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alophabétique Bibliothèque virtuelle |
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Auteur Eliette Abécassis
L'avis de
la Fnac Le nouveau roman d’Eliette Abécassis, 35 ans et déjà quelques beaux succès derrière elle, comme Qumran en 1998, commence comme un roman de gare, manipule tous les clichés du roman de gare, mais n’est pas un roman de gare. Ce serait plutôt un faux roman de gare qui s’intéresse, par le biais de la séduction nocturne entre un homme et une femme, à la question de l’Autre. Un clandestin par exemple… Et en effet, l’homme en train de tomber amoureux d’une femme dans le compartiment d’un train de nuit est cela, un clandestin, un apatride, un SDF international comme ceux qu’« abritait » encore récemment le camp de Sangatte. Bref, un Autre en tant qu’il est à la fois proche et lointain ; en tant, surtout, qu’il n’est rien socialement - un fuyard sans même un billet pour voyager. Et elle, qu’est-elle ? Tout. Une élite de la République française, une énarque les yeux braqués sur son avenir se prenant soudain le hasard de la vie en pleine face. Reprenons à présent les données de Clandestin. Cela donne : une jeune énarque est séduite par un homme mystérieux. Contrôlés par les agents de la SNCF, ils se révèlent être sans billet, sans papiers, sans rien. Dès lors, nous prenons l’itinéraire bis du roman de gare et lisons un texte à la dimension métaphysique, sociale et politique évidente. Qu’est-ce qu’un Autre ? Comment va réagir la jeune bourgeoise confrontée au surgissement, au cœur de sa vie, d’un homme en danger ? Quelle relation peut se nouer entre une représentante de l’ordre républicain et un errant ? Clandestin, à travers une trame narrative a priori banale, nous invite à nous poser ces questions essentielles, vieilles comme le monde et mystérieuses comme l’écriture qui les fixe ici.
Cette montre en métal blanc et à cadran bleu, ce petit objet, quelle puissance, quel pouvoir fabuleux ! Lui qui n’avait plus ni horloge, ni horaires, ni rendez-vous, qui se levait avec le jour et se couchait avec la nuit, qui avait perdu la notion des secondes, des minutes et des heures, a regardé tout à coup l’objet avec une sorte d’effroi. C’était l’ennemi le plus redoutable, cette montre maléfique, satanique, magique qui décidait de son sort, de sa vie. Il était seul. Il ne pouvait rien faire, lui qui avait bravé la nuit et les policiers, qui s’était affronté aux hommes, au froid, à la faim, la maladie, la fièvre et la douleur, il était devant cet ennemi impuissant, tout à fait désemparé. Il aurait beau parler, elle gagnerait. Il aurait beau agir, elle serait toujours là, à avancer dans sa marche inéluctable, sa ronde assurance autour du même cadran. Il pourrait hurler, elle ne l’entendrait pas. Elle était impassible. Elle était invincible. Il ne comprenait pas, cela lui faisait peur de savoir qu’il y avait en face quelque chose d’aussi impitoyable. Mais il avait décidé de faire face, même si sa vie était prise par une montre, peut-être son cœur ne l’était-il pas ? Ses yeux pétillaient sous mèches rebelles. Il fallait profiter de chaque instant. Remplir l’espace libéré par la montre. Tout allait très vite. Se dépêcher de la connaître La faire parler, alors, tout dire, afin de tout vivre pour dilater le temps, plutôt que paniquer en le voyant fuir. Vivre : parler et agir. Sans cesser de désespérer, exister. Se concentrer uniquement sur le moment présent. Pas de passé, pas de futur. Se détendre. Il avait tout son temps. Il avait jusqu’à minuit.
