L'ENFANT BLEU

Henry BAUCHAU

 

 

Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle

 

 

 

"Il a eu peur de perdre son territoire en moi, le plus important, celui de l'imagination. Pour se déployer son imagination a besoin de quelqu'un qui l'écoute, qui croit en lui et dont la confiance suscite l'énorme effort qu'il doit fournir pour aller de l'avant et se libérer du banal."

"Une oeuvre quand elle est presque finie, on sent une chaleur, un début de rayon pour qu’on ne finisse pas. Moi on est une espèce de presque, de pas fini. Etre comme les autres, est-ce que c’est être fini ? On voudrait et le presque ne veut pas. On souffre pour finir les oeuvres, on aimerait mieux faire des oeuvres brûlées. Toi, Madame, tu es une presque ou une finie ? "

Henri Bauchau

 

Fiche :

Auteur Henry Bauchau
Editeur Actes Sud
Date de parution 02/2006
Collection Babel, numéro 727
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2742758402

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :


A Paris, dans un hôpital de jour, Véronique, psychanalyste, prend en charge Orion, un jeune adolescent gravement perturbé. Malgré ses difficultés, elle discerne qu'il est doué d'une imagination puissante et entreprend de l'orienter vers le dessin et la sculpture. Les chemins de la création et ceux de la vie quotidienne sont semés d'incertitudes et d'échecs, mais dans ses "dictées d'angoisse", Orion parvient à s'ouvrir à la parole et à mettre en mots ce qui le hante. Au fil des années et suivant des voies inusitées, l'œuvre - l'œuvre intérieure et l'œuvre artistique - apparaît et s'affirme. Le délire, la confusion, les surprenants effets de l'art en actes, la patience des déliants qui partagent les efforts du "peuple du désastre" (les handicapés), le mystère indicible de la souffrance que combat l'opiniâtre espérance, tels sont les thèmes de ce livre où Henry Bauchau a versé beaucoup de son expérience de la psychose et de l'analyse pour atteindre, au-delà du vécu, à la vie du roman. Sous le signe de l'espoir, la présence fugitive de "l'enfant bleu" éclaire Orion et Véronique sur un chemin de compassion.

 

Extrait :


Je suis, moi aussi, bouleversée par ce qui a eu lieu. Je ferme la porte, je me rassois, je me force à respirer longuement. J’ai été emportée dans son délire. J’ai aimé sa violence, son malheur, son allégresse déchirante. J’y ai participé car il ne lui suffisait pas de pouvoir délirer librement, il avait besoin que nous délirions ensemble, comme nous l’avions fait déjà. Etait-ce une faute professionnelle de ma part ? Orion a répondu pour moi : On ne sait pas. Puis pour me remettre à distance : On ne sait pas, Madame. Et il est parti à toutes jambes afin de garder un pied au fond et ne pas se risquer plus longtemps dans les eaux profondes. Reste un « on » insondable. D’où vient ce flot d ‘images et de sons, la voix follement haute de Paule et la musique barbare du grand condor ? Où vont-ils ? On ne sais pas.
Respirer, respirer encore, attendre durement devant la porte qui peut-être n’existe pas, demeurer immobile dans la chaleur étouffante du petit bureau. Ne pas croire que je vois le sens de ce qui a eu lieu, ni que j’ai l’obligation de le chercher. Il y a eu une présence, une musique, une danse inouïe des mots puis Orion a revêtu à nouveau son masque apeuré pour aller prendre le métro, le bus et retourner chez lui.
Si sa mère lui demande ; « Tu as fait une bonne dictée aujourd’hui ? », il ne répondra pas. Si elle insiste, il lui opposera : « On Ne sait pas » pour protéger sa vie.

(…)

Je reviens tôt mais épuisée à la maison. Cinq heures, encore deux heures ou trois avant le retour de Vasco. Je devrais noter ce qui s’est passé avec Orion, quand nous étions oragés, tous les deux. Il faut trop chaud ; d’abord prendre une douche, me faire une tasse de thé. Après je m’étends un peu, je m’endors. (Pages 166-167)

 

Critique/Presse :

Avec son roman, L’Enfant bleu, qui vient de paraître chez Actes Sud , c’est la première fois que la cure est au centre du récit. Orion, un adolescent psychotique, rencontre dans un hôpital de jour celle qui sera pendant de nombreuses années sa « psy ». Initialement, ce roman avait pour titre Le Peuple du désastre. L’expression désigne dans le texte les gens « pas normaux », mais il englobe également son analyste, et tous « les autres », ceux qui, à la marge, subissent quotidiennement « le choc de l’univers encombré » (p. 185). L’histoire, qui va du « on », seul pronom que l’adolescent est capable d’utiliser pour se nommer, vers le « je », est bien plus que le récit d’une maladie, c’est aussi et surtout un chemin vers la création. A travers les « dictées d’angoisse » d’Orion, sa façon particulière de chahuter la langue, le lecteur accompagne le jeune homme dans son expérience artistique, expérience qui va le libérer, sans le sauver. Le roman est une réflexion sur l’art et l’écriture : « Ainsi va l’art, ainsi va l’écriture, toujours combattant la mort, toujours vaincus et reprenant d’âge en âge le combat » (p. 240-241.) C’est le combat que livrent le peuple du désastre, les « presque finis », les vaincus et les marginaux, parmi lesquels Bauchau se range sans doute lui-même, lui dont l’oeuvre, reconnue par l’université, est encore trop peu connue du grand public et souvent ignorée de la critique parisienne.
http://www.remue.net

Petite remarque perso : J'ai rarement lu un pareil livre. Henry Bauchau nous présente cet enfant bleu. Notre regard est d'abord distancié, un peu comme celui de la psy qui le prend en charge, et puis, il devient de plus en plus difficile de ne pas se "lier" à lui, se lier d'amitié, d'attention, d'admiration... Le transfert s'effectue, c'est essentiel dans la thérapie, mais le statut de "malade" d'Orion évolue tellement. La richesse de son imaginaire, la force dévastatrice de ses délires nous atteint profondément, nous emporte. Orion si touchant dans sa manière d'exprimer son angoisse. Si près de nous parfois. N'avons nous pas tous un Orion qui prend plus ou moins de place dans nos personnalités ? L'enfant bleu, le copain perdu qui avait su nous aider à grandir... Un Petit Prince ? "On ne sait pas"...

Au-delà du "peuple du désastre" L'auteur nous offre une réflexion sur la création artistique, quelle qu'elle soit. Une réflexion belle, ample, difficile aussi. Créer, écrire, peindre, représentent une forme de "naissance", une "venue au monde" toujours difficile, faisant appel à l'intime, à l'essentiel de l'être. Mais pour qu'une création puisse voir le jour, pour qu'un être puisse s'épanouir vraiment, ne faut-il pas toujours quelle trouve un "territoire de confiance" ? Qu'elle ose être, puis se montrer...

L'écriture est superbe. J'ai reçu ce livre comme un cadeau du hasard qui me l'a fait "rencontrer" sur la table d'une librairie. J'aurais pu passer à côté... Je l'ai pris dans mes mains et il m'est devenu comme... Indispensable. Un bien précieux dont je ne me départirai jamais. Merci monsieur Bauchau. Si je pouvais vous le dire en face... Merci est le seul mot qui me viendrait.

Haut de la page

Accueil