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Auteur : Elia Kazan Edition originale 1967- Edition française Stock 1969 Traduction française : France-Marie Watkins
Il a fallu que sa voiture se déporte et se jette contre un camion pour qu'Eddy Anderson, meurtri mais indemne, prenne le temps de s'interroger sur sa façon de vivre. Cet accident n'a-t-il pas été, au fond, une tentative de suicide ? Mais quelles raisons aurait-il de se tuer ? Aucune apparemment, puisqu'il est nanti d'une belle situation (dans une agence de publicité), marié à une femme charmante (Florence) et possesseur d'une maison avec piscine et pelouse (dans le quartier chic de Los Angeles). A ce bilan officiel de prospérité s'ajoutent les conquêtes sur lesquelles Florence a le bon goût de fermer les yeux. En somme,
un arrangement agréable dont soudain Eddy ne parvient plus à
se contenter. Est-ce parce qu'il a dû rompre avec Gwen Hunt qui
est si bien son type ou parce que ces masques l'étouffent ? Dans
un sursaut d'énergie, il décide de repartir à zéro
sans épouse ni fortune ni emploi, mais aussi sans masque et sans
contrainte. En 1969 Elia Kazan réalise un film à partir de son livre Avec Kirk Douglas , Faye Dunaway , Deborah Kerr , Richard Boone
Un homme sûr ? Je ne l'étais pas. Un intellectuel ? Non. Un amant ? Je doutais fort d'avoir jamais aimé. Un homme de confiance ? Je doutais fort que l'on pût avoir encore confiance en moi ? Un ami de l'humanité ? A vrai dire, j'étais hostile à presque tout le monde. L'Indispensable Eddie ? Ne me faites pas rigoler. L'Honnête Eddie ? Vaguement. Un type qui a besoin des autres ? J'étais indifférent, égoïste. Est-ce que je devrais porter des vêtements qui diraient : "Venez, j'ai besoin de compagnie ?" Non, au contraire ! Je préférais être seul. Comment s'habiller pour le faire comprendre ? A vrai dire,
c'était simple : je n'avais pas envie de m'habiller. Je ne voulais
impressionner personne, ni voir personne. J'étais revenu au point
de départ, nu et seul, comme l'on vient au monde. J'étais
déconnecté et sans obligations. A ce moment-là, je
n'avais pas la moindre idée de la date ni de l'heure. Ni de quoi
que ce soit. Combien de temps ? J'avais un peu d'argent, et le toit de mon père au-dessus de ma tête. (…) Je ne serais pas à la rue avant demain ou peut-être après-demain. Un des mes amis avait toujours ri avec mépris des problèmes de l'âme sensible de classe moyenne. Il disait qu'on ne pouvait éprouver de souci ne de compassion pour les problèmes d'un homme qui pouvait lire une annonce et trouver du travail? Les gens dignes d'intérêt étaient ceux des régions surpeuplées et sous-développées, l'Inde, par exemple, qui souffraient du climat et de la faim. Mais il me semblait qu'il y avait d'autres façons de mourir de faim. Des milliers de gens commençaient à l'apprendre, et des millions le sauraient. Il y avait d'autres maladies que celles causées par la sous-alimentation. Il était impossible de parcourir les rues de nos villes, de regarder les visages et d'affirmer que ces gens n'avaient pas de problèmes. Ils étaient
tenus secrets, ces problèmes, et niés. Les gens avaient
honte de les avouer. Mais ils existaient. Je ferais
bien de remplir la glacière, me dis-je, pendant que j'ai encore
du crédit. " (Pages 489 – 490) Quand la
haine de soi d'Elia Kazan se transforme en furie créatrice - Florence
Colombani
-
Lire l'article paru dans LE MONDE 19.04.03 " En
1952, Elia Kazan témoigne devant la Commission des activités
anti-américaines, livre les noms de collègues communistes
et fait un serment d'allégeance patriotique. Les traces de cette
trahison marqueront désormais son oeuvre, tout en lui donnant une
ambiguïté, une complexité qu'elle ne possédait
pasjusque-là, celle d'un homme à la recherche de lui-même
et de ses racines, explorant ses doutes et ses conflits intérieurs. Petite remarque perso : Ce livre a littéralement "marqué" mon adolescence. Jamais je n'ai pu parler de compromis ou y être moi-même confrontée sans évoquer l'Arrangement d'Elia Kazan. Je ne sais pas s'il est encore disponible en librairie, mais je me "devais" de l'inclure dans mes lectures... |