Mais oui, toujours les enfants. Les gosses, ça fait beaucoup de monde si l’on veut bien penser qu’on court le quart de sa vie en culottes courtes et le reste des années, soit disant sérieuses, à les regretter.

Vous ne coupez ni l’image ni le son à la télé quand on vous invite au chevet d’un garçon sur un lit d’hôpital. Moi, ça me bouleverse parce que je n’ai peut-être pas fait tout ce qu’il fallait pour qu’il soit ailleurs, dans la cour de récréation. A moins que ce soit tout autre chose qui m’interpelle. Est-ce que ce ne serait pas le regard de ces jeunes années en panne ? Un regard qui ne doit pas être interdit, surtout. C’est dans ces yeux-là qu’on devrait puiser plus souvent. Ca ne sent pas la déprime. Vous savez ce qu’ils disent, ces yeux de gosse ? Qu’on ne doit pas compter en années, ni tout mette en équation. Qu’on peut y boire tout son saoul… Je suis sûr qu’on serait moins noir du côté du cœur si l’on savait y lire. Car tout ne s’apprend pas par l’alphabet…

Ce que je voudrais dire aujourd’hui – et j’en parle par expérience – c’est que les gamines et les gamins qui n’ont pas forcément l’âge de raison (une expression concoctée par ceux qui ne l’auront jamais la raison). Ces tout jeunes donc, nous étonnent quand ils sont confrontés à la souffrance. J’ai donc conduit, chez le docteur le plus proche, maintes et maintes victimes qui sucent encore leurs doigts à la vue du sans, et sans perdre connaissance, comme maman. Sans se plaindre, sans réclamer un sucre. Oui, je voudrais trouver les mots pour parler d’eux en ces instants d’angoisse et de panique qui sont le lot des adultes. Pas une larme, pas un cri. On la cherche bien loin et jamais où il faut la dignité.

D’accore, j’ai l’air de généraliser. Mais la télé a mille fois raison de nous donner l’image de ce garçon qui ne sait que sourire dans son malheur. Il va subir, in extremis, sa deuxième greffe rénale mais si on lui demande ce qu’il ferait en cas d’échec, il répond : « je recommencerai ». Quelle leçon d’optimisme ! Lui aussi a raison, ce n’est pas sa faute si les grands ne sentent plus ce qu’il y a de merveilleux dans la promesse des jours meilleurs.

Oui, je parle d’expérience, c’est dans des yeux de gosse que je révise ma leçon d’espoir. Il est bien vrai que tout le reste n’est que littérature. 02/02/90

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