Un Monde A Lire
BROOKLYN FOLLIES
 
Paul AUSTER
 
Aux éditions FABER AND FABER
Paru en octobre 2005
304 pages
ISBN : 0-571-22499-7
 
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Liste des auteurs
   

«J'ai vécu ce jour (le 11 septemblre 2001) comme une tragédie familiale. Mais écrire sur un événement me semble dénué de sens. Un roman ne s'écrit ni dans l'immédiateté ni par opportunisme. Il faut attendre.»
Ainsi parle Paul Auster dans un entretien pour Lire.fr... Et cette phrase vient éclairer d'une toute autre manière ce Brooklyn Follies qui n'a pourtant rien à voir avec la tragédie... sauf peut-être ce si joli ciel bleu, juste à l'instant où...

Résumé :

Présentation de l'éditeur français :

Nathan Glass a soixante ans. Un divorce, un cancer en rémission, trente ans de carrière dans une compagnie d'assurances à Manhattan et une certaine solitude qui ne l'empêche pas d'aborder le dernier versant de son existence avec sérénité.
Chaque jour, Brooklyn et ses habitants le séduisent davantage, il prend ses habitudes, tombe sous le charme d'une serveuse et décide de faire un livre dans lequel seraient consignés ses souvenirs, ses lapsus, ses faiblesses de langage, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des gens qu'il a croisés, rencontrés ou aimés.
Un matin de printemps, le 23 mai de l'an 2000, ce livre intitulé Brooklyn Follies prend une autre dimension. Ce jour-là, dans une librairie, Nathan Glass retrouve son neveu Tom Wood. Perdu de vue depuis longtemps, ce garçon de trente ans reprend très vite la place qui fut la sienne dans le cœur de son oncle. Et c'est ensemble qu'ils vont poursuivre leur histoire, partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies mais aussi et surtout, le rêve d'une vie meilleure à l'hôtel Existence...
Un livre sur le désir d'aimer. Un roman chaleureux, à travers lequel tous les grands thèmes austériens se répondent, où les personnages reprennent leur vie en main, choisissent leur destin, vivent le meilleur des choses - mais pour combien de temps encore, en Amérique ?...

Source : Actes Sud

 

Extrait : Premières lignes

I was looking for a quiet place to die. Someone recommended Brooklyn, and so the next morning, I traveled down there from Wetchester to scope out the terrain. I hadn't been back in fifty six years, and I remembered nothing. My parents had moved out of the city when I was three, but I instinctively found myself returning to the neighborhood where we had lived, crawling home like some wounded dog to the place of my birth. A local real estate agent ushered me around to six or seven brownstone flats, and by the end of the afternoon I had rented a two-bedroom garden apartment on First Street, just half a block away from Prospect Park. I had no idea who my neighbors were, and I didn't care. They all worked at nine-to-five jobs, none of them had any children, and therefore the building would be relatively silent. More than anything else, that was what I craved. A silent end to my sad and ridiculous life.

Traduction sur le site des éditions Actes Sud

Je cherchais un endroit tranquille où mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis de Westchester afin de reconnaître le terrain. Il y avait cinquante-six ans que je n’étais pas revenu là et je ne me souvenais de rien. Je n’avais que trois ans lorsque mes parents avaient quitté la ville, et pourtant je m’aperçus que je retournais d’instinct au quartier que nous avions habité, à la manière d’un chien blessé qui se traîne vers le lieu de sa naissance. Un agent immobilier du coin me fit visiter six ou sept appartements dans des maisons de pierre brune et à la fin de l’après-midi j’avais loué un trois-pièces avec jardin dans la Première Rue, non loin de Prospect Park. J’ignorais tout de mes voisins et ça m’était bien égal. Tous travaillaient de neuf à dix-sept heures, aucun n’avait d’enfants et l’immeuble serait donc relativement silencieux. Plus qu’à toute autre chose, c’était à cela que j’aspirais. Une fin silencieuse à ma vie triste et ridicule.

 

Critique/Presse :

Les folies que met en scène Paul Auster, ce sont celles de notre quotidien à tous. L'envie d'échapper au destin, de goûter à l'harmonie des sens et à la paix intérieure. Ces buts précipitent ceux qui les poursuivent sur des sentiers où s'arrêter signifie mourir. Mais à chaque carrefour, Paul Auster a placé un symbole de cette Amérique des années 2000 qui lui fait si peur et qu'il a entrepris de réinventer: les fous furieux de la droite chrétienne, le lobby des armes à feu, le mouvement anti-avortement, les preuves de la dégénérescence du système éducatif, la religion du fric... Et le ciel bleu d'un certain matin de septembre, il y a quatre ans. François Busnel - Lire, septembre 2005

Petite remarque perso :

Il paraît qu’on est « Austerien » ou qu’on ne l’est pas. Que c’est presque « irréversible » !
Suis-je  Austerienne, si j’aime particulièrement l’univers de cet auteur ? Sa manière de nous perdre dans ses histoires, destins croisés, incertitudes, hasards… J’aime ses références à la création artistique dans ses romans : cinéma, écriture, poésie… Ce « je ne sais quoi » très new yorkais qui lui confère peut-être une forme d’exotisme ? [sourire]
Austerienne pour avoir décidé de lire ses Brooklyn follies dans le texte, c’est à dire en anglais ? Petite appréhension au départ, lié à la langue. Pourtant, autant les histoires d’Auster son multiples et imbriquées les unes dans les autres, autant son style est simple et son écriture sans fioriture.

Nathan a choisi Brooklyn pour y être seul et vivre la fin de sa vie mise entre parenthèses par un cancer du poumon dont il se remet sans trop d’espoir. Une fin de vie qu’il souhaite calme et sereine…
Mais à quelques blocs, il retrouve Tom, son neveu un brin dépressif, lui-même travaillant chez Harry, personnage au passé riche en rebondissements et quelque peu crapuleux. Surgit ensuite Lucy, la nièce de Tom… Aucune de ses vies n’est sans problème… à chaque coin de rue, une rencontre, une personne, une histoire. Tous les thèmes y passent : mariage, divorce, éducation, art, études, rêves brisés, sectes, homosexualité, politique…
Les personnages d’Auster sont les locataires de cet « l’Hôtel Existence » dont rêvait Harry. Ce livre me fait penser à la vie, aux rencontres, qu’elles aient ou non une importance pour la suite elles se font, se défont…

Certains critiques ont reproché à Paul Auster d’avoir cédé à la facilité pour ce roman  et d’avoir « signé une aimable bluette qui s'étire en chewing-gum, et qui laisse sur la langue un goût de guimauve.» (L’expres livres). Bien sûr il y a de la bluette et des bons sentiments, mais après tout, ce n’est pas toujours un regret.

Et quand Auster termine son livre sur l’attentat du 11 septembre, presque sans le faire exprès, on se dit que peut-être… ceci explique cela. Comment parler de ce qui s’est passé ce jour là quand on est New Yorkais de Brooklyn en sachant pertinemment  que les mots ne pourront jamais dire ? Peut-être simplement en racontant toutes ces petites histoires, ces petites vies qui n’en finissent pas d’agir et d’interagir, d'espérer… en terrible contraste, les cendres qui recouvriront New York…

 

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