EN MARGE

Jim Harrison

 

 

Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle

 

 

 

"Le désir d'écrire un roman vient peut-être en partie de la volonté de se rappeler des gens qui à nos yeux n'ont pas existé de manière très précise, afin de nous assurer que ces souvenirs valent bien un tel effort, afin de nous rassurer, aussi, face à cette évidence que nous avons tous été à deux doigts de ne pas exister" Jim Harrison

 

Fiche :

Auteur Jim Harrison
Traduction Brice Matthieussent
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3698
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2264039191

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Dans cette luxuriante autobiographie, Jim Harrison commence par le récit de son enfance. Mais plutôt que d'en distiller les détails, le grand romancier américain en retient surtout les images intenses, celles imprégnées de nourritures délicieuses, de feuilles fraîches et de bruits de rivière, car seule " la sensualité marque la mémoire ". Dès lors, l'écriture déroule un formidable et gargantuesque appétit pour la vie, mais aussi une mélancolie profonde dont Jim Harrison, comme tout hédoniste, n'est pas exempt. Mais le plus extraordinaire est encore dans cette folle déclaration d'amour adressée à la littérature. En marge, dans le fond, n'est traversé que par un seul récit celui d'une vie vouée à l'écriture.
" Des coups de blues, des parties de rigolade des plages de solitude, l'amitié, tels sont les ingrédients mélangés dans ce cocktail à boire cul sec : attention, il est très fort.
A consommer sans modération. "

 

Extrait :

Selon nos mythologies personnelles, avec l’âge les parties séparées de notre être se réunissent parfois afin de constituer un tout qui ne nous est pas entièrement familier. Peut-être qu’une grande partie de ta vie est trop proche pour être compréhensible, exactement comme si tu portais soixante-dix-sept couches de vêtements et que tu ne savais plus très bien si ton corps était toujours là, en dessous. Et cela continue parfois sans fin. Un homme peut porter un « masque » professionnel jusqu’à l’âge de cinquante-cinq ans, prendre sa retraite de bonne heure et s’apercevoir alors, soit qu’il ne peut pas ôter ce masque, soit qu’il réussit à l’ôter mais qu’il n’y a pas de visage dessous. Les définitions de carrière quotidiennes peuvent nous étouffer tous, si bien qu’il ne nous reste ensuite plus rien pour nous différencier, hormis ces définitions de carrière. Nous renonçons trop aisément à l’apprentissage de savoir-faire qui nous procurent du plaisir, excepté les savoir-faire liés à notre gagne-pain.

Mais la lumière commence à poindre lorsque nous prenons un peu de temps et faisons quelque chose de si radicalement autre que nous pouvons prendre du recul et regarder à bonne distance notre quotidien. Franchement, ce n’est pas toujours agréable, et quand je m’absorbe dans de longues périodes de pêche et de chasse, je sais au fond de mon cœur que, j’ai beau être flatté de voir mes livres publiés dans vingt-trois langues, je suis fondamentalement un « bosseur fou » comme tout le monde, mais qu’il me suffit de pêcher et de chasser avec la bonne attitude pour retrouver l’intimité de forêts et des rivières ainsi qu’un sentiment extatique des beautés de la création, du monde naturel en tant que tissu vivant de l’existence, si bien que je suis à la fois de nouveau jeune et âgé de soixante-dix mille ans. (Pages 160-161)

 

Critique/Presse :

Ce marginal de la littérature américaine fait le récit de sa vie depuis son enfance heureuse dans le Michigan jusqu'à aujourd'hui: ses obsessions, son passage à Hollywood, ses expériences limites, la chasse, la pêche, la France, ses amitiés... Homme à l'esprit rebelle, tout le contraire du "politically correct", qui fait aussi le portrait d'une certaine Amérique. Ce texte se rapporte à l'édition Broché.

Petite remarque perso : Je suis une inconditionnelle de Jim Harrison. J'ai dévoré Dalva et la route du retour. Dans ce mémoires, j'ai aimé la sincérité que l'auteur d'amblée annonce. Peut-être que tout est vrai, mais peut-être pas. Le simple fait d'écrire ses mémoires n'est-ce pas, déjà, un peu mettre sa vie en scène. Une autobiograhie donne toujours au lecteur des clés sur les livres qu'il a déjà lu. Mais le vrai bonheur de En marge, reste le style si particulier de Jim Harrison. Sa manière d'évoquer la nature, l'écriture, l'amitié... La solitude aussi, parfois, la dépression. J'aime à la fois la démesure et la fragilité de l'homme. Une autobiographie ? Une réflexion en tout cas, sur ce qui, avec le recul, demeure intact. Ce qui, tout au long du passé, reste à jamais présent, comme l'eau vive de la source.

Haut de la page

Accueil