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alophabétique Bibliothèque virtuelle |
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Auteur Javier
Marias Les secrets de famille peuvent-ils disparaître sans laisser de traces ? Peut-on souffrir d'un passé que l'on ignore ? Peut-on l'ignorer tout à fait ? Juan n'a aucune raison de se poser ces questions : interprète de talent, jeune marié heureux, il est LE jeune homme sans histoire. Et pourtant, son voyage de noce avec Luisa lui laisse un goût amer, le sentiment que quelque chose est en train de basculer. Comme si, sans qu'il puisse se l'expliquer, sa propre histoire vivait au rythme de celle de son père. Or, cette histoire secrète d'un temps où il n'était même pas né, il n'a jamais voulu la connaître. Pourquoi, sinon par crainte de la vérité ? Javier Marías n'a pas son pareil pour explorer les méandres du sentiment amoureux, traqué jusqu'à ses détails les plus incongrus. Un
sens quasi clinique de l'analyse, qui fascine le lecteur : comment échapper
à cette fabuleuse reconstruction du coeur humain, qui s'échafaude
sur un rythme haletant et languissant à la fois ? Une incroyable
aventure de lecture. --Karla Manuele pour Amazon.fr Je n'ai pas voulu savoir, mais j'ai su que l'une des enfants, qui désormais ne l'était plus et revenait à peine de son voyage de noces, entra dans la salle de bains, se mit devant la glace, ouvrit son corsage, ôta son soutien-gorge et chercha le cœur du bout du pistolet de son père, attablé dans la salle à manger avec une partie de la famille et trois invités. Quand la détonation retentit, environ cinq minutes après que sa fille eut quitté la table, le père ne se leva pas aussitôt, il resta quelques secondes paralysé, la bouche pleine, sans plus oser mâcher ni avaler et moins encore rejeter sa bouchée dans l'assiette ; et lorsque enfin il se dressa et courut vers la salle de bains, ceux qui le suivirent purent voir, comme il découvrait le corps ensanglanté de sa fille et se prenait la tête à deux mains, la bouchée de viande dont il ne savait que faire passer d'un côté à l'autre de sa bouche. Il tenait sa serviette à la main et ne la lâcha qu'au bout d'un moment lorsqu'il remarqua le soutien-gorge jeté sur le bidet qu'il recouvrit alors du linge à sa portée –ou qu'il avait à la main- et que ses lèvres avaient taché, comme si la vue de cette lingerie le gênait davantage que celle du corps renversé et à demi nu avec lequel elle avait été en contact quelques instants plus tôt ! le corps assis à la table ou s'éloignant dans le couloir ou bien debout. Avant, d'un geste machinal, le père avait fermé le robinet du lavabo, l'eau froide, resté grand ouvert. Sa fille avait pleuré en se mettant devant la glace, tandis qu'elle ouvrait son corsage, ôtait son soutien-gorge et cherchait le cœur, car sur le sol froid de la vaste dalle de bains où elle était étendue, ses yeux étaient remplis de larmes que l'on n'avait pas vues au cours du déjeuner et qui ne pouvait avoir jailli après qu'elle fut tombée sans vie. Contrairement à son habitude et à l'habitude générale, elle n'avait pas poussé la targette, ce qui fit penser au père (mais fugacement et presque à son insu, au moment où il avala) que peut-être sa fille, tout en pleurant, avait espéré ou souhaité que quelqu'un ouvrît la porte et l'empêchât de faire ce qu'elle avait fait, non par la force mais par sa seule présence, en posant le regard sur sa nudité vivante ou la main sur son épaule. Mais personne –sauf elle cette fois, et parce qu'elle n'était plus un enfant- n'allait dans la salle de bains pendant le déjeuner. (Pages 11-12) Un livre noir, mais drôle et intelligent. Récit bondissant et habile dont le thème principal est le mariage et ses secrets et surtout ses mensonges ou ses "non-dits". -- Services Documentaires Multimédia Déroutant, tendre et cruel à la fois, l'univers de Javier Marías mélange adroitement les genres. D'une force extraordinaire, Un cœur si blanc séduit tout autant par son intrigue vertigineuse que par son style aussi vif que perspicace. L'avis de la Fnac Petite remarque perso : Plus qu'un roman, il s'agit là d'une analyse approfondie de la vie de couple, de famille. Comment deux individus parviennent-ils à vivre ensemble. La part de vérité et de silence, de dit et de non-dit... Les apparences qui ont été pour les uns des réalités n'étaient pour d'autres que des mensonges. La cellule familiale et ses secrets, le couple et ses soupçons, les relations entre un père et son fils. Les choses trop longtemps tues, que l'on croyait à tout jamais effacées et qui malgré les années reviennent. Un roman qui laisse un goût doux amer dans sa manière de décortiquer les relations humaines. Qui sommes nous donc pour nous accommoder de tant d'histoires. Quelle est la part de compromis non voulus, d'accords tacites. QUe devons nous dire ? QUe devons nous taire ? De quelles natures sont donc ces liens qui nous lient les uns aux autres. Faut il toujours tout savoir ? De quelle manière devient-on "l'obligé" de quelqu'un... Une réflexion qui ne peut laisser indifférents et d'une accuité souvent telle que l'on a l'impression d'être mis à nu dans ce qu'il y avait de plus secret en nous. |