LES CARNETS D'EDITH

Edith VELMANS

 

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"Je ne m'étais jamais rendu compte qu'il pouvait y avoir autant de souffrance de par le monde, et je n'aurais jamais cru qu'on pouvait y survivre"

 

Fiche :

Auteur Edith Velmans
Editeur Phebus
Collection Vif Du Sujet
ISBN 2859408908

Traduction ; Hélène Collon

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Publiés récemment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (juste après une première édition traduite en langue néerlandaise), Les Carnets d'Edith, actuellement en traduction dans une dizaine de pays. sont présentés partout comme " un nouveau Journal d'Ange Frank ". Une gamine juive de quatorze ans (elle habite La Haye) est confrontée dès 1939 à la menace nazie. Quand la Hollande est envahie au printemps 1940. elle croit encore qu'il lui sera malgré tout possible de vivre, de rire, d'aimer... Jusqu'à ce que l'Occupant tombe enfin le masque et procède aux premières déportations. Edith vivra près de trois ans cachée sous un faux nom dans une famille protestante, assistant dans l'ombre à la mort des siens. Elle s'interdit de montrer ses sentiments, de pleurer même et ne réussit à tenir qu'en consignant en secret l'horreur dont elle est témoin et qu'il lui est interdit d'exprimer au grand jour. La critique, dès la sortie du livre, a rendu hommage à la tenue et à la qualité littéraire de ce document, qui nécessairement fera date.

 

Extrait :

12 décembre 1941

Je ne parle pas beaucoup de la guerre dans ces pages. C'est qu'elle ne m'intéresse guère, et que de toute façon les choses changent sans cesse du tout au tout. Mais c'est de ire en pire, il y a de plus en plus de souffrances. Les gens meurent par millions, cette guerre est une atroce tragédie...
C'est peut-être égoïste de ma part, de parler si rarement de ce qui se passe dans le monde et si abondamment de ce qui fait ma petite vie sans importance. Mais je pourrais remplir des volumes entiers avec des idées sur la guerre qui n'ont pas leur place ici. On a toujours tendance à accorder plus d'importance à sa propre existence, c'est comme ça. On ne le fait pas consciemment. "Moi je", voilà ce qui occupe généralement nos pensées. Mais ce n'est que mon opinion personnelle, et peut-être prouve-t-elle que je suis d'un égoïsme affreux. J'espère que non.

 

26 mars 1945

J’ai souvent la sensation de vouloir, de pouvoir être heureuse si je suis capable de prendre ce que la vie me donnera, même si elle ne m’apporte que du malheur. Parce qu’il y a beaucoup à prendre. Et la vie peut s’avérer belle, du moment qu’on a quelque chose à donner aux autres, au lieu de toujours se contenter de recevoir.

Cela donne du courage, cette impression de force, se dire qu’on est assez forte pour prendre la vie à bras le corps. Cela aide beaucoup à survivre. J’aurais voulu pouvoir transmettre un peu de ce courage à Ineke, parce que sur ce plan, nous sommes très différentes. Elle, elle ne trouve pas que la vie soit belle ; elle pense que tout tournera toujours mal pour elle. Parfois je la comprends, parce qu’il y a des jours, dans cette vie, où on a l’impression d’étouffer à mort. La guerre, la souffrance, la haine… à quoi ça sert tout ça ? Mais maintenant que le printemps est arrivé et que, soudain, on voit des fleurs dans tous les jardins, chaque jour une fleur nouvelle, on se rend compte que tout n’est pas noir, finalement, dans ce que la vie a à offrir. D’ailleurs, la mienne était ensoleillée, avant tout ça, comme celle de Jules et des autres, non ? Parfois on trouve la vie bien injuste. Les Van Bueren, par exemple, ont récupéré leur maison et leurs affaires ; pour eux, tout est redevenu comme avant, ils invitent des gens chez eux, les noms de leurs enfants étaient sur la liste des rapatriés de Theresienstadt, leur sœur s’est est tirée aussi, elle est revenue vivre à côté de chez eux. Tandis qu’à d’autres, il ne reste rien, ou si peu ; en plus, ce qui ne leur a pas été enlevé est hors d’atteinte. Parce que ce silence de la part de Guus, je ne sais pas ce qu’il veut dire, je ne peux pas l’imaginer puisque j’ai reçu d’Angleterre l’assurance que plusieurs personnes l’ont vu, mais que je suis sans nouvelle.

