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DALVA Dalva est le grand roman américain de Jim Harrison, son livre le plus abouti et le plus poignant depuis le fabuleux Légendes d'automne. Harrison nous donne ici un portrait mythique de l'Amérique, du génocide de la nation indienne jusqu'aux séquelles de la guerre du Viêt-nam et au cynisme des années 80, en centrant son livre sur la vie tumultueuse et meurtrie d'une femme de quarante-cinq ans, Dalva. A travers cinq générations de sa famille de pionniers, c'est le mythe du jardin d'Eden, de l'innocence perdue que Harrison met en scène avec ce sens de l'espace, cet extraordinaire lyrisme, cette violence et cette étrange pudeur qui lui sont propres. "Comment, après avoir si bien commencé, avons-nous pu en arriver là ?" A cette question ô combien romanesque et melvillienne, Jim Harrison apporte avec Dalva, son chef-d'œuvre, une réponse éblouissante. "Je sais au fond de mon cœur que je n’aurais rien pu faire pour lui. Durant ces quatorze années où je l’avais complètement perdu de vue, il s’était puni et avait été puni jusqu’à la limite du supportable pour quiconque espère rester parmi les vivants. On pouvait d’ailleurs se demander quelles parties de son corps et de son âme étaient encore en vie, et dans quelle mesure. Je distingue la maison, la clairière et la caravane dans une pinède nue, à côté d’un tas de buissons morts, d’un canal d’eau salée et d’un bassin bordé de mangroves. Il n’y a personne ici, seulement un chien qui s’est laissé caresser, et la maison, une simple cabane avec la télé allumée, mais personne dans les environs. Je suis descendue vers la rivière d’eau salée, et là dans un corral parmi les pins, j’ai vu le sprinter ; quand j’ai sursauté, le chien a aboyé dans ma direction. J’ai songé à un cheval fantôme, mais il avait seize ans, ce qui n’est pas si vieux pour un cheval, pourtant à une jambe arrière un sabot manquait jusqu’au paturon. Je me suis glissée entre les barres du corral pour l’examiner. La plaie avait cicatrisé en un bourrelet couvert de cuir, la robe du cheval était décolorée par le soleil, mais il paraissait bien étrillée. La rivière d’eau salée était haute, l’eau y coulait et il y avait des aigrettes. Une voix haute a dit « Il veut nager, c’est la seule chose qui lui plaise : nager . » Grace était marron-noir, originaire des Bahamas. Ils seront bientôt de retour. Elle m’a emmenée jusqu’à la vieille caravane Airstream de Duane dont l’intérieur était d’une propreté invraisemblable, avec des douzaines de flacons de médicaments et de photos sur le mur en face de moi. Des photos de moi, de sa mère Rachel, et un vieux cliché de grand-père à cheval. Tu es jolie Duane est gentil avec les dames, mais maintenant, il est malade, tu devrais l’emmener dans un bon hôpital, pas à l’hôpital des vétérans. J’avais du mal à comprendre ce que disait Grace. Nous avons entendu le bateau qui remontait la rivière. Je suis descendue vers la berge en courant, et Bobby Pindar, qui avait une quarantaine d’années mais semblait d’un âge indéfinissable, a crié pour que Grace attrape les amarres et les attache au quai. Duane, qui était allongé sur la glacière couverte d’une bâche s’est levé, torse nu et j’ai vu des trous, des entailles sur son corps, et puis sur sa joue et son cou, car ils étaient plus blancs que sa peau. Les cicatrices bronzent mal. Il m’a serrée dans ses bras, il sentait le soleil, le poisson, le sel. Je t’ai fait venir parce que je veux que tu touches ma pension. Il paraît que je vais mourir ; Rachel m’a appris que tu as dû abandonner le petit. Tu pourras peut-être le retrouver et lui donner une partie de ma pension de l’armée. (…) Je ne pouvais pas parler . Il m’a serrée une fois encore dans ses bras, j’ai commencé de pleurer, mais il m’a priée d’arrêter. Nous allons nous marier pour que tu puisses toucher ma pension de soldat, a-t-il dit tremblant de fièvre. (…) Nous avons mangé quelques crevettes et beaucoup bu. Quand Duane s’est éloigné, Bobby m’a confié que Duane détenait le record du plus grand nombre de jours de combat, presque quatre ans de guerre avant qu’ils ne rapatrient quasiment mort. Il a un sac plein de médailles pour toi. Ca se présente plutôt mal pour ce vieux Duane, il a dit. Nous avons mangé des crevettes et du poulet en buvant encore, puis nous sommes retournés nager sans le cheval. J’étais plus ivre que Duane et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Les reins, le foie et le pancréas, l’estomac… S’il voulait rester en vie, il faudrait le coupler à une machine à l’hôpital des vétérans. Je lui ai répondu que j’allais m’occuper de lui. Il faisait presque nuit ; Grace, très ivre, nous a crié de commencer notre lune de miel ; pour lui faire plaisir, nous sommes allés dans la caravane de Duane. Il nous a servi deux grands verres de rhum ; maintenant je sais comment me débarrasser de moi. Nous avons trinqué. Comment va ta petite sœur. M’a-t-il demandé. Je me suis alors endormie ou évanouie dans ses bras, le visage niché au creux de son cou. Même dans mon sommeil je sentais ses bras qui m’enlaçaient. Je suis avec mon amant, nous allons ramener le cheval à la campagne, pensais-je. Les médecins vont le guérir et nous habiterons dans le chalet de Buffalo Gap avec le cheval. Au milieu de la nuit, j’ai entendu un grand bruit et un pinceau de lumière m’a éblouie. C’était Bobby qui beuglait que Duane et le sprinter avaient disparu. Il m’a traînée jusqu’au bateau, un pêcheur a appelé pour dire qu’il avait vu Duane et le cheval qui nageaient vers la pleine mer dans les ténèbres et que lorsqu’il s’était approché d’eux, Duane avait pointé un revolver sur lui. Boby a dirigé le bateau hors de la rivière dans le canal. Les étoiles tremblotaient, je me suis passée de l’eau sur le visage en frissonnant. Près d’une bouée nous avons trouvé l’autre pêcheur qui avait appelé le garde-côte. J’ai écouté l’homme chuchoter qu’il avait suivi Duane et le cheval à bonne distance vers American Shoals et le Gulf stream. Il avait alors entendu deux coups de feu, et deviné que le premier avait été pour le cheval et le second pour Duane. J’ai levé les yeux vers les étoiles qui ne m’avaient jamais paru aussi grosse. (…) Aurais-je dû accompagner Duane pour plonger dans ces vagues qui font chanceler et osciller les étoiles, gravir avec lui les crêtes phosphorescentes, descendre jusqu’au creux des lames et me lancer à l’assaut de l’autre versant ? Les trois bateaux ont cherché toute la nuit, mais nous n’avons retrouvé ni le cheval, ni Duane. (…) Quelques
mois plus tard, en octobre, j’ai enterré un cercueil vide,
comme celui de mon père, dans notre cimetière au milieu
du bosquet de lilas. " (Pages 154 à 158) Les internautes en parlent... Harrison,
Jim: Dalva, ·
Harrison, Jim: Dalva, ·
Harrison, Jim: Dalva,
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Harrison, Jim: La route du retour, Petite remarque perso : Jim Harrison ! Comment parler de cet auteur sans employer des superlatifs ? J'ai dévoré ce livre, ces journaux écrits par les différents personnages principaux, donnant chacun leur vision des "choses". Beauté, force, grandeur... Des adjectifs à peine assez forts. On se laisse emmener... L'émotion est souvent forte. Et lire est un bonheur sans fin... au moins le temps d'un roman comme Dalva que l'on quitte à regret. Grandiose. |
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