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LA CORRESPONDANTE

Eric Holder

Editeur Flammarion - 2000
Nombre de pages 240 pages
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2080679775

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Résumé :

La Correspondante d'Eric Holder fut l'un des événements de la rentrée littéraire 2000. Dans ce roman, un écrivain, nommé Eric Holder, se laisse peu à peu séduire par une de ses lectrices, Geneviève Bassano, une femme huppée de quarante-sept ans. Revenu de sa tentation amoureuse, Eric Holder écrira un livre pour raconter son histoire.

Une femme de quarante-sept ans, Geneviève, mariée à un banquier, écrit à un écrivain de trente-cinq ans, Eric, déjà assez connu. Sa lettre sonne si juste qu'il lui répond.

Après un échange d'épîtres, il va la voir dans sa propriété berrichonne. S'ensuit une liaison très amoureuse entre la bourgeoise, qui a toujours rêvé d'écrire, et l'écrivain fauché. Plutôt homme des bois qu'homme de lettres, il s'émeut de la voir s'adapter à ses goûts rustiques.

Le bonheur d'Eric serait parfait si, pour gagner l'Indre galante, il n'avait laissé, au seuil de la Champagne pouilleuse, «la femme de sa vie» et leurs deux enfants. La bourgeoise a un goût impeccable, comme le prouvent ses prêts et cadeaux: la musique est de Brahms, la chemise de Ralph Lauren, les poèmes de Michaux et les chaussures sont des Weston. Mais elle se laisse aller parfois à une certaine arrogance de classe.

Et cette épouse en voie de libération rempile dans la servitude volontaire en se montrant toujours esclave des objets.

De son côté l'écrivain souffre d'une pathétique dépendance alcoolique, qu'il décrit scrupuleusement. Tout cela finira très mal. Il y a, semble-t-il, du «vécu» là-dedans, du douloureusement vécu. «La tragédie, écrira Geneviève à Eric, est que nous ne nous soyons pas rencontrés trente ans plus tôt.»

De cette tragédie, somme toute classique, Eric Holder tire, grâce à son talent immense, et son expérience, une histoire unique. Inoubliable. Jean-Pierre Tison - Lire, octobre 2000

Extrait : Premières pages

Ce fut durant le mois d'avril 96 que je reçus la première lettre de Geneviève Bassano. Il me serait facile de vérifier, je conserve toute correspondance classée et archivée avec soin, mais je suis sûr de cela, 96, et puis avril, parce que quand c'est écrit, nous gardons en nous la trace du coin d'herbe où nous avons lu, l'été; de la cheminée en hiver. Là, c'étaient les jonquilles qui venaient mourir en bordure de terrasse, un soleil hors saison, et la table dehors.

L'enveloppe avait été postée depuis Châteauroux. Un en-tête luxueusement imprimé indiquait, à l'intérieur, une adresse à Saint-V. La calligraphie courait fine et régulière, posée comme des notes de musique sur une partition. Encre noire. Monsieur, vos livres me plaisent au point que j'en ai acheté pour quelques amis.

Je ne savais pas comment elle avait fait, et c'était du grand art.

Pas à cause de mes livres, mais parce qu'en deux secondes Geneviève Bassano avait planté le décor: une belle maison, de grands enfants, un mari loin. Même son mensonge, je le comprenais. Elle disait avoir l'âge de ma mère, et j'entendais: quarante-sept ans, pas un de plus, pas un de moins, ne me joue pas ce tour-là, cocotte.

Je lui répondis aussitôt.

Elle avouait l'âge de ses enfants en même temps que le sien, certainement pas celui de ma mère, qui avait une génération d'avance. Quant à son mari, qu'elle appelait drôlement Bassano, avec une sorte de désinvolture qui la ferait plus tard me nommer Holder, juste ça: Holder, l'impression qu'un ancien camarade de classe s'adressait à vous, et non plus une femme mieux rompue, si elle avait été normale, à susurrer un prénom, quant à son mari, donc, il faisait partie de ces hommes qui n'ont pas de métier lisible pour l'administration. Ils inscrivent «cadre» dans l'emplacement réservé, et ça ne veut rien dire. Une éducation d'un certain point de vue irréprochable, quelques relations léguées par leurs parents, d'autres acquises par la suite, du goût, enfin, pour les parties de chasse en Sologne, font que nous les croisons dans les premières classes de la vie. Ils portent des costumes d'une élégance discrète, l'habitude des conciliabules leur a glissé un feutré dans la voix. Tout cela mettait Bassano, très particulièrement, dans la position de courir l'Europe à bord de véhicules qu'il ne conduisait pas, d'avoir des problèmes d'argent qui dépasseront toujours notre entendement, et d'être à la maison comme on s'écrase dans le fauteuil avant de repartir.

Bien entendu, Geneviève Bassano ne m'écrivait pas cela. Sous Saint-V. imprimé - le tant inscrit cette fois à la main - il n'y avait que de timides indications, des formules qui se savaient de politesse. Je vous remercie d'avoir correspondu, Monsieur. Je me montrerai digne de votre lettre (j'espère). Mais quel subtil alliage, à nouveau, composé du papier qu'elle utilisait, des timbres qu'elle choisissait, du tracé de son écriture, donnait à voir plus loin qu'elle n'en disait?

