Les enfants sont là pour nous mettre des points sur les i. Rien à voir avec l'orthographe de papa, fourguée aux oubliettes. Chaque mois, ma petite fille me pousse à la lecture de la revue "ça m'intéresse". Pas question de se dérober avec des prétextes usés jusqu'à la corde : elle exige des commentaires. J'ai donc lu "Notre histoire dans une goutte de sang" et j'aimerais bien que tous les adultes dauphinois en fassent autant. Ne fut-ce que pour apaiser
des querelles où la xénophobie se cache derrière
des formules apparemment caressantes. Il y a là de quoi mettre
les trompettes du racisme en sourdine. La pigmentation de la peau apparaît
dès lors bien dérisoire. Les Catalans, nous dit Catherine Bousquet, sont très près des Corses et des Dauphinois". Que me chantez-vous là ? Et alors on nous représente, pour la première fois ; "une photographie nationale de l'hérédité". C'est l'équipe de l'institut nationale de la santé et de la recherche médicale de Toulouse qui a effectué ce travail colossal durant cinq ans. Sachez donc que les Dauphinois comme les Corses ou les Normands installés dans leur province depuis au moins trois générations ont été sélectionnés. Dommage que nous ne puissions vous donner les noms des spécimens de notre cru, matheysins ou grenoblois. On les mettrait sur le podium de notre orgueil régional. Résultat : "Le Dauphiné qui fut longtemps duché italien a génétiquement beaucoup de points communs avec l'Italie". Autant dire que nous sommes tous des squatters ou des immigrés. Les Basques, seuls, constituent une population qui n'a pas bougé depuis le paléolithique. L'hématologie devrait nous mettre tous d'accord sur l'incertitude de nos lointaines origines. D'autant plus que les migrations ont fait, depuis des siècles, l'école buissonnière, se moquant des déserts et des océans. Voilà où nous a amené la découverte des "marqueurs génétiques". Le sang à qui on ne demandait rien nous raconte donc les grandes migrations et il n'est pas facile, même au Dauphinois de souche qui flirte avec ses ancêtres du XVIe siècle, de s'y retrouver dans ces "cocktails" de l'histoire avec le piment des métissages sans frontières géographiques. On ne sait même pas chez nous, d'où viennent les Francs qui nous ont baptisés, c'est vous dire. "Il a fallu inventer
la France" nous dit le démographe Hervé Lebras. Cette
France, conclut Catherine Bousquet qui, du point de vue anthropologique
"ne devrait pas exister". Heureusement que nous avons su l'imaginer.
Comme on imagine les Dauphinois. Il est tellement plus simple de croire
à nos ancêtres les Gaulois… 04/04/1986 |