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Auteur Hiromi Kawakami
Présentation
de l'éditeur :
L’eau de la source thermale était très douce à la peau. Je me suis lavé les cheveux, et j’ai pris plaisir à me plonger dans le bassin plusieurs fois, si bien que quand j’ai eu fini de me sécher soigneusement les cheveux dans la pièce attenante qui servait de cabinet de toilette, plus d’une heure s’était écoulée, sans que je m’en sois rendu compte. De retour dans ma chambre, j’ai ouvert la fenêtre, et l’air nocturne s’est engouffré. Bien plus que quand la fenêtre était fermée, le bruit des vagues, intense, donnait l’impression que la mer se rapprochait. Je suis restée un moment appuyée contre le chambranle. Depuis quand le maître et moi étions devenus si proches l’un de l’autre . Au début, il avait été pour moi un personnage très lointain. Il représentait à mes yeux « le prof » que j’avais eu autrefois, dans un lointain passé, un inconnu, un vieux. Même après avoir échangé avec lui quelques mots, je ne savais pas quel visage il avait. C’était une présence indéfinissable à côté de moi, à ce comptoir où il buvait paisiblement son saké. Seule sa voix est restée dans ma mémoire, dès le début. C’était une voix un peu haut placée, à laquelle se mêlaient pourtant des inflexions graves, une voix qui sonnait bien. Cette voix avait fini par affluer, pour déborder de cette présence immense et insaisissable à côté de moi au comptoir. Quand au juste, je ne sais, en m’approchant de lui, j’en suis venue à sentir la chaleur qui émanait de son corps. Par-delà la chemise empesée, m’arrivait une odeur qui était la sienne. Une sensation de nostalgie. Cette présence que je devinais avait la forme même du maître. Une présence virile, mais tendre. La croit-on échappée qu’elle se rapproche d’elle-même. Même si nos corps s’étaient unis, me serais-je pour autant emparée de cette présence ? D’ailleurs ce qui est à l’origine de cette présence, cette chose vague et ambiguë, n’est-ce pas justement ce qui glisse entre les doigts au moment où on croit l’appréhender ? Un gros papillon de nuit, attiré par la lumière, a pénétré dans la chambre. Il a tournoyé en faisant tomber la poudre de ses ailes. J’ai tiré sur le fil du commutateur, transformant la vive lumière en une veilleuse orangée. Le papillon s’est attardé un moment, mais bientôt il a disparu dans la nuit. J’ai
attendu quelque temps, mais le papillon n’est pas revenu. (Pages
206-208)
Voici un livre d'une délicatesse à couper le souffle, d'une poésie sensuelle, d'une gourmandise débordante. Dans un quotidien volatile, une course permanente à la vie, une pose élégante et sobre qu'il faut lire pour garder l'âme câline. Christine Ferniot, Télérama, 14/05/2003 Ne dirait-on pas un galet que l'on tient dans la main, ce livre qui est tout en courbes, lisse. De quelque manière que l'on s'emploie à le manipuler, il trouve chaque fois son aise dans la paume. Notons d'entrée qu'il a obtenu le prix Tanizaki en 2001, louons sa traduction par Elisabeth Suetsugu. Que sait-on d'Hiromi Kawakami ? Peu de chose. Elle est née à Tokyo en 1958. Elle accumule, lit-on au dos de la couverture, les prix littéraires... L'histoire est d'une simplicité désarmante. Le destin de Tsukiko ressemble à celui de beaucoup de Japonaises. La solitude dans la ville, la carafe de saké, la bière fraîche, le thé vert, la tête à la dérive, le coeur vide des célibataires. Et puis, un soir, elle croise dans un café son ancien professeur de japonais, veuf depuis de longues années. Ils ont une amie commune... Elle et lui s'apprivoisent dans le silence. Passent des soirées côte à côte sans se parler. Page 37 : «Me retrouver dans le même bistrot que le maître sans que lui et moi échangions un seul regard, c'était l'équivalent du livre séparé du bandeau qui l'accompagne, qu'on aurait posé ailleurs, ça ne collait pas.» Ce sont les choses de la nature qui les rapprocheront. La cueillette des champignons, les poussins achetés sur le marché, la fête des fleurs, les vingt-deux étoiles d'une nuit d'automne, le cri assourdi des oiseaux. Une douceur vaporeuse s'empare des deux êtres... L'écriture de Hiromi Kawakami se faufile idéalement dans la succession de petits tableaux... Le récit passe comme un vent tiède à travers une moustiquaire. Il y a là comme l'incantation d'une ritournelle. Une marelle. On saute du ciel à la terre, à cloche-pied, un verre de saké à la main ; le coeur meurtri cependant, à la fin, baigné de tant d'espoirs. François Simon - Le Figaro Ces histoires
sont tellement simples qu'il est difficile de dire pourquoi on ne peut
les quitter. Peut-être est-ce l'air du bonheur qu'on y respire,
celui des choses non pas ordinaires, mais si ténues qu'elles se
volatilisent quand on essaie de les toucher. Ce livre agit comme un charme,
il capte en plein vol la douceur de la vie avant qu'elle ne s'enfuie. Chronique
douce-amère d’un duo pour le moins attachant, les Années
Douces laissent un goût étrange de déjà-vu
(déjà ressenti) et prêtent à la rêverie.
L'avis
de Xavier Plathey
: Concernant Les Années douces, ce qui m'a sans
doute le plus agacé, c'est de trouver de l'intérêt
à un livre tout en en voyant les ficelles, voire les câbles. Merci Xavier pour ce commentaire. Il rejoint ce que j'ai ressenti à la lecture des Années douces... Petite
remarque perso : De ce livre je ne sais comment parler…
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