CORPS ET ÂME

Frank CONROY

 

 

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"Il se sentit au bord de quelque chose, il eut l'impression que chaque atome de son corps subissait une transformation subtile, un réajustement minuscule, le préparant à entrer dans un autre monde. Il se sentit vivant." Frank Conroy

 

Fiche :

Auteur Frank Conroy
Traduction Nadia Akrouf
Editeur Gallimard
Date de parution 04/2004
Collection Folio
Nombre de pages 680 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2070314391

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

À New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à travers les barreaux du soupirail où il est enfermé, les chaussures des passants qui marchent sur le trottoir. Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible. Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, se trouve un petit piano blanc désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude, comme par magie, va se découvrir lui-même : il est musicien.

Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par un don. À l'extrémité d'une route jalonnée de mille rencontres, amitiés, amours romantiques, son voyage le conduira dans les salons des riches et jusqu'à Carnegie Hall...

La musique est évidemment au centre du livre, une musique classique, grave et morale, mais aussi le jazz, dont le rythme très contemporain fait entendre sa pulsation irrésistible. Autour d'elle, en une vaste fresque foisonnante de personnages à la Dickens, Frank Conroy brosse le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d'un New York en pleine mutation.

 

Extrait :

Les lumières de la salle s’atténuèrent, les bruits de la foule implosèrent en un silence tendu. Du côté gauche de la scène une silhouette apparut, qui marcha à grands pas vers le piano sans tenir compte de la vague d’applaudissements qui salua son entrée. Des cheveux ternes et blonds retombaient sur ses épaules, ses yeux brillaient d’un éclat anormal. L’homme s’assit, envoyant vers l’arrière les pans de son habit, regarda le clavier. Une toux féminine réprimée resta suspendue brièvement en l’air, quelque part dans la salle. Victor Wolff oscilla doucement sur la banquette pendant plusieurs instants, leva les mains en l’air comme des serres puis fondit sur le clavier et les premiers grands accords de la sonate emplirent la salle.

Claude entra instantanément dans la musique, entendant sa clarté, suivant chaque nouveau fil aussitôt introduit et entrelacé dans la structure qui s’élaborait, dense et lumineuse. Son attention était fractionnée – la plus grande part occupée par la tension propulsive de la musique elle-même, son urgence passionnée. Mais en même temps, il regardait le musicien, ses cheveux qui volaient lorsqu’il rejetait la tête en arrière, les expressions de souffrance, d’euphorie, de colère, de douceur, qui se succédaient sur le visage de Wolff à une vitesse stupéfiante. Il contemplait le corps qui s’affaissait, le visage qui disparaissait derrière un rideau de cheveux, le roulis, la gîte, le tangage des épaules. Il entendait les sifflements, les gémissements, les grognements qui lui échappaient par moments. C’était terrifiant.

Pendant le long mouvement lent, atténué de manière presque insoutenable, Anson Roeg pencha de nouveau la tête comme pour chuchoter quelque chose à l’oreille de Claude. Il leva la main si brusquement qu’il faillit la frapper. "je vais perdre le fil, perdre le fil !"

Elle se rejeta en arrière.

Au bout de quarante minutes, la construction fut parachevée, la fugue célébratoire finale déferla sur lui telle une pluie bienfaisante. Cette libération provoqua en lui un sentiment d’exaltation si puissant qu’il ne put faire autre chose que rester assis sur son siège. Les applaudissements commencèrent, il se leva, frappant des mains vite et fort. (Pages 195-196)

 

Critique/Presse :

"Corps et âme" est un roman magnifique qui nous entraîne à la suite d'un petit garçon doué pour le piano dans l'univers de la musique, dans le New York des années 40, à une époque et dans des lieux où classique, jazz et musique contemporaine se côtoient et s'enrichissent.Isabelle F. libraire Fnac La Défense

Petite remarque perso : Une belle surprise. Je ne connaissais pas l'auteur et je découvre qu'il est un grand écrivain américain.

Corps et âme, c'est de la musique, sur le clavier, dans la tête, dans le coeur. Un conte de fée aussi, un petit garçon pauvre pourvu d'un talent exceptionnel va, non pas gravir les échelons de la société américaine des années 40, mais plutôt traverser les milieux les plus aisés, tout en gardant son "âme". Parmi les puissants, il demeure "l'artiste". Enfant il se sentait parfois "invisible", incapable d'arrêter le regard des autres. Musicien reconnu, il fréquentera les plus grands, les plus riches. Mais partout la musique sera sa félicité. "C'est presque magique. C'est si bon, parfois, que c'en est presque insoutenable. je veux dire, on joue, on sent une résistance, on pousse de plus en plus fort... et soudain on débouche en pleine lumière, juste comme ça... On passe de l'autre côté du mur ! l n'y a plus de résistance, on navigue... De la pensée pure, qui se transforme en musique pure."

Belle évocation du New York des années 40, le jazz commence à faire parler de lui et dépoussière les vieilles partitions... D'aucun le qualifiant de musique barbare... Dans un éclat de rire Claude, le héros du livre dira à un ami incrédule devant les premières notes du blues "Oh, ils ont un tas de ficelles avec les instruments, et il y a beaucoup de changements dans les harmoniques et le reste. Mais, en réalité, ça vient tout droit de Bach. Je veux dire, Bach aurait pu facilement écrire les accords du blues." De merveilleux passages sur la musique, la manière dont elle se structure sous les doigts du pianiste pour faire vibrer, pour envahir, pour devenir la respiration, la vie.

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