance" A. Volodine
"Vingt et un et bientôt vingt-deux narrats étranges, pas plus d'un par jour, que Will Scheidmann avait composés en votre présence, et en disant Will Scheidmann, je pense à moi, bien sûr. Et donc il monologuait ici un vingt-deuxième irrésumable impromptu, n'ayant plus en perspective que des délires de survivant sous la menace et une fausse tranquillité devant la mort, et je pétrissais cette prose dans le même esprit que les précédentes, pour moi-même autant que pour vous, vous mettant en scène pour que votre mémoire soit préservée malgré l'usure des siècles et pour que votre règne arrive, car, même si j’avais coopéré toujours assez médiocrement avec vous, j'éprouvais à l'égard de vos personnes et de vos convictions une tendresse que rien jamais n'avait pu ébrécher, et j'espérais pour tous toutes l'immortalité, ou, du moins une immortalité supérieure à la mienne." Dans un temps
où la civilisation a cessé d'être, où le monde
humain est sur le point de disparaître, où il ne subsiste
plus que des brumes radioactives et des villes immobiles derrière
des fenêtres sans vitres, de vieilles femmes privées d'émotion
et de nostalgie condamnent leur petit-fils. Tandis que ce dernier compose
des histoires étranges en attendant la mort, quelques individus
calculent leurs chances de s'en sortir. Son imaginaire
halluciné, son humour noir et grinçant, son style ciselé
comme une mélodie à la beauté envoûtante, l'inscrivent
comme l'un des romanciers majeurs de sa génération. (L'avis
de la Fnac) Retour
aux magies primitives
- Marie Gobin Les
derniers survivants
- Ingrid Merckx
Au début, j’eus du mal à croire que Sophie Gironde était de nouveau à mon côté, et que pour la rejoindre il n’y avait pas besoin d’attendre une conjonction de rêves particulière ou de voyager trois mille ans à travers les lentes laideurs obscures de l’enfer. Parcourir quelques mètres suffisait pour que je m’approche d’elle, étendre la main suffisait pour la toucher. Voilà ce qui m’étonnait. J’allongeais la main vers elle, j’ouvrais le bras comme pour l’inviter à danser, et aussitôt je retrouvais, dans leur banalité merveilleuse, les gestes de la rencontre amoureuse, ces gestes rabâchés mais qui toujours, quand aucun partenaire ne ment, offrent des vertiges inépuisables. Sans avoir à languir le temps d’une vie, simplement une seconde après l’avoir désiré, je pouvais maintenant caresser son épaule, la naissance de son dos, puis l’attirer enfin contre moi, avec une douceur dont on n’ose rêver que dans les rêves, contre ma bouche et mon corps que le long abîme de l’absence avait rendus incrédules. Sophie Gironde s’accostait à moi, rien de funeste ne surgissait, rien ne venait soudain nous séparer avec violence, et, tandis que nos respirations s’unissaient, je pouvais sentir, à travers l’étoffe quand il y avait entre nous une épaisseur d’étoffe, la disponibilité de sa peau et même, rendant secondaires les harmonies physiques, la disponibilité de sa mémoire, car nous étions, le temps d’une vacillation, posés à la margelle des mots, ne disant rien et ensemble frissonnant, comme prêts à aller mentalement de l’un à l’autre. J’avais du mal à le croire. J’avais l’impression que le bonheur, comme autrefois, pouvait m’être retiré sans crier gare, entre deux battements de paupières. (Pages 88-89) "L’histoire
raconte que Laetitia Scheidmann venait de fêter son propre bicentenaire
à la maison de retraite du Blé Moucheté quand elle
déclara qu’elle allait bientôt fabriquer un petit-fils." Les «
narrats » d'Antoine Volodine me font penser à des éclats
de diamants, à la taille desquels assisterait le lecteur. Subtilement
inter-connectées les uns aux autres - ce que l'on découvre
avec ravissement tout au long du livre -, ces pierres précieuses
sont autant de mystères dans le vaste mystère d'un monde
à la puissance quarante-neuf, un espace onirique très personnel
où l'on sent la moiteur et la fixité, la musique et les
larmes. Des larmes chaleureuses, expiatoires, ruinées, narrêvées...
Jury du livre inter 2000, je voulais juste dire à quel point les mots de Volodine m'ont touchée et transportée dans un univers de toute beauté, de toutes horrreurs aussi. cet homme (Volodine) est un grand monsieur, humainement, littérairement. Un de ses précédent livre,"Alto Solo", est un vrai bijou, dénonçant le totalitarisme des pensées, la violence des dictatures avec l'espoir desespéré, poétique et bouleversant de ces "oiseaux" bannis de cette société et si troublants, si beaux de desespoirs. Les anges mineurs sont de vrais éclaireurs de notre monde. C'est une écriture sublime, construite, aboutie. Il faut lire et relire Volodine... Claire Picard, octobre 2001 Prêtant sa voix à des anges rebelles pourchassés par un régime totalitaire, le romancier dépeint, en quarante-neuf histoires hallucinées, une fin du monde toute à la fois terrifiante, envoûtante et sensuelle ... Sachez-le, vous qui craignez de perdre la boussole dans cette saga : en peaufinant des objets littéraires hors normes, en tissant les fils ludiques de la logique d'un genre nouveau, Antoine Volodine cherche moins à construire une école, un système de "jongleries boutiquières" avant-gardistes, qu'à multiplier des fictions, proposer des pistes d'évasion, conduire "les lecteurs de librairie" (comme il dit) de leur "port intérieur" vers des mondes parallèles hantés de fantasmagories poétiques. Les 49 histoires hallucinées qu'il nous livre ici sont autant de revanches de l'imaginaire sur l'oppression, des "textes pour oiseaux perdus." Les anges, ici, sont des rebelles. Messies et victimes. (Jean-Luc Douin, Le Monde, 01/10/1999) "Des anges mineurs"
annonce la disparition de l'homme de la surface de la planète.
Mais que l'on ne s'égare pas. Il n'est pas question ici de millénarisme,
de prophéties, encore moins de comète ou d'éclipse.
Cette disparition n'est pas l'Apocalypse avec ses effets spécieux
théologiques et son cortège de cavaliers, d'Antéchrist
et de bêtes aux sept têtes. Chez Antoine Volodine, l'humanité
s'éteint sans tragédie et fait une sortie en beauté
... "Des anges mineurs" est un livre magique dont la force est
d'envoûter au vrai sens du mot le lecteur, de l'amener lui aussi
par des opérations chamaniques à vivre ses derniers jours,
à plonger dans ce monde en apnée, jusqu'à détenir
le mot de la fin en demandant à l'auteur... "Et de nous deux,
vous êtes lequel ?" (Jean-Didier Wagneur, Libération,
02/09/1999) Petite
remarque perso : « Et tout était de nouveau
comme au début, difficile à croire » |
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