Un Monde A Lire
Le Canapé rouge
LE CANAPE ROUGE
 
Michèle LESBRE
 
Aux éditions Sabine Wespieser
Paru en août 2007
149 pages
ISBN : 978-2-84805-054-6
 
Liste des livres
Liste des auteurs
   
 
"Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d'après au point de donner cette sensation prolongée d'égarement d'un temps à un autre, d'un espace à un autre. Les images se superposent, secrète alchimie, profodeur de champ où nos ombres semblent plus vraies que nous-mêmes. Là est la vérité du voyage."(Page 16)
 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Parce qu’elle était sans nouvelles de Gyl, qu’elle avait naguère aimé, la narratrice est partie sur ses traces. Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, Anne s’interroge sur cet homme qui, plutôt que de renoncer aux utopies auxquelles ils avaient cru, tente de construire sur les bords du Baïkal un nouveau monde idéal.

À la faveur des rencontres dans le train et sur les quais, des paysages qui défilent et aussi de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées, qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu’elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l’attendre sur son canapé rouge, au fond de l’appartement d’où elle ne sort plus guère. Elle brûle sans doute de connaître la suite des aventures d’Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Marion du Faouët qui, à la tête de sa troupe de brigands, redistribuait aux miséreux le fruit de ses rapines, et surtout de Milena Jesenská qui avait traversé la Moldau à la nage pour ne pas laisser attendre son amant. Autour du destin de ces femmes libres, courageuses et rebelles, dont Anne lisait la vie à l’ancienne modiste, une belle complicité s’est tissée, faite de confidences et de souvenirs partagés. À mesure que se poursuit le voyage, les retrouvailles avec Gyl perdent de leur importance. Arrivée à son village, Anne ne cherchera même pas à le rencontrer…

Dans le miroir que lui tend de son canapé rouge Clémence, l’éternelle amoureuse, elle a trouvé ce qui l’a entraînée si loin : les raisons de continuer, malgré les amours perdues, les révolutions ratées et le temps qui a passé.
Le dixième livre de Michèle Lesbre est un roman lumineux sur le désir, un de ces textes dont les échos résonnent longtemps après que la lecture en est achevée.

"Je dirais que c'est un roman qui refuse le désenchantement, le cynisme, un roman sur le désir, l'amour de la vie jusqu'au bout et malgré tout, malgré les amours perdues, les révolutions ratées, les absences. " L'auteur

Source : Site de l'éditeur

 
"Sur ce quai, je savais qu'une plaque commémorative citait une phrase écrite par Camille Claudel dans une lettre à Rodin, Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente. " (Page 58)
 

Extrait :

"Pendant ces heures un peu lentes, un peu lascives, trimballée dans ce paysage qui n'en finissait pas de s'étirer sous mes yeux, je me découvrais une aptitude à la vie contemplative que je ne soupçonnais pas. Face à la précipitaiton moderne et l'esprit de système, cela m'apparaissait comme un excellent antidote. J'allais sans doute rentrer plus sereine, avec un brin de scepticisme et encore moins de certitudes. (...)

Puis le train avait repris sa course. J’étais à quelques heures seulement d’Irkoutsk. Les usines abandonnées se succédaient toujours, parfois le matériel était délaissé lui aussi, un monstrueux gaspillage qui, après le spectacle de ces femmes penchées sur les voies, suscitait la colère. Les forêts devenaient l’image d’un paradis possible dont les hommes n’étaient pas dignes mais que les arbres, eux, savaient incarner. Ce paysage grandiose et dévasté, empreint d’une grande mélancolie, me parlait de tout ce que je savais déjà mais avec une force une cruauté à laquelle je ne m’attendais pas. Il ne me quitterait plus pendant plusieurs mois après mon retour, s’installerait dans ma vie comme d’autres voyages l’avaient fait, bâtissant ainsi un monde singulier, imparfait, émotionnel, imaginaire parfois, le mien." (Pages 61 - 62)

 
"Mais j'avais aimé et j'aimais encore la certitude qu'il n'y a pas de belles idées sans amour, sans liberté, et que nos efforts désespérés pour le prouver n'avaient pas été vains" (Page 115)
 

Critique/Presse :

Petite remarque perso :

Quel voyage dans ce train filant vers un ancien amour.  Les paysages à travers la fenêtre semblent des états d’âme, des bribes de souvenirs… Ils défilent, s'alternent. Les engagements, la jeunesse, l'amour, le temps qui passe.

Anne, après vingt années, décide d’aller jusqu’au lac Baïkal où Gyl  s’est établi. Gyl devenu silencieux depuis longtemps.. Elle a prévenu son employeur, elle a laissé Clémence sur son canapé rouge, la tête emplie d’héroïnes des lectures qu’elle venait régulièrement lui faire. Etrange comme ce voyage, désir d’ailleurs, d’autrement, désir de passé revenu au présent, désir de…  vivre effrontément, encore, toujours,  devient lentement un voyage intérieur.  Et sur l’azur du ciel glissent des cerfs-volants multicolores.

Dans le train qui traverse le continent russe, un  quotidien insolite s’instaure, une intimité d’êtres en départ, en retour, en attente…

Ce livre parle d’humanité, de ces relations qui se tissent, parfois éphémères mais toujours importantes. Une vie projetée sans cesse, mais se nourrissant de minuscules parcelles de cœurs battants, de regards brillants, de voix profondes. Il en émane une force lumineuse, une sérénité heureuse.  Peut-être une mélancolie, mais une "mélancolie agréable"…

Et puis cette relation entre Anne et Clémence, en s’éloignant, Anne est ramenée à l’essentiel. Au fond du couloir, ce point fixe, rouge comme le sang dans les veines, comme la vie.

Et notre voyage immobile à nous, lecteur, nous imprègne longtemps après avoir refermé le livre... " il inonde les jours d'après"

 

Haut de la page

Laisser un commentaire sur le Livre d'Or

Retour accueil