"Parisien de naissance, Dauphinois d'adoption,
Morvandiau de coeur."
 
 
"Nos morts, à notre appel, reviennent, de temps en temps, causer un quart d’heure avec nous. Il y a tant de choses que nous ne leur avons pas dites quand ils étaient là..." Jules Renard
 
 

Pour nombre des ses élèves, il restera le maître, l'instituteur. Et les souvenirs d'école demeureront à jamais associés à cet homme hors du commun. "Monsieur Dalet" a également écrit plusieurs ouvrages. Des livres qui nous auront émus lorsqu'il évoquera son enfance de "gars de l'assistance", ou qui nous auront fait découvrir l'histoire de la région sous d'autres facettes lorsqu'il publiera son livre très remarqué sur la vie du Baron des Adrets.

Il a fait partie de l'Académie Delphinale.

Il a aussi été journaliste, bien connu des Isérois. Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné ne sont plus les mêmes sans la célèbre "Lettre de mon arbre"... Monsieur Dalet... Une classe de Cours Moyen et une douce nostalgie d'écolière... Je sais qu'il est dans le coeur de bien des "grands"... oui, ces grands qui ont un jour d'enfance usé les bancs de sa classe... Cancre ou meilleur élève, il les aimait tous et avait bien sûr une tendresse particulière pour le cancre !!!

Un pincement au coeur aujourd'hui... aujourd'hui qu'il ne promène plus sur nous son regard pétillant... Et comme ce regard là nous manque...

 
"La mort est une leçon : on croit toujours bien cerner ceux qu'on aime, surtout quand on les a connus longtemps et qu'on a beaucoup parlé avec eux, et puis, on se rend compte qu'on ne pourrait, à soi tout seul, reconstituer la complétude d'une vie."
Extrait d'un message de Cathy, sa petite fille.
 
"Le Temps qui m'est donné que l'Amour le prolonge"
René-Guy Cadou
 
Je ne résiste pas au plaisir de parcourir dans les pages suivantes quelques unes de ses chroniques aux Affiches... Les fameuses Lettres de mon arbre... extraites de son recueil du même nom. (1985/1992)
Lettres de mon Arbre...

 

Ce matin, jeudi 14 septembre 2006, je pense à ces jours de rentrée des classes... Premiers jours d'école après les vacances. Et je pense surtout à vous, Monsieur Dalet :

 

L’instituteur

Dans le matin perclus de nuit
Le bruit de mes pas sur le sol
Sourires sous les parapluies
C’était le premier jour d’école

Un jour semblable à celui-ci
Ma tête était pleine de rêves
Le ciel se déversait en pluie
Sur la cour encombrée d’élèves

L’instituteur se tenait là
Des étoiles plein les prunelles
Costume gris et chapeau bas
Devant le tracé des marelles

Bien plus qu’un simple souvenir
J’ai gardé toutes ces années
Son énergie et son sourire
Et puis je crois… son amitié

Il n’est plus là pour nous aimer
Son regard brille au temps qui passe
Enfants nous sommes tous restés
Assis sur les bancs de sa classe

Chaque saison à la rentrée
Quand l’automne s’avance un peu
C’est vers lui que vont mes pensées
Et je sens la pluie dans mes yeux

Régine Foucault© - 14/09/2006

 
 

Vous m’avez appris à aimer les dictées, autant que les leçons de choses, et nous effeuillions les mots avec ce même amour, cette même curiosité qui nous poussait à disséquer le cœur des fleurs. Vos yeux brillaient quand vous vous appliquiez à prononcer les consonnes finales, et vous saviez très bien que cette petite tricherie qui n’échappait qu’aux étourdis nous inciterait toute notre vie à ne pas oublier d’écrire ces lettres muettes, au seul souvenir de votre sourire en coin de lèvres.

Lorsque je suis venu vous voir chez vous quelques années plus tard, du haut de mes quinze ans de collégien, j’avais le corps ébouriffé de l’oiseau libre qui vient revoir celui qui lui ouvrit la porte de sa cage. Vous étiez devenu un vieil homme alors, si vite, malade peut-être de ne plus avoir à prononcer les consonnes muettes pour des enfants mutins. Vous aviez le maintien frileux de ces écoliers transis par leur première rentrée des classes ; vous sembliez perdu, vous qui nous aviez donné le sens, vous qui aviez donné le souffle à nos pensées.

On m’a dit un jour que vous étiez mort.

Le temps a passé. J’ai mis longtemps, très longtemps, trente ans peut-être à comprendre que nous avions toujours eu le même âge… Et votre présence m’est chère et proche.

Je la ressens, je le prononce parfois comme une consonne muette en fin de mot, afin de ne jamais en oublier la trace."

Jean-Pierre – Lettre à son instituteur tirée du recueil Mémoire de maîtres, paroles d’élèves Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Pierre Guéno

Rentrée des classes

Odeur des pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
A sept ans, comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été !

Ô temps charmants des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau !

René-Guy Cadou

 

 

Bibliographie :

L'étrange figure du Baron des Adrets

Le Parisien de la Marguerite, réédité par les éditions de Borée sous le titre L'odeur des noisettes - Lien pour se procurer l'ouvrage sur le site de la librairie Decître

Le Livret noir

L'homme à teste pelée - Roman Historique

Lettres de mon arbre - Chroniques des Affiches de Grenoble et du Dauphiné

Pas curieux s'abstenir - Chroniques des Affiches de Grenoble et du Dauphiné

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