Il y avait une fois la canicule. Au point, ma chère, qu’on ne sait plus où se mettre. Mais elle fournit un beau sujet de conversation, la canicule. Des inconnus s’abordent, histoire de raconter la nuit qu’ils ont passée. Tout n’est pas perdu. De la sueur sans les larmes, on a vu plus moche. D’accord, on économise l’eau mais la langue ne manque pas de salive. Ceux qui nous gouvernent et ceux qui pensent à les remplacer y vont de leurs petits mots assassins. La voilà la brise de l’été, la vraie surchauffe. Mon arbre lui-même me crie qu’il a soif, mais il n’a pas le droit à l’arrosage. Je m’étais promis de donner à boire aux oiseaux. Car eux, ils ne parlent plus et on ne va pas leur demander de changer. Il ne me reste plus que la crécelle de la corneille pour toute musique. On est tous plus ou moins hospitalisés avec notre propre fiche de température et on est presque fier des records établis. Ca n’empêche pas une circulation routière de catastrophe et la floraison sans arrosage, des panneaux annonçant des travaux en cours. Une occasion de méditer sur le sort de ceux –simplement ou doublement bronzés- qui tirent la langue pour nous… Quand ils nous disent « bonjour , chef » au passage on a compris qu’ils sont du lot des recalés qui ne partent pas en vacances. Mais justement, ceux qui partent en vacances, faut-il être jaloux de leurs privilèges ? Ils dégoulinent du bouchon, les malheureux et quand ils arrivent à bon port, ils ne pensent bien souvent qu’à récupérer. Mais ils ont économisé pendant onze mois pour souffrir, on ne va pas les plaisanter sur leurs sacrifices. Les gosses résistent mieux : ils se baigneraient dans un trou d’eau et dormiraient au soleil. Tiens, on n’en a pas encore parlé de celui-là qu’on finit par avoir assez vu. On attend le ciel pommelé annonciateur de pluie mais quand par miracle il pommelle c’est pour se moquer de nous. La canicule-cadeau n’est pas pour les vers de terre que nous sommes mais pour les étoiles. Si au moins on pouvait en prendre et en laisser… Il nous reste heureusement les courants d’air et le torticolis des congés payés. |
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