Geneviève donnait du «Maître» sans jamais employer le mot. Par transparence, je lisais combien il doit être difficile de s'adresser à un écrivain. Cette déférence avait un on-ne-savait-quoi qui tenait à la fois de l'ironie et du sauf-conduit. De l'ironie, parce que ma destinataire vivait d'évidence dans le monde où l'on dit «Votre excellence» parce que c'est l'usage, ce qui permet, après coup, de lui pincer le bras. Du sauf-conduit parce que, bon, d'accord, vous êtes écrivain, je ne le suis pas. Ceci posé, cela m'empêche-t-il de vous écrire?

Non, madame, non, vous avez raison. Tout vrai livre est une main tendue vers l'autre. Ecrire vous-même, c'est la prendre de la meilleure façon. C'est un remerciement, aussi, tant il est juste, adéquat, dont vous n'avez pas idée.

Précédant sa signature, au lieu d'une de ces formules attendues, «Bien à vous» ou «Cordialement», elle avait eu une phrase troublante: «Je suis de celles dont la rente est promesse.»

Ç'aurait pu être une citation. Je sentais qu'il n'en était rien. La petite phrase toute simple, ces quelques mots les uns à côté des autres, comptaient à leur actif des années de travail. Peu de choses sont aussi difficiles, pour certaines personnes, que de savoir qui nous sommes, et où nous en sommes. Geneviève avait dû longtemps tourner autour du pot avant d'en arriver au plus juste, qui tenait en trois bouts de ficelle: mes revenus sont sans doute ce qu'ils sont, en apparence bourgeois, si je suis riche, si je suis pleine, c'est de ce que je n'ai pas. Et mes quarante-sept ans, au contraire d'avoir épuisé les vivres, n'ont fait que combler la besace, dans le même temps qu'ils l'ont creusée.

Et puis j'aimais le «de celles» dans lequel il fallait entendre, j'ai beau avoir trouvé, je ne suis pas unique pour autant
J'étais passé par là, moi aussi, avec un «de ceux» planté tout pareil au milieu. «Je suis de ceux dont la mémoire était toujours neuve.» Il ne s'agissait pas d'une incantation destinée à biffer les moments de doute, non, c'était le résultat de jours et de jours où les termes d' «ingénuité», de «connerie», de «handicap» s'étaient révélés inutiles, ou fallacieux. «Je suis de ceux dont la mémoire est toujours neuve.»

Bien plus tard, j'avais recueilli dans un des ultimes ouvrages du pauvre Maurice Roche - il était en train de mourir, je crois, à l'instant que je la lisais - une équivalence. Je dis «le pauvre Maurice Roche» ainsi qu'on a pu dire «le pauvre Vincent Van Gogh», et sa phrase était tellement plus exacte que la mienne, je me suis dépêché de l'oublier.

La première idée qui me vint fut de répondre à Geneviève en scellant, comme elle, la lettre par ce cachet qui n'appartenait qu'à moi (qu'à quelques-uns). Cela apparut vite impossible. Alors, à cette aune, je me rendis compte du cadeau qu'elle me faisait. D'entrée.

C'est à la fin d'une ligne coincée avec habileté entre un nombre égal de paragraphes, mine de rien, l'air de ne pas y toucher, ainsi que certaines femmes rient sans raison afin d'alléger leurs propos, que vous me demandez, madame, si j'ai beaucoup de correspondantes. Il y a dans vos façons quelque chose d'émouvant: vous baissez la garde, vous le savez. Cependant vous ne pouvez vous empêcher de m'interroger. Nous voici revenus au temps des éventails derrière lesquels il était si pratique d'être soudain sérieuse, puis, avant de les rabattre, de se composer à nouveau un enjouement. Vous n'écrivez pas «correspondants».

Je ne peux ignorer votre question, et cela m'ennuierait de passer à vos yeux pour un ruffian. Aussi vais-je vous répondre que oui, j'en ai eu quelques-unes, après quoi je glisserai pudiquement là-dessus. Manière de vous dire que vous n'êtes pas unique, madame, et puis que vous l'êtes aussi.

Critique/Presse :

Interview fnac.net

La Correspondante est son quinzième livre, sûrement le plus abouti. Rencontre avec un écrivain, qui pour la première fois, s’est mis en scène dans un de ses romans.

Fnac.Net : Le narrateur de votre roman porte votre nom, jusqu’à quel point peut-on raconter sa vie et dire la vérité dans un livre ?
E.H. : Je ne sais pas, certains comme Dubrowski vont très loin, c’est une question à l’infini. Là, j’ai l’impression d’avoir un peu parlé de moi quand même. Le narrateur me ressemble en bien des points. Une fiction réussie, c’est peut-être ce qui donne au finish l’impression d’un récit.

