Nos morts, à notre appel, reviennent, de temps en temps, causer un quart d’heure avec nous. Il y a tant de choses que nous ne leur avons pas dites quand ils étaient là…

Voilà ma lecture à l’heure des chrysanthèmes. Elle n’est pas triste puisque je vis avec. Ca va même beaucoup plus loin que la Toussaint ou l’interminable appel des tués de toutes les guerres.

Les morts, nos morts, voilà un capital que nous n’avons pas su gérer. Il m’arrive souvent d’en vouloir à ma mémoire. D’avoir oublié les paroles de telle ou telle chanson qu’un ami poussait en travaillant ou pendant une pause en montagne. De ne pas avoir assez copié celui qui savait, lui, et n’était pas embarrassé pour bricoler à la maison sur une prise de courant ou une armoire à remonter. J’ai laissé en friche tout un terrain qu’il avait semé et je me retrouve orphelin un peu plus chaque jour.

Ils sont partis, mes morts, avec des réponses aux questions que je ne cesse de me poser et dont ils savaient sans doute le fin mot. On n’est jamais assez curieux avec ceux qu’on aime.

C’est aujourd’hui, devant la chaise vide, qu’on se sent coupable de les avoir privé d’une confidence. On aurait moins froid avec la compagnie de tous ceux, de toutes celles qui nous chauffaient le cœur en silence. Oui, il serait bon qu’ils reviennent de temps à autre, ailleurs que dans nos rêves débridés. Qu’ils nous accompagnent, pas au cimetière ou au monument aux morts, mais dans nos chemins à nous, entre des haies d’aubépines en robes de mariées. La mort, la sotte mort nous doit bien ça, elle nous prend tout. Et novembre, avec son vent mauvais, n’aurait plus rien à dire.

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