DISPERSES PAR LE VENT

Richard FLANAGAN

 

Liste alophabétique
Bibliothèque virtuelle

 

Fiche :

Auteur Richard Flanagan
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3644
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2264037059
Traduction française : Delphine et Jean-Louis Chevalier
Edition originale 1997
Edition française Flammarion 2002

Quelques photos de la Tasmanie à découvrir sur le site Coup de soleil

La Tasmanie par Richard Flanagan (Article de presse)

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Connaissez-vous la Tasmanie, cette île du bout du monde, distante de la France de quelque dix-sept mille kilomètres ? Une terre montagneuse et sauvage, abritée au nord par le continent australien. Les hivers y sont rudes, et la tempête faisait rage en cette nuit de 1954 où Maria Buloh s'est enfoncée dans la forêt, abandonnant son mari et sa fille de trois ans. Mystère inaugural qui hante chaque page de ce récit, tout comme il hante les rêves de Sonja Buloh, cette fillette qui a vu sa mère s'éloigner sous la neige. Trente-cinq ans plus tard, Sonja, enceinte, revient sur les lieux de son enfance et tente de rassembler les morceaux épars de son histoire familiale.

Le résumé de Lire Magazine : (Exrait de l'artilce)

Une nuit de grand vent, une femme quitte la baraque d'un campement d'émigrés slovènes. A l'intérieur, une petite fille l'appelle. C'était en Tasmanie en 1954. La femme se nomme Maria Buloh, l'enfant Sonja. Trente-cinq ans plus tard, celle-ci revient sur les lieux. Elle est enceinte et veut comprendre pourquoi sa mère l'a abandonnée. Les retrouvailles avec Bojan, son père, qu'elle n'a pas vu depuis plus de deux décennies, la renvoient au passé, à ses terreurs de fillette errant d'une famille d'accueil à l'autre. Quand son père vint enfin la chercher, le bonheur fut de courte durée. Bojan se mit à boire et à la frapper. Pour comprendre ses parents, la jeune femme s'immerge dans leur histoire, remonte à la source, au moment où dans une Europe ravagée par la guerre, un couple slovène décida d'embarquer pour la Tasmanie avec leur bébé.

 

Extrait :

Ce qui suit, vous finirez par le comprendre mais jamais par le connaître, et tout s’est passé il y a longtemps, très longtemps, dans un monde qui s’est abîmé dans la tourbe au cours d’un hiver oublié sur une île dont peu de gens ont jamais entendu parler. Tout a commencé avant que la neige ne recouvre, complètement, irrévocablement, les empreintes sur le sol. Au moment où les nuages noirs ensevelissent les cieux éclairés par la lune et les étoiles, au moment où des ténèbres sans ombre se posent sur la terre murmurante.

A ce moment précis où le temps allait basculer, les souliers grenat de Maria Buloh atteignirent la troisième et dernière marche poudrée de neige devant leur baraque en bois. Ce fut alors, comme elle détournait la tête de la baraque, que Maria Buloh sut qu’elle était déjà allée trop loin et qu’elle ne pourrait plus revenir en arrière.

Certains disent qu’elle fut tout simplement emportée hors de la ville, cette nuit-là, par les vents impétueux du blizzard; que le souffle tourbillonnant et tempétueux de la tourmente la souleva et qu’elle le chevaucha, tel un ange, jusque dans la forêt au loin, qu’elle vola, tel un spectre, jusque dans les terres sauvages qui s’étendaient aux quatre coins, passé ce lieu brûlant comme le point d’impact d’une balle dans la chair.

Mais ce n’est pas ainsi que cela s’est passé, bien sûr.

Certains disent même qu’elle devint le vent lui-même, qu’elle se mua en cette bourrasque qui allait les frapper tous de sa malédiction. Mais des vents si terribles ne sont pas chose qu’on puisse chevaucher comme dans un rêve. On ne peut que s’arc-bouter contre eux et c’est ce que fit Maria Buloh, car elle était une femme de bon sens après tout, quoi que les gens disent, elle n’était en rien une femme frivole, alors elle s’arc-bouta contre le vent comme si c’était un mur susceptible de s’écrouler sur elle à tout moment, et elle serra son manteau écarlate, ce manteau écarlate miteux, autour de son corps frêle. Mais même ce geste anticipe sur cette histoire, car les vents ne devaient pas se déchaîner avant que ses pas l’aient portée presque hors du campement. Et elle avait une bonne distance à parcourir avant d’arriver si loin. (Premières pages)

[...]