Pourtant on ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit d’un roman ou d’un extrait d’autobiographie…
E.H. : Non, c’est un roman à part entière, je me suis investi comme je ne l’avais jamais fait. L’écrivain porte mon nom parce que des choses n’appartiennent qu’à moi, comme cette espèce de bêtise alliée au sens de la décision. Quand on écrit, des personnages vous apparaissent totalement. Pour le personnage de l’écrivain, je ne voyais que moi à cerner, à ciseler, alors je m’en suis servi.

Votre écriture est pudique et vous exposez votre famille, avez-vous hésité ?
E.H. : Je le dis en toute lettre dans mon livre, j’éprouve honte et vergogne mais je le fais. Je suis là, personne ne peut les toucher.

Vous avez reçu beaucoup de lettres de lectrices ?
E.H. : Oui, ce serait même un condensé, mais aucune lettre n’est recopiée, l’écrivain a pris la place de la correspondante. Des bouts de choses appartiennent à des correspondantes, mais aucune ne peut se croire unique, même si elles sont uniques dans leur genre. Toute vanité d’auteur mise au boisseau, il y a des traqueuses. L’écrit engendre de curieuses réactions, surtout féminines. Les correspondants hommes, des écrivains, même quand ils écrivent depuis 10 ans, c’est toujours plus net et plus franc. La Geneviève du roman n’est pas une traqueuse, mais elle veut des preuves qu’elle est mêlée à l’histoire de l’écrivain.

Geneviève, la correspondante, a presque 50 ans, c’est un hymne aux femmes de cet âge dans une époque qui encense les lolitas ?
E.H : Le mot hymne, ça fait un peu tambour et trompette ! Certaines sont merveilleuses, pour peu qu’on ait un œil aiguisé et sans aller jusqu’au syndrome « Harold et Maude ». Une femme de 50 ans croit que c’est fini, sexuellement et passionnément, et tout à coup ça repart avec violence qui les révèle, sans mensonge, sans tromperie, sans duplicité. C’est très bien dit dans « 24 heures de la vie d’une femme » de Stefan Zweig.

Croyez-vous qu’il est possible de tomber amoureux de quelqu’un qu’on n’a jamais vu ?
E.H. : Oui, les lettres de taulard m’on toujours sidéré. Des femmes écrivent à des taulards et des taulards écrivent à des femmes et ils se marient en prison.

Avec votre roman, vous n’avez pas peur de stimuler celles que vous appelez les traqueuses?
E.H. : Non, je n’y pense pas, je crois que ce sera le contraire, elles vont se dire « surtout je n’écris pas ».


Tocade :
Quand un écrivain connu se laisse séduire par une femme de lettres, il finit par en faire un livre. Mais ils ne sont pas libres, n’ont pas le même âge ni les mêmes attentes, et tout se complique. Au virage amoureux s’ajoute alors le risque du désamour.

Dire d’un écrivain qu’il nous propose un ouvrage où les mots s’alignent avec élégance risquerait de le faire passer pour un homme d’un autre siècle, passéiste et figé. Pourtant, tout dans le dernier ouvrage d’Eric Holder semble ciselé comme les plus courts romans de Balzac, tout en rappelant la modernité de Nathalie Sarraute, dans ses pièces surtout. Loin des mythes, soyons certain qu’Eric Holder n’en a guère besoin, il impose ici un style, le sien, et nous accroche dès la première page. Tout simplement parce que les héros se parlent comme nous ne savons plus le faire.

La science de la langue, délicate et piquante, semble sortie d’une époque lointaine où l’art de la lettre suffisait aux séducteurs et séductrices pour arriver à leurs fins.

Si le thème n’est pas nouveau, un écrivain entame une correspondance avec une lectrice, il est ici renouvelé avec une grâce telle qu’elle fait tout oublier. Car l’auteur, et derrière lui, l’homme, l’amoureux, tombe avec une fausse candeur dans le piège tendu par une inconnue. Une bourgeoise de 47 ans, qui n’a rien à perdre et parle de son âge, de sa vie, comme si tout pouvait recommencer demain, comme si le temps de s’exposer, de donner, d’aimer et de se tromper ne finissait jamais.

Non content de nous offrir un livre purement et simplement inoubliable, Holder dresse le portrait subtil d’une femme d’apparence ordinaire, réhabilitant ses congénères et nous montrant combien elles peuvent s’avérer envoûtantes. Un futur classique et sinon un prix littéraire, la promesse d’un beau succès.

Il y a les femmes qui affichent des corps de bimbo, accrochant les regards, à défaut des coeurs. Quand Geneviève Bassano, 47 ans, femme au foyer mal mariée, écrit à l'écrivain Eric Holder, elle sait qu'elle n'a pas ces cartes en main. Pourtant, à force de lettres tressées avec talent, elle parvient à convaincre le jeune auteur de venir rencontrer les lecteurs d'une bibliothèque, puis à l'amener à elle, délicatement. Cet admirable roman d'amour sera à coup sûr l'un des plus remarquables de l'année. (L'avis de la Fnac)

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