Le Point : L'auteur semble avoir voulu confronter la clameur du monde et le murmure de l'intime. C'est la rencontre, sur le quai d'une gare, entre une jeune femme rangée, fonctionnaire de l'Etat, et un homme apatride qu'on imagine revenant de Schengen. Dans cette rencontre entre deux univers, tissée sous les mauvais auspices d'un monde sécuritaire, vont coexister la peur, la compassion, l'envoûtement, l'abandon de soi. ... Abécassis a écrit une nouvelle de Zweig avec la plume de Sagan. (Laurent Seksik, 05/09/2003) Le web de l'humanité : Eliette Abécassis a sans doute voulu donner un caractère universel à la confrontation qu’elle met en place entre un homme de rien et une parvenue. On comprend pourtant que la fiction a pour toile de fond la fermeture du camp de Sangatte et la manière dont les pouvoirs publics ont géré l’événement. Tout cela a pour conséquence de faire passer le choix de l’auteur pour un effet de style un peu précieux…Cette impression aurait peut-être été moins prégnante si Eliette Abécassis avait traité son sujet de manière plus convaincante. (...)Le sujet était pourtant intéressant : unité de lieu, de temps, d’action ; confrontation de deux êtres a priori à des années-lumière l’un de l’autre ; montée progressive de la tension dramatique à mesure que les personnages se rapprochent du bout du quai… Bref, les éléments y étaient. Il semble que la romancière, elle, ait eu la flemme d'aller au bout de son idée. Anne Bleuzen( le 25/08/2003 )
Depuis ses
débuts, avec la Répudiée (2000), Eliette Abécassis,
en bonne normalienne accoutumée à la régularité
dans le travail, publie au rythme d'un roman par an. C'est donc fort logiquement
son quatrième livre qui a paru en cet automne 2003. Et sans doute
aucun le plus tendu, le plus dense et le plus économe de ses effets.
Ramassant ce qui tient lieu d'action sur pas même une dizaine de
mètres d'un quai de gare, entre seulement deux personnages qui
auparavant ne se connaissaient pas et vont achever là leurs trajectoires
respectives. Une brève rencontre, quelques minutes d'un dialogue
embarrassé, puis un brutal coup de théâtre, qui réduit
à néant l'histoire entre eux amorcée. Outre un incontestable
sens dramatique, Eliette Abécassis fait montre ici d'un art remarquable
de la suggestion et de la retenue, sur un sujet pourtant propice aux facilités
de la sensiblerie, du style larmoyant. Eliette Abécassis
a volontiers confié que le personnage principal de son roman pourrait
bien être le temps. Elle le décrit à merveille, c’est
vrai. Entre un souffle, une hâte, une pause. Il file dans le train,
s’arrête dans la gare, s’étiole dans l’exil,
se précipite dans la carrière d’Etat. Il y a aussi
quelques figures de travellings sur le quai qui donnent à ces séquences
un mouvement généreux. http://www.avoir-alire.com/ Les internautes en parlent : Une émotion Petite remarque perso : Un livre agréable, je l'ai lu d'un seul trait. Les critiques qui lui sont adressées par certains journaux disent que les personnages manquent "consistance", mais c'est précisément ce que l'on finit par aimer dans le roman, tout semble un peu en décalage, en dehors du monde, de la vie. Quelque chose se passe dans le train, puis sur le quai et nous en sommes spectateurs intimes... Les vies des deux personnes qui se rencontrent n'existent plus que de manière presque lointaine. Les personnages à peine esquissés en deviennent attachants. Mais eux sont pris dans les mailles d'une sorte de piège : le temps... Lui est en attente, en transit... et elle s'ennuie dans la vie qu'elle s'est "fabriquée"... Il a fui son pays pour gagner sa liberté, elle a fui sa condition modeste au prix de ses propres convictions. Elle a cru grandir en gravissant les échelons, et peut-être a-t-elle simplement tout perdu... Ils se trouvent là et tout se révèle sur le quai. La sensation d'épuré devient pudeur ... J'ai vraiment été séduite par le style d'Eliette Abécassis.
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