 

Critique/Presse :

Dans son discours lors de Inauguration du Centre d'Etude de l'holocauste et du génocide de l'Université d'Amsterdam le 8 septembre 2003, Simone Veil évoque les Carnets d'Edith ainsi que le Journal d'Anne Frank.

 

Cinquante ans après la blessure - L'article de Pascale Frey - Lire, mai 2003

La Haye, septembre 1938. Edith van Hessen, 14 ans, a décidé de tourner le dos au drame qui se prépare. Rien ne peut entamer son optimisme. Pas même les premiers réfugiés qui affluent, parmi lesquels se trouve sa grand-mère, Omi, juive, jugée "indésirable" en Allemagne. C'est grâce à cette grand-mère qui lui offre un carnet "en cuir bordé d'or" qu'Edith commence à consigner le quotidien d'une vie fait de tendresse, de chaleur, de rires et de gaieté. Quatre ans plus tard, une autre nuit, de cauchemar, s'impose à elle. Contrainte de se cacher, elle confie à une amie ses carnets, qu'elle récupérera après guerre, avant de gagner les Etats-Unis. Ce n'est qu'en 1997, poussée par ses proches, qu'Edith van Essen, devenue Edith Velmans, reprend ses "lettres et carnets de guerre" et compose ce récit-témoignage. Christine Rousseau, Le Monde, 21/03/2003

Son témoignage, évidemment bouleversant (elle est la seule, avec un de ses frères, à avoir échappé aux nazis), montre, de l'intérieur, la lente découverte par les juifs de leur statut de parias. Danielle Schramm, Télérama, 19/03/2003

Publiés aux Pays-Bas, puis aux Etats-Unis et en Angleterre avec grand succès, "Les Carnets d'Edith" sont un témoignage exceptionnel, jamais édifiant ni complaisant, sur la vie quotidienne d'une adolescente qui bascule de l'insouciance dans l'effroi. Ou comment les nazis lui arrachent, jour après jour, et miette par miette, sa jeunesse, sa famille, son nom, sa dignité. Olivia de Lamberterie, Elle, 17/03/2003

Petite remarque perso : J'ai beaucoup aimé la "proximité" que l'on ressent immédiatement en commençant ces carnets. Ils pourraient être ceux de n'importe quelle adolescente s'ils avaient été écrits à une autre époque, et par moment, au début surtout, on oublie la guerre, on sourit avec tendresse à l'évocation de la vie quotidienne d'Edith. Pourtant, la gravité, le très lent basculement de tout son univers prennent le pas sur ses rêves de jeune fille. Elle est pleine de caractère et d'énergie, elle lutte avec ses propres armes, aussi longtemps que possible, elles continue à vivre, ses émotions, ses premières amours, sa famille, les questions qu'elle se pose. Jusqu'au jour où elle doit partir se cacher dans une famille au sud du pays pour échapper aux rafles devenues trop fréquentes à La Haye. A partir de là, les carnets s'interrompent et laissent la place aux lettres écrites par sa mère ou son père.
Edith devient témoin de leur infortune et se sent impuissante, loin d’eux. Maladie, déportation...
Ces mots écrits offrent quelque chose d'inestimable au lecteur. Ils sont... vivants. Ils sont bouleversants au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture. Je pense à la lettre qu'elle écrit à son père et qu'elle retrouve bien des années plus tard.
Il n' y a pas de rupture entre la jeune Edith des carnets et la femme d'aujourd'hui qui rassemble ces écrits... toujours le même regard... la même intensité de vie, la même énergie... et pour le lecteur, la même émotion. En elle, Edith porte l'adolescence brisée, l'adolescence volée... mais jamais anéantie... comme un printemps prêt à refleurir sur l’hiver.
Et plus la famille Van Hessen se disperse, plus en chacun de ses membres, elle semble se rassembler pour trouver la force de continuer. Une forme de puissance de la mémoire et des souvenirs que rien ne peut altérer, pas même les conditions de vie de chacun.
Le ton est juste, sans concession, loin des grands sentiments, lucide.

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