LE CHATEAU DU SILENCE
 
Olivier Delorme >>> Le site de l'auteur
Aux éditions H & O
Paru en 2003
256 pages
ISBN : 2845470657
 

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Résumé :

Envoyé spécial de mon journal à Beyrouth, j’étais chargé d’y couvrir les turbulences prévisibles que provoquerait le déclenchement de la Guerre du Golfe – la première. Lassé d’attendre, je décidai de m’offrir quelques jours de vacances à Chypre. Marié à une fille formidable, choyé par ma belle-mère, apprécié de mon rédac chef, j’avais tout pour mener une vie de journaliste heureux, avec juste ce qu’il faut de remous pour ne pas m’ennuyer… Mais sur cette île superbe où l’automne ressemble tant à l’été, j’ai d’abord été bouleversé par le chant d’un coq. Puis j’ai eu le crâne transpercé par un cri, celui d’une mère dont le fils avait disparu en 1974 pendant l’invasion du nord de l’île par les Turcs. Et ce cri a fait basculer ma vie. Couple, boulot, copine : cet inconnu, ce reclus, ce fantôme que je n’ai jamais vu, a dynamité toute mon existence. Jusqu’à remettre en question mon identité même. Jusqu’à transformer mon goût exclusif pour les femmes en furieux désir des hommes. Jusqu’à s’emparer de moi, vivre à travers moi et me faire éprouver sa souffrance. C’est cette histoire, notre histoire, que raconte ce livre. Celle d’un voyage au bout de l’effroi. Le genre de voyage dont on ne revient pas. - Présentation de l'éditeur -

 
 
 

Extrait :

Mais pourquoi est-ce que je ne peux m’empêcher
De crier ?
Pense l’Homme dont le corps est tendu comme un arc,
Comme un pont entre la vie et la mort.
Pour être entendu ?
De qui ?
Qui pourrait nous entendre ?
Nous qui sommes enterrés vivants.

Depuis combien de temps ?

Au début,
Tous,
Ils avaient compté.
Mais après cinq années…

Depuis,
Tous,
Ils avaient renoncé à compter
Les jours, les semaines, les mois, les années…
Le temps des hommes.

Depuis,
Tous,
Ils se contentaient du jour par le soupirail
Ou de la nuit ;
Du froid de l’hiver
Ou bien de la chaleur…
Le temps des bêtes.

Parfois, cependant,
L’un d’eux reprenait ce qu’il faut bien nommer
Espoir.
Il tentait alors de se souvenir ;
Combien d’hivers et combien de chaleurs à crever ?
Mais tous,
Toujours,
Ils se trompaient.

Et si quelqu’un
Quelque part,
Finissait par m’entendre ?

Après plus de dix-sept années.
Car l’homme dont le corps s’arque sous la douleur
Est le seul à savoir
Encore.
Car lui,
Jamais,
Il n’a renoncé à compter.

Et puis il sourit.
Malgré ses yeux enfoncés dans leurs orbites, Ses cheveux blancs,
Son teint gris,
Et ses joues hâves mangées de barbe,
Son visage a gardé quelque chose de la beauté de ses vingt ans
Une beauté un peu androgyne,
Rien qu’un peu.

Et tous les autres,
Ceux qui ont arrêté de compter,
Se demandent pourquoi l’Homme sourit :
Peut-être a-t-il perdu la raison ?

Mais l’Homme n’a pas perdu l’esprit.
L’Homme dont le corps s’arque
Dans l’espoir encore,
De regagner la rive de la vie
Sourit parce qu’il est certain,
Désormais,
Que quelqu’un,
Quelque part,
L’a entendu
- Son cri.
(Page 91-92)

 
 
 

Critique/Presse :

Petite remarque perso : J'ai lu ce roman dans le cadre d'un jury FNAC "rentrée des adhérents et des libraires". C'est un livre fort, dense et parfois un peu déroutant surtout dans la deuxième partie de l'histoire...

Le combat d'un journaliste confronté à une situation qu'il ignorait et qu'il veut faire connaître au monde.

L'influence de cette cause qu'il se met à défendre sur sa vie d'homme va être dévastatrice.

Le hasard d'une rencontre remet tout à coup tout en question : son idée de la presse, la superficialité des relations professionnelles qu’il entretient, son mariage et jusqu'à sa propre identité. Il lui révèle ses zones d'ombres, plus loin encore qu'il ne l'imaginait, plus loin aussi que le lecteur ne le supposait au début… Il va se sentir "investi" d'une mission par un être disparu depuis des années. Et petit à petit, comme possédé par cet inconnu dont il entend l'incessant appel, le cri.

Sa quête n’est plus rationnelle, elle force en lui tous les barrages… toutes les limites. Le place face à lui-même, sans concession.

La politique, la guerre, le rôle de la presse et sa partialité dans l’information qu’elle livre. L'homosexualité aussi. Nous plongeons avec le héros dans une folie passionnelle, nous sentons très vite qu’il ira au bout, quoiqu’il puisse lui en coûter… quitte à atteindre un au-delà du réel, du possible, de la raison. Un voyage sans retour.

 
 
 

Quelques mots que m'a adressés l'auteur :

Merci, d'avoir lu mon livre et de le présenter comme vous le faites sur votre site. Pour un auteur qui en est à son troisième livre, qui voit son lectorat s'élargir, à chaque nouvelle parution, à chaque signature en province ou à Paris, c'est un vrai bonheur que de savoir qu'on a su toucher, émouvoir... dérouter.

Des réactions comme les vôtres sont précieuses à l'écrivain, dans les moments de lutte, dans les moments de doute où il se coltine, parfois dans l'énergie et l'enthousiasme, parfois proche du découragement ou du désespoir, avec l'écriture. Parce qu'alors, on se souvient de quelques réactions comme les vôtres et qu'on se dit qu'on est justifié à écrire; que bouleverser ou dérouter une seule personne, diriger son regard vers de nouveaux horizons... justifie tout.

Surtout quand il s'agit de ce livre-là avec lequel j'ai vécu longtemps, qui m'a hanté bien avant que je me décide à l'écrire, que j'ai eu souvent l'impression de ne pas écrire... seul, même quand j'étais incontestablement seul dans la maison de mon volcan, face à l'Egée.

Face au silence de la critique dite généraliste - effet du conformisme, du manque de curiosité ou d'une homophobie latente?... - , des découvertes comme celle de votre site, sont précieuses.

Merci donc, et bien sincèrement à Vous

Olivier Delorme

Merci pour ces mots-là. Merci de m'avoir autorisée à les placer sur cette page. Je les garde précieusement, comme un cadeau. Régine

 

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