![]() |
|
|||||
| Liste
alophabétique Bibliothèque virtuelle |
||||||
|
Auteur Susan
Minot Ann Lord « ne verra pas jaunir les feuilles » cet automne. Mais qui, d'Ann Grant, la jeune fille, ou d'Ann Lord, la vieille femme, va mourir ? Quelle est l'identité, quelle est cette part d'elle-même vouée à l'oubli des autres, qui va soudain sombrer ? Se peut-il que l'amour fou, le premier, le grand amour, qu'elle n'a connu que quelques heures de sa vie de femme, d'épouse, de maîtresse et de mère, soit le seul souvenir à émerger d'une existence qu'elle a traversée plutôt que véritablement vécue ? Dans ce roman, Susan Minot s'interroge sur le puzzle de la mémoire, sur l'image que les autres - les vivants retiendront de nous, sur la persistance du souvenir en nous abandonnant au flux du temps qui passe, sans essayer de le maîtriser. Elle nous laisse au coeur la nostalgie poignante de ce qui aurait pu être et n'a jamais été. Ce texte se rapporte à l'édition Poche
"Où
étais-tu pendant tout ce temps dit-elle. Où donc étais-tu
? "Tu
as oublié, dit-elle. Elle se réveilla
avant l'aube en toussant. Elle distinguait bien la forme du verre d'eau
sur la table de chevet, mais il était trop loin pour qu'elle puisse
l'atteindre et, au bout d'un moment, elle parvint à se calmer sans
avoir besoin de boire. La porte
se referma. Les images prennent vie en même temps que la sensation de vertige qui l'envahit, ces lèvres dans son cou lui procurent une telle sensation qu'elles ne peuvent qu'en rappeler d'autres. Les images continuent d'affluer, floues, désordonnées, et elle se demande comment la vie peut continuer ainsi, avec toujours plus d'images qui s'empilent dans le cœur, se bousculent et enflent comme une musique. Comment leur faire de la place à toutes pour toutes les garder ? La réponse, Ann Lord la connaissait maintenant, au bout de tant d'années. Et la réponse était que l'on ne pouvait pas. On oubliait. Incroyable le nombre de choses que l'on avait pu connaître et qui disparaissaient purement et simplement. Tu disais
que cela ne disparaîtrait jamais, dit-elle. Mais comment est-ce
possible ?
Dans ce roman grave au titre évocateur, Susan Minot s'interroge sur ce qui reste de ce côté-ci du miroir au moment où tout est presque fini. Avec ses phrases coulées et son souffle exaltant, cette conteuse-née a décidément appris l'art du mot juste. (L'avis de la Fnac) Un très beau récit sur la vieillesse avancée et consciente du "crépuscule" de la vie. Tout en notations élégiaques et nostalgiques - Amazon.fr Une
blessure d'amour inguérissable C'est à chaque fois un grand bonheur de retrouver Susan Minot, bien que ses livres nous plongent dans un univers de nostalgie et de chagrin. Dans Mouflets, un roman d'inspiration autobiographique pour lequel elle a remporté le prix Femina étranger en 1987, elle racontait la vie d'une famille brisée par la mort de la mère. La vie secrète de Lilian Eliot, il y a cinq ans, nous transportait dans la bonne société bostonienne à laquelle Lilian appartenait malgré elle. Lilian qui se languissait d'un amour de jeunesse. C'est un peu le même thème que Susan Minot aborde dans son nouveau roman, Crépuscule. Cette bouleversante histoire se déroule sur deux périodes: en 1952, alors qu'Ann Grant, jeune fille à l'avenir souriant, tombe follement amoureuse d'un homme inaccessible, Harris Arden. Même s'il partage ses sentiments, il va épouser une autre femme, enceinte de lui. Quarante ans plus tard, Ann a enchaîné trois mariages malheureux, elle a des enfants dont elle ne se sent pas très proche et se retrouve transpercée de perfusions pour calmer la douleur que lui cause un cancer incurable. Assommée par la morphine, à demi inconsciente, elle se souvient fugitivement de son passé. Et de cette passion dont elle ne s'est jamais remise. Ses maris ressemblent à des passagers sans bagages qui auraient fait une brève halte dans sa vie, alors que les quelques heures passées dans les bras de Harris Arden la marqueront jusqu'à son dernier souffle. Construit en alternant régulièrement passé et présent, les noms de famille successifs d'Ann servant de repères, ce récit met en scène de nombreux personnages et illustre combien une destinée pleine de promesses peut sombrer dans la médiocrité et le drame. Ann comprend qu'elle a raté sa vie et que, depuis 1952, elle a seulement tenté, vainement, de guérir sa blessure d'amour. Mais il est trop tard pour les regrets. «Tu ne verras pas les feuilles jaunir cet automne», lui a annoncé son médecin.
En attendant avec impatience la parution du prochain roman de Susan Minot, pas pour tout de suite malheureusement, nous pouvons découvrir ou relire son sublime Crépuscule (ses deux précédents livres, Mouflets, prix Femina étranger en 1987, et La vie secrète de Lilian Eliot, étaient eux aussi excellents). Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette ravissante Américaine, née à Boston en 1956 et pétrie de talent, voit rarement la vie en rose. Est-ce la nostalgie ou le désespoir qui l'emporte dans ses pages? Impossible de le déterminer car le combat se joue à forces égales. Difficile aussi de comprendre pourquoi ces récits si dramatiques, si sombres et si désespérants, constituent un tel bonheur de lecture. C'est pourtant le cas avec l'histoire d'Ann Grant, qui va passer sa vie à se languir d'Harris Arden, un homme rencontré dans sa jeunesse. Entre eux deux, ce fut le coup de foudre. Mais le bel Harris était déjà fiancé à une jeune femme, enceinte de lui. En homme d'honneur, il se résigna à un mariage de raison et ne chercha plus jamais à revoir Ann. Aujourd'hui, Ann est en train de mourir d'un cancer: «Tu ne verras pas les feuilles jaunir cet automne», lui annonce son médecin qui est également son ami. Et tout au long de sa lente agonie, entre quelques moments de conscience et les brumes de la morphine, elle se souvient. De cet amour perdu, de sa vie gâchée, de ses maris qui n'ont compté pour rien. Aujourd'hui, il est trop tard et elle le sait. Il n'y a pas de deuxième chance. Un roman bouleversant de tristesse et de regrets.
Petite remarque perso : Cette femme, allitée par un cancer en phase terminale, a passé sa vie à enfouir au plus profond d'elle même son amour si grand (bien trop grand… ) pour un homme avec lequel elle n'a rien pu partager d'autre qu'une nuit… oui, elle passe sa vie à l'enfouir le plus profondément possible pour ne pas en souffrir d'une manière trop violente… trop viscérale… et… elle consacre ses derniers jours de vie, son chemin vers la mort à se défaire un à un de tous ces voiles qui la recouvraient pour enfin reprendre la voie de… cet amour là… pour simplement se retrouver et partir en paix. La souffrance infligée par une histoire de coeur bien des années auparavant prend le pas sur la souffrance physique, s'incorpore à elle. L'émotion est immense à la lecture de certains passages. Parfois le foisonnement des personnages est un peu déroutant, mais l'histoire est magnifiquement construite et l'écriture assez excpetionnelle dans le rendu de cet état un peu second mais pourtant d'une terrible acuité que ressent la malade dont le corps inerte cache une intense activité, celle du souvenir. |