LES ANNEES DOUCES

Hiromi KAWAKAMI

 

 

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"Le maître et moi, nous ne nous voyons pas très souvent. C'est naturel après tout, nous ne sommes pas amants. Même quand je ne le vois pas, je n'ai pas l'impression qu'il est loin. Ce soir aussi il est présent, il ne peut pas en être autrement" Hiromi KAWAKAMI

 

Fiche :

Auteur Hiromi Kawakami
Tradution Elisabeth Suetsugu
Editeur Philippe Picquier
Date de parution 03/2003
ISBN 2877306461

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Tsukiko croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs après son travail, son ancien professeur de japonais. Elle est, semble-t-il, une célibataire endurcie, quant à lui, il est veuf depuis de longues années. Et c'est insensiblement, presque à leur cœur défendant, qu'au fil des rencontres les liens se resserrent entre eux. Des rencontres, il y en a beaucoup. Le livre choisit de n'en raconter qu'une douzaine, chacune comme un récit à part. La cueillette des champignons. Les poussins achetés au marché. La fête des fleurs. Les vingt-deux étoiles d'une nuit d'automne... Ces histoires sont tellement simples qu'il est difficile de dire pourquoi on ne peut les quitter. Peut-être est-ce l'air du bonheur qu'on y respire, celui des choses non pas ordinaires, mais si ténues qu'elles se volatilisent quand on essaie de les toucher. Ce livre agit comme un charme, il capte en plein vol la douceur de la vie avant qu'elle ne s'enfuie.

 

Extrait :

L’eau de la source thermale était très douce à la peau. Je me suis lavé les cheveux, et j’ai pris plaisir à me plonger dans le bassin plusieurs fois, si bien que quand j’ai eu fini de me sécher soigneusement les cheveux dans la pièce attenante qui servait de cabinet de toilette, plus d’une heure s’était écoulée, sans que je m’en sois rendu compte.

De retour dans ma chambre, j’ai ouvert la fenêtre, et l’air nocturne s’est engouffré. Bien plus que quand la fenêtre était fermée, le bruit des vagues, intense, donnait l’impression que la mer se rapprochait. Je suis restée un moment appuyée contre le chambranle.

Depuis quand le maître et moi étions devenus si proches l’un de l’autre . Au début, il avait été pour moi un personnage très lointain. Il représentait à mes yeux « le prof » que j’avais eu autrefois, dans un lointain passé, un inconnu, un vieux. Même après avoir échangé avec lui quelques mots, je ne savais pas quel visage il avait. C’était une présence indéfinissable à côté de moi, à ce comptoir où il buvait paisiblement son saké.

Seule sa voix est restée dans ma mémoire, dès le début. C’était une voix un peu haut placée, à laquelle se mêlaient pourtant des inflexions graves, une voix qui sonnait bien. Cette voix avait fini par affluer, pour déborder de cette présence immense et insaisissable à côté de moi au comptoir.

Quand au juste, je ne sais, en m’approchant de lui, j’en suis venue à sentir la chaleur qui émanait de son corps. Par-delà la chemise empesée, m’arrivait une odeur qui était la sienne. Une sensation de nostalgie. Cette présence que je devinais avait la forme même du maître. Une présence virile, mais tendre. La croit-on échappée qu’elle se rapproche d’elle-même.

Même si nos corps s’étaient unis, me serais-je pour autant emparée de cette présence ? D’ailleurs ce qui est à l’origine de cette présence, cette chose vague et ambiguë, n’est-ce pas justement ce qui glisse entre les doigts au moment où on croit l’appréhender ?

Un gros papillon de nuit, attiré par la lumière, a pénétré dans la chambre. Il a tournoyé en faisant tomber la poudre de ses ailes. J’ai tiré sur le fil du commutateur, transformant la vive lumière en une veilleuse orangée. Le papillon s’est attardé un moment, mais bientôt il a disparu dans la nuit.

J’ai attendu quelque temps, mais le papillon n’est pas revenu. (Pages 206-208)

 

Critique/Presse :

Voici un livre d'une délicatesse à couper le souffle, d'une poésie sensuelle, d'une gourmandise débordante. Dans un quotidien volatile, une course permanente à la vie, une pose élégante et sobre qu'il faut lire pour garder l'âme câline. Christine Ferniot, Télérama, 14/05/2003