Mais au lieu d’entrer dans la salle d’embarquement elle fit demi-tour et commença à s’en éloigner, d’abord à pas comptés, puis au petit galop, et finalement à toutes jambes. Les gens s’écartèrent, un peu choqués par ce comportement inconvenant.

Sonja fuyait, non pour échapper à ce qu’elle était, mais pour y revenir. A peine s’arrêtait-elle quand elle se cognait dans les gens, les repoussant au passage, luttant contre le puissant courant qui cherchait à l’entraîner, à l’entraîner si loin –et les gens se fondirent en une masse confuse, l’aéroport en d’étranges taches indistinctes de couleur et de son, et elle ne vit plus qu’une seule chose clairement, un bout de dentelle qui était emporté par la tornade cyclonique des gens qui arrivaient et qui partaient, qui arrivaient et qui partaient, tous à présent des réfugiés fuyant l’indicible, l’indescriptible, et un instant elle se crut vraiment ramenée dans un camp de réfugiés de l’après-guerre, mais elle continua encore à courir après la dentelle à travers tous ces hommes d’affaires, ces surfeurs, ces touristes, ces familles maintenant vêtues de haillons gris-brun et chargées non de valises en plastique et de sacs à dos mais de paquets enveloppés de papier d’emballage et attachés avec de la ficelle, et tous avaient l’air perdus, tous, et la dentelle continuait à échapper à Sonja, puis elle finit par la rattraper, et alors la dentelle se transforma en un manteau en nylon rouge et un rase-pet en faux cuir des années soixante-dix, et elle luttait de toutes ses forces pour les atteindre quand subitement elle hurla :

« Il n’est pas trop tard ? »

En plein saisissement un couple interloqué proche d’une porte de sortie commença à se retourner et, par là même, sans le savoir, Helvi et Jiri répondaient à la question de Sonja. (Pages 137-138)

 

Critique/Presse :

C'est à une douloureuse et splendide histoire d'amour entre un père et sa fille que nous convie Richard Flanagan dans son second roman, tout à la fois conte sur les origines, quête identitaire d'un peuple d'immigrants victimes de l'Histoire, roman de guerre et de rédemption. Et puis, c'est un style, une prose magnifique qui vous enfonce dans l'âme des détails infimes et poignants, des vignettes éblouissantes d'une précision à vous arracher des larmes. (Christophe Ono-Dit-Biot, Elle, 02/09/2002)

Dispersés par le Vent est un roman sur l'abandon et l'exil, une parabole amère, parfois trop lyrique, parfois décousue. Mais qui prouve que Flanagan – ce familier des tourmentes dont le nom rime avec ouragan – a de l'encre irlandaise dans les veines. André Clavel, Samedi 21 septembre 2002

Conte de l'exil, (re) conquête d'une identité perdue, voici un roman bouleversant, où les souvenirs reviennent comme ces vents qui balaient la terre et les êtres. Alexis Lorca, Lire

 

Petite remarque perso : Le vent souffle longtemps après avoir refermé le livre. Le vent dévastateur. J'ai été subjuguée par l'atmosphère qu'a su créer l'auteur, par la beauté pathétique des personnages, leur difficulté à vivre aujourd'hui, la manière dont ils portent en eux l'exil. Remonter aux sources, parcourir le chemin presque initiatique qui ramènera peut-être enfin la paix, la "guérison", la cicatrisation de la blessure béante. Pour permettre la naissance, la naissance de l'enfant, la renaissance aussi, après trop d'années de négation, de fuite, de peur, d'oubli. Boucler la boucle, retourner plus loin encore dans le passé pour admettre le présent. Quel style extraordinaire que celui de Richard Flanagan, mêlant une certaine forme de lyrisme à une simplicité abrupte et puissante. Comme il sait nous faire découvrir ce pays dont on entend si peu parler, rude, brutal, où les êtres viennent en désespoir "oublier" leur passé pour se jeter comme des bêtes de somme dans le travail...

Le roman s'ouvre sur la scène de fuite de Maria, et la magie du style opère immédiatement. Une poésie presque hypnotique, difficile ensuite de lâcher le livre...

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