J'ai
presque honte d'avouer que le changement d'heure ne me perturbe pas
le moins du monde. Quant à la baptiser "heure d'été",
c'est plutôt anticipé. D'accord, la première nuit
me prend comme à tout un chacun une heure de sommeil, voire de
rêve. Mais on nous en prend bien d'autres avec les coups bas de
l'actualité. Il n'en reste pas moins, qu'en l'occurrence on se
moque du soleil qui a pourtant son mot à dire. Lui voler une
de ses prérogatives n'est pas un exploit, assurément. L'ennemi héréditaire du moment avait commencé et il prenait ainsi sur les bleus horizons une heure d'avance, ce qui n'était pas supportable. Un réfractaire au changement ne l'envoyait pas dire aux autorités : "On s'éclaire parce qu'il fait nui, et non parce que les horloges marquent telle ou telle heure… nous aurons toujours une heure de retard sur Berlin." Autant dire que midi et minuit n'avaient pas la parole. Saviez-vous qu'il existait, depuis 1976 une "association contre l'heure d'été?" Rien d'étonnant, nous sommes le pays chéri des associations. La Tronche n'a-t-elle pas une "association contre le bec du corbeau". Beaucoup plus sérieuse d'ailleurs. L'association contre l'heure d'été ne manquait pas de billes pourtant : les enfants allaient se frottant les yeux des heures durant par manque de sommeil, ne savaient plus très bien s'il fallait dormir ou veiller ; les changements d'horaire qui affectaient le personnel hospitalier déboussolaient les malades sur le passage du chariot de l'intendance, les vaches elles-mêmes devaient se plier aux fantaisies des préposés à la traite. Or les économies d'énergie ont maintenant bon dos puisque l'équivalent pétrole économisé est désormais fort anémié : il serait passé en moins de dix ans de 300 000 tonnes d'équivalent pétrole à 80 000. Une misère. On l'écrit en toutes lettres ici et là : "l'heure d'éclairage naturel gagnée en avril et septembre, au moment précis où les matinées les plus fraîches obligent parfois à se chauffer". En somme, un coup pour rien. Et on ne compte as, au négatif, les frais occasionnés par le travail sur les pendules qu'on n'a pas forcément sous la main au moment de l'opération.
Dans d'autres secteurs on passe à l'attaque en soulignant que
les pluies acides trouvent là un renfort de choix. Or comme la
mode est à la défense des forêts il ne s'agit plus
de montrer de quel bois on se chauffe, on enfonce le clou. Les scientifiques
s'enrôlent dans l'armée des alarmistes en expliquant que
l'exposition plus longue des polluants primaires au soleil risque d'accroître
de 15 % la concentration d'ozone. Quant à savoir si l'heure d'été
améliore la qualité de la vie, c'est une autre histoire.
Si bien que ceux qui souhaitent revenir comme au bon vieux temps du
rythme solaire finiront par avoir gain de cause. 08/04/1988 |
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