Bienvenue dans mes carnets de lecture - Un Monde A Lire
"Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres." Marguerite Yourcenar - Mémoires d'Hadrien
La musique enveloppe et suggère, elle créé, elle efface un instant l’intensité dramatique pour n’en garder que l’ultime émotion, le vertige au bord du silence.
Cet improbable "quintette" révèle la difficulté d’être, les rêves, les concessions, les obligations, la nostalgie déjà, le temps qui passe. Que se produira-t-il quand la musique cessera ? Vers quelle vie sera propulsé chacun de ces « passants » un instant arrêté sur la piazza ou dans ce grand hôtel ?
Helmer et Henk sont deux frères jumeaux qui ont grandi ensemble en ce plat pays de Hollande. Miroir étrange dans lequel l’un se voit en l’autre. Mais une rencontre amoureuse déchire cette fusion qui jusqu’alors n’avait pas vraiment été sensible. Une jeune femme d’abord, Riet, et puis un accident. Henk meurt tragiquement, Helmer reste et renonce à ses études, à la demande du père, pour travailler à la ferme. Il prend la place laissée vacante par son frère. Il comble, par son travail et ses renoncements, une absence infinie qui se creuse à l'intérieur.
Braine vient de passer plusieurs mois dans un hôpital militaire. Soldat, blessé… Il rentre chez lui et retrouve l’espace qu’il avait laissé, en creux, mais il ne sait comment le remplir. Se conformer à ce que son entourage prépare pour lui ou être lui. Il est trop épuisé pour se poser la question. Il essaie de retrouver sa place, de mari, de père, d’employé dans le garage de son beau père. Lily tisse autour de lui un cocon de tendresse dans lequel elle aimerait le retrouver. Mais la guerre a ouvert en lui d’insondables abîmes….
"Si tu crois que les marins vont te parler, t’ouvrir leur cœur, tu te goures. La vérité porte malheur. Nous la disons de temps en temps, dans le secret de notre cœur, et même ainsi elle nous fait peur."
Marins embarqués sur un vieux cargo. Les vagues, les côtes au loin perçues ou abordées, les tempêtes et les paquets de mer sur le pont, la vie dans l'antre des machines... Isolés des événements qui secouent la terre, ces hommes, sans cesse en route vers d'autres ports, racontent leurs histoires de marins. Bribes de vies éparses, jetées à l'ancre des ports. Une passerelle, des rencontres et puis de nouveau le départ. Êtres de passage et d'iIllusions perdues, maquillées à outrance.
Au milieu de la désolation brûle une lumière dévorante. Mais la nuit est noire et terribles ces confessions murmurées, hurlées, égarées dans le vent de la tempête. Un peu hallucinatoires aussi.
Une approche de la poésie à travers la psychanalyse ou plutôt une « mise en abyme ». L’une et l’autre relèvent de ce même temps, cette contrée native d’avant les mots, d’avant le langage. Dans l’émotion et le sensible, la poésie ouvre une voix. Car la parole poétique et la parole surgissant en séance d’analyse appartiennent au même silence. Magnifique écriture que celle d’Edmundo Gómez Mango.
"On ne s'habitue jamais au bonheur. Quiconque s'habitue au bonheur cesse d'être heureux"
Le roman :
L’écriture de Bernardo Toro, c’est une voix, une voix à part dans laquelle d’autres voix se mêlent, convoquant le passé, le présent, des situations qui se fondent les unes dans les autres perdant peu à peu leurs contours propres. Il lance son filet et ramène à lui des éclats épars, des regards, des souvenirs, des cris. Le temps se dilate, se condense, l’important n’est pas contenu dans une chronologie mais dans la vie, dans la noeud à l’estomac dans le cœur qui s’affole, dans le bleu miraculeux de la mer.
"Si un livre vous ennuie, ne le lisez pas ; c’est qu’il n’a pas été écrit pour vous" Jorge Luis Borges
"Je crois que la formule 'lecture obligatoire' est un contresens ; la lecture ne doit pas être obligatoire. Parle-t-on de plaisir obligatoire ? A quoi bon ? Le plaisir n'est pas une obligation, c'est une quête. Bonheur obligatoire ! Le bonheur aussi est une quête.J'ai été professeur de littérature anglaise pendant vingt ans à la faculté de philosophie et de lettres de l'université de Buenos Aires.J'ai toujours donné ce conseil à mes étudiants : si un livre vous ennuie, abandonnez-le ; ne lisez pas un livre parce qu'il est fameux, ou moderne, ou ancien. Si un livre vous semble ennuyeux, laissez-le ; même si ce livre est le 'Paradis perdu' - qui pour moi n'est pas ennuyeux - ou 'Don Quichotte' - qui pour moi ne l'est pas davantage. Mais si un livre vous ennuie, ne le lisez pas ; c'est qu'il n'a pas été écrit pour vous. La lecture doit être une des formes du bonheur : voilà pourquoi je conseillerais aux possibles lecteurs de mon testament - que je n'ai d'ailleurs pas l'intention de rédiger - de lire beaucoup, de ne pas se laisser effrayer par la réputation des auteurs, de rechercher un bonheur personnel, un plaisir personnel. Il n'y a pas d'autre façon de lire." J. L. B.
Le jour où Lancelot apprend la mort de sa femme, il découvre à quel point il la connaissait mal. Il croyait Irina partie pour une destination lointaine, elle est retrouvée morte dans la voiture d'un inconnu. Il la croyait réalisatrice de films animaliers, elle posait aussi des bombes avec quelques vieux amis activistes qu'elle fréquentait encore. Il la croyait orpheline, un père inquiétant surgit. "Comment peut-on connaitre si mal la personne avec laquelle on vit ?" Question lancinante...
Funambule, du latin funambulus, de funis, corde, et ambulare, marcher.
Chacune de ces nouvelles est un équilibre entre contingence d’homme et besoin de dépassement.
Mouvements, de la main de l’artiste sur le bois des mannequins, des pieds du funambule sur le fil, de la capsule lancée dans le système solaire, de la boule roulant sur la piste, de la pensée de l’écrivain aux mots sur le papier… Trajectoires d’un point de départ à un point d’arrivée, reliés par ce fil tendu…
Barcelone. Confrontation entre deux écrivains, l’un Ramon Balaguer, déjà plusieurs fois publié écrit en castillan, l’autre Miquel Rovira rédige son premier roman en catalan. L’échange, ou plutôt l’affrontement entre les deux hommes leur devient rapidement indispensable. Leurs différences composent un substrat fertile dans lequel s’enracinent l’écriture, la langue, les sentiments, l’être dans ce qu’il a de plus profond et de plus vulnérable. De plus déterminé aussi.
Une jolie "mise en lumière" de mon Monde A Lire sur le site Libfly, portail communautaire qui référencie l'intégralité de mes commentaires de lecture : "La bibliothèque d'un Monde A Lire est une main tendue qui nous invite à parcourir à pas feutrés l'univers préservé de son hôte, à s'imprégner de l'atmosphère intimiste des commentaires avertis. On y ressent à la fois une confiance totale mais aussi un respect naturel qui naît du partage d’une profonde passion pour le livre, l'écrit, l'encre ..." Merci à Olivier Walbeck de Libfly