Ne dirait-on pas un galet que l'on tient dans la main, ce livre qui est tout en courbes, lisse. De quelque manière que l'on s'emploie à le manipuler, il trouve chaque fois son aise dans la paume. Notons d'entrée qu'il a obtenu le prix Tanizaki en 2001, louons sa traduction par Elisabeth Suetsugu. Que sait-on d'Hiromi Kawakami ? Peu de chose. Elle est née à Tokyo en 1958. Elle accumule, lit-on au dos de la couverture, les prix littéraires... L'histoire est d'une simplicité désarmante. Le destin de Tsukiko ressemble à celui de beaucoup de Japonaises. La solitude dans la ville, la carafe de saké, la bière fraîche, le thé vert, la tête à la dérive, le coeur vide des célibataires. Et puis, un soir, elle croise dans un café son ancien professeur de japonais, veuf depuis de longues années. Ils ont une amie commune... Elle et lui s'apprivoisent dans le silence. Passent des soirées côte à côte sans se parler. Page 37 : «Me retrouver dans le même bistrot que le maître sans que lui et moi échangions un seul regard, c'était l'équivalent du livre séparé du bandeau qui l'accompagne, qu'on aurait posé ailleurs, ça ne collait pas.» Ce sont les choses de la nature qui les rapprocheront. La cueillette des champignons, les poussins achetés sur le marché, la fête des fleurs, les vingt-deux étoiles d'une nuit d'automne, le cri assourdi des oiseaux. Une douceur vaporeuse s'empare des deux êtres... L'écriture de Hiromi Kawakami se faufile idéalement dans la succession de petits tableaux... Le récit passe comme un vent tiède à travers une moustiquaire. Il y a là comme l'incantation d'une ritournelle. Une marelle. On saute du ciel à la terre, à cloche-pied, un verre de saké à la main ; le coeur meurtri cependant, à la fin, baigné de tant d'espoirs. François Simon - Le Figaro

Ces histoires sont tellement simples qu'il est difficile de dire pourquoi on ne peut les quitter. Peut-être est-ce l'air du bonheur qu'on y respire, celui des choses non pas ordinaires, mais si ténues qu'elles se volatilisent quand on essaie de les toucher. Ce livre agit comme un charme, il capte en plein vol la douceur de la vie avant qu'elle ne s'enfuie.
Librairie Privat Brunet Douai Arras

Chronique douce-amère d’un duo pour le moins attachant, les Années Douces laissent un goût étrange de déjà-vu (déjà ressenti) et prêtent à la rêverie.
Raphaëlle Lavielle http://www.asiexpo.com/club/chroniques_show.php?no=53&categorie=toutes

L'avis de Xavier Plathey : Concernant Les Années douces, ce qui m'a sans doute le plus agacé, c'est de trouver de l'intérêt à un livre tout en en voyant les ficelles, voire les câbles.
Il y a pas mal de clichés dedans, mais ça passe quand même... agaçant, non ? Quand on n'aime pas un livre et qu'on voit des ficelles, on trouve son opinion justifiée. Mais là... C'est vrai qu'on s'y sent bien, dans le livre, parce que les vrais problèmes, les gros, sont ouatés, si je puis dire, enrobés dans une épaisse couche de coton ; et puis la nourriture a l'air bonne, la boisson coule à flots, tout est convivial... La relation entre la narratrice et le professeur fait un peu comédie romantique américaine : on ne doute pas de la fin, on s'attendrirait presque à voir le couple enfin formé...
Si j'étais de mauvaise humeur, je percevrais ça comme une prise d'otage du lecteur, l'écrivain braquant son pistolet à bons sentiments sur sa tempe...

Merci Xavier pour ce commentaire. Il rejoint ce que j'ai ressenti à la lecture des Années douces...

Petite remarque perso : De ce livre je ne sais comment parler…
Je l’ai commencé en le trouvant presque ennuyeux, la jeune femme et le vieux professeur, dans leurs rencontres successives au fond d’un bar, à boire du saké jusqu’à l’ivresse… Et puis et puis…
Comment savoir à partir de quel moment la magie a opéré ? Au fil de ma lecture, je n’ai plus pu poser le bouquin… L'émotion s'est faite légère et douce, délicate. J'ai adoré le passage onirique où tout se confond, le bar, les rochers, la plage, tout s'enfuit, apparaît puis disparaît, se métamorphose...
Alors, au-delà des premiers ennuis, j’ai lu avec un sourire… Un sourire un peu béat. Ces instants de vie, si particuliers, proches et insaisissables.
La jeune femme semble souvent glisser sur la surface des choses, elle frissonne dans le printemps d’un cerisier en fleur, elle s'abîme dans la contemplation des étoiles d’une nuit sans fin… Un rien d’adolescence dans sa manière de poser son regard sur le monde. Presque d'enfance. Petit à petit, elle prend conscience de ton attachement au maître.
Le quotidien s'estompe ou plutôt se condense autour de ces rencontres ou de l'attente de ces rencontres.
On s'y trouve dans un Japon un peu abstrait, autour de quelques flacons de saké, de la nourriture partagée... Etonnant livre où, semble-t-il, rien ne se passe véritablement. La rencontre de la jeune femme et du vieux maître, c'est aussi la rencontre de la modernité et d'une certaine forme de tradition. Le style d'Hiromi Kawakami se construit sur cette échange fragile, l'épouse... Un instant deux univers se cotoient, s'apprennent, et se mélangent. C'est toute une part de passé que le vieux maître garde dans sa serviette en cuir... Une serviette vide de "choses", mais riche de toute une vie... Et elle sera transmise.
Ce livre ressemble à une parenthèse qui s'ouvre, nous prend, nous berce puis... forcément, se referme. Il en demeure une étrange et belle pureté. Peut-être un conte ?

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