Je viens de lire Choses qu'on dit la nuit entre deux villes de Francis Dannemark et en visitant son site pour réaliser la page le concernant sur mon Monde A Lire, je découvre un auteur de romans certes, mais aussi un poète. Cela ne m'étonne guère d'ailleurs car le terme "poésie" m'est souvent venu à l'esprit en lisant ses choses... la nuit... entre deux villes.
Merci à Francis Dannemark pour son autorisation à publier ici ce poème.
Autrement dit, l’amour
pour F.
Il y a,
il y a des jours de raisins doux, de pommes d’or,
de quoi faire taire notre vieille soif.
Et l’eau qui court, torrents, rivières,
court sous la peau, enrobe nos cœurs, calme nos doigts.
Rien ne manque, rien n’est mieux,
et quand la nuit vient, elle affiche pour nous deux
un jeu complet d’étoiles.
Il y a des jours de fruits amers,
quand les pépins écrasés
nous blessent un peu la langue,
nous font former des mots moins beaux.
Il y a des jours de courte paille
où trois fois l’on tire la plus courte.
Les enfants sont un peu trop loin
pour qu’on entende leurs rires
et le chien qui murmure des rêves moroses
semble ne plus nous reconnaître.
Il y a des jours où tu m’aimes,
des jours où tu m’aimes bien.
Ainsi nous avançons, nous souvenant
et oubliant, marée haute, marée plate,
que le bonheur est un mélange
et que jamais il ne ressemble
ni tout à fait à ce que nous croyons
ni à lui-même, ni à lui-même.
© Francis Dannemark
in La longue course (Poèmes 1975-2000), Le Castor Astral, 2000, et
33 voix, poèmes accompagnés de traductions en 33 langues, Cadex, 2002.
Ce poème a par ailleurs été repris dans plusieurs anthologies, parmi lesquelles Ici on parle flamand & français (Une fameuse collection de poèmes belges), Le Castor Astral, 2005.