LE CIMETIERE DES RÊVES

Hanan EL-CHEIKH

 

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Fiche :

Le cimetière des rêves
Hanan el-Cheikh
ACTES SUD
traduit de l'arabe par Yves Gonzalez-Quijano.
218 pages.

Résumé :

Elles habitent à Beyrouth ou à Fès, dans un village retiré de la montagne yéménite ou au cœur de Londres.

Certaines restent fidèles à la tradition quand d’autres ont embrassé la modernité, mais toutes les femmes arabes qui peuplent les nouvelles de ce livre, vont de l’avant, affirment leur indépendance parfois sans ménager leurs partenaires masculins, car chacune est en lutte, clandestine ou violemment déclarée, pour son droit à disposer d’elle-même.

S'illustrant dans l'exercice de la nouvelle, c'est sur une petite musique douce-amère que Hanan El-Cheikh plonge dans chacun des univers qu'elle crée pour en éclairer subtilement la vérité des être et des lieux. - Présentation de l'éditeur -

Extrait :

"Arrivée à la terrasse, Samr fut immédiatement captivée par le spectacle qui s'étalait sous ses yeux.

Son cœur se mit à battre. Elle se croyait comme dans un rêve, en train de voler au-dessus des toits colorés : les modestes maisons de terre, les toits couverts de tuiles vertes et bleues, aux reflets d'émeraudes et de lapis-lazuli, les hautes coupoles blanches couronnées de cuivre, les énormes demeures aux allures de forteresse, les bassins turquoise, moutarde, lie de vin, indigo, d'où les ouvriers retiraient les tissus laissés à tremper, la placette en dessous d'elle où se tenaient les grappes d'hommes en djellaba, accroupis, pareils à de grandes sauterelles. D'en haut, les étroites venelles se tortillaient comme des serpents.

On perçait alors le secret de la construction de cette ville qui ne s'offrait pas comme un spectacle pour les yeux mais préférait se dissimuler derrière le labyrinthe de ses rues.

Des rues qui avaient été créées pour les femmes de jadis, cachées sous les replis de leurs voiles, passant d'un seuil à un autre, franchissant une porte anonyme pour disparaître dans les profondeurs d'une demeure, sous les regards furtifs des hommes postés dans les boutiques.

A nouveau, Samr éclata en sanglots.

Elle ne se reprit qu'en se souvenant qu'il lui faudrait bien repartir dans deux jours.

Elle retrouverait bien vite sa vie ordinaire et ce voyage ne serait plus qu'un souvenir.

Mais comment laisser tout cela pour revenir en Europe ?

A l'évidence, elle était encore sous le choc de cette découverte. Sinon, comment imaginer un seul instant vivre ici ?

Elle n'arrivait pas à se détacher de ce lieu. Elle embrassait l'horizon du regard sans prêter attention aux marques d'impatience de ses deux compagnons qui, après s'être tenus à distance pour respecter sa méditation, s'étaient remis à parler.

Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à dire adieu à cette ville qui semblait la retenir par la main, lui jeter sous les yeux un nouvel aspect de ses charmes, chaque fois qu'elle faisait mine de s'écarter. " (Le jour où sa vie s'est arrêtée - Pages 134-135)

Critique/Presse :

" Hanan El-Cheikh écrit en arabe et vit à Londres depuis une quinzaine d'années.

Elle a publié sept romans et deux recueils de nouvelles. En France, quatre de ses livres ont été traduits. On se souvient du remarquable "Femmes de sable et de myrrhe" (1992, Actes Sud) où elle aborde sans détour l'homosexualité dans les sociétés fermées et officiellement pudiques, ainsi que l'éternel malentendu entre l'homme et la femme arabes. Ces thèmes, on les retrouve dans "Le Cimetière des rêves" où les femmes prennent l'initiative de leur libération ...

Dans "Le jour où la vie s'est arrêtée", la nouvelle la plus forte de ces quinze textes écrits dans une langue sensuelle et pudique, Samr, une belle femme de trente-cinq ans, visite Fès avec son mari, un Européen.

Le choc émotionnel provoqué par la découverte de cette ville, véritable manuscrit de l'histoire arabe et musulmane, lui rappellera la puissance des racines.

Et elle sera prise par la nostalgie des origines, découvrant que son pays natal, le Liban, la hantait et s'infiltrait dans la moindre de ses pensées..." (Tahar Ben Jelloun, Le Monde, 03/03/2000)

Petite remarque perso : J'ai beaucoup aimé ces nouvelles. Elles nous parle d'un pays que l'on connaît finalement bien mal au travers du quotidien des femmes. Et nous nous sentons tout à coup si proches de chacune d'entre elles, et chacune de leurs histoires devient un peu notre histoire... Une autre culture certes, mais une belle manière de combler ce fossé qui parfois semble nous séparer de ce que l'on connaît mal.

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