DESPERADOS

Joseph O'Connor

 

 
Liste alophabétique
Bibliothèque virtuelle

 

Fiche :

Auteur Joseph O'Connor
Traduction Gérard Meudal , Pierrick Masquart
Editeur Phebus
Collection D'aujourd'hui Etranger
Nombre de pages 480 pages
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2859405232

Résumé :

Managua, Nicaragua, juillet 1985. Les Sandinistes sont au pouvoir depuis 1979, mais se heurtent à l'opposition somoziste, la « contra », soutenue par les Etats-Unis.

Frank Little, Irlandais bien tranquille, est convoqué par la police pour reconnaître le corps de son fils Johnny, sauvagement assassiné.

Son ex-femme, Eleanor, le rejoint. Or, le cadavre conservé à la morgue n'est pas celui de Johnny.

Les parents partent alors à la recherche de celui-ci. Ce roman raconte la quête de deux étrangers casaniers, pleins de remords et d'angoisse, dans la chaleur étouffante, l'insécurité, l'inconfort, l'hostilité de la populatio.

Sont ici évoquées, avec autant de vacherie que de compassion, les illusions d'une jeunesse -celle des années 80- qui tend à confondre frime et engagement : à travers les tribulations en Amérique Centrale de quelques paumés natifs de Dublin, à qui l'on a raconté que la révolution était une drogue douce. Bref, malentendus en cascade et sur toute la ligne.

Extrait :

Arrivé à Managua il y a trois jours, l'Irlandais Frank Little supporte mal les nuits moites, le vacarme, les moustiques. D'autant qu'il n'est pas venu en touriste :

"La troisième nuit, quand l'obscurité revint, Frank Little se remit à avoir peur.

Peur des voleurs, de ces saletés d'insectes, de la nourriture empoisonnée, des fantômes. Peur d'être incapable de parler avec les gens du pays. Peur de passer pour un rigolo aux yeux des gars armés qui se tenaient au coin de la rue, à côté du Cine Dorado. Peur de la diarrhée, du rationnement d'eau et des scorpions. Peur du plan de la ville et de ne rien comprendre. Peur d'avoir une crise cardiaque. Peur parce qu'il était seul et plus tout jeune. Et surtout il avait peur de dormir.Si on pouvait appeler ça dormir. Quand la nuit dégoulinait sur Managua, l'obscurité semblait bourdonner, et la seule chose que Frank pouvait faire, c'était de s'allonger sur le lit étroit de sa pensión, accablé de chaleur, entièrement nu, tartiné de crème antimoustiques. Il avait l'impression d'être une volaille au four, rôtissant dans son jus, il priait, avalait de grandes lampées de gin tiède, respirant l'odeur de sa sueur, et il attendait que la lumière finisse par revenir pour rendre aux choses un aspect presque compréhensible.

Pendant trois nuits il avait transpiré dans sa petite chambre, implorant Dieu de lui laisser entendre le bruit de la pluie, de l'entendre éclabousser et fouetter le toit de tôle rouillée. Il avait essayé de lire les journaux, d'écrire des lettres. Il avait attendu que le soleil couleur de sang surgisse de la boue du lac Managua. C'est seulement à ce moment-là qu'il avait pu s'endormir. C'est quand sa chambre avait été illuminée de rose qu'il avait fermé les yeux et s'était abandonné aux cauchemars qui à coup sûr l'attendaient. Le quatrième jour, il s'était éveillé de bonne heure, dérangé par le vacarme insistant des perceuses, des marteaux, des pioches et des scies. Se réveiller à Managua, pensa-t-il, ce devait être la même chose que de se réveiller dans cette foutue arche de Noé. Il resta étendu sans bouger, écoutant le bruit des travaux et s'efforçant de garder son calme même s'il avait envie d'ouvrir la bouche et de hurler. Ces gens-là se levaient vraiment trop tôt. Pas moyen de leur faire confiance.

Il se leva, se lava rapidement et se rasa à l'eau froide et jaunâtre. Il enfila un short et une chemise de sport. La señora lui apporta du café dans le jardin. Il était noir et amer. Il fuma deux cigarettes et partit vers le centre-ville.Huit heures à peine, et la chaleur commençait déjà à monter. Il acheta un International Herald Tribune vieux d'une semaine et s'assit à la terrasse d'une des cantinas. Il sirota son Fanta orange en regardant les pierres de la Plaza Carlos Fonseca écrasée de soleil. Il haïssait cette ville, de ce genre de haine qu'on ne peut éprouver généralement qu'à l'égard d'un être humain. "

Critique/Presse :

Ce n'est pas vraiment par plaisir que Frank Little, ancien musicien reconverti dans le taxi, débarque à Managua le 1er juillet 1985. Il fait une chaleur de tous les diables. Il vient chercher son fils unique, fieffé mariolle donné pour mort. Son ex-femme Eleanor, elle aussi, va faire le voyage depuis Dublin. Irlande-Nicaragua: ce n'est pas l'intitulé d'un match mais l'espace paradoxal et bien tendu à l'intérieur duquel Joseph O'Connor déploie Desperados, le plus célèbre, le plus vibrionnant peut-être aussi, de ses quatre romans traduits en français. Le jeune romancier irlandais y conte les tribulations d'une jeunesse convaincue qu'il n'y a rien de plus romanesque que la révolution. Empêtrés dans leurs rêves, les enfants fanfaronnent. Englués dans leurs souvenirs, les parents n'ont pas l'air plus malins.

Mais Joseph O'Connor n'est pas seulement un écrivain magnifiquement vachard dont les dialogues sont un régal et les bruissements de la guérilla finement rendus. Il s'avère également tendre et tendron, plein d'amour pétulant et bluesman dans l'âme. Joueur de fléchettes lorsqu'il est question d'amour-propre et de vanité, il se met au violon dès que les regards sont profonds. Du grand art, fort bien traduit de surcroît. Catherine Argand
Lire, juillet 2000 / août 2000

"Un grand roman d'aventures d'aujourd'hui. Quelques Irlandais quittent leur pays natal pour joindre les révolutionnaires d'Amérique centrale. Cela ne sera pas facile, bien au contraire." Amazon.fr

Haut de la page