L'ENFANT QUI VOULAIT ÊTRE MUET

Bernard Maris

 

 

Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle

 

 

 

"Le silence prenait place en moi, occupait petit à petit mon corps, mes poumons, ma langue." Bernard Maris

 

Fiche :

Auteur Bernard Maris
Editeur Lgf
Date de parution 02/2005
Collection Ldp, numéro 30273
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2253112372

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Julien a neuf ans. Il ne parle plus depuis cinq ans déjà, alors qu’il avait un don extraordinaire pour les langues. Enfant, ballotté de nourrice en nourrice, il a parlé une dizaine d’idiomes. Destiné à une vie de hasard et d’abandon de taudis en taudis, il vit parfois avec son grand-père, sympathique bon à rien, parfois avec sa mère, jolie, pauvre, indifférente et insouciante, qui monnaye ses charmes. Un célèbre philosophe germanopratin, égoïste, riche, charmeur, arrogant, rencontre cet enfant par hasard. Spécialiste du langage sur lequel il prépare « sa grande œuvre », il se met en tête de le faire parler. Le désir d’y parvenir devient obsessionnel, jusqu’à remettre en question son couple et son existence même. Au contact de cet enfant, il découvre qu’il est passé à côté de la vie. Le silence volontaire de Julien lui a donné une terrible leçon d’humilité. Peu à peu, il s’approche d’une victoire incertaine, qui devient sa défaite vis-à-vis des gens qu’il n’a pas su aimer : son épouse, sa mère mourante. Défaite vis-à-vis de cet enfant même, qui s’est pris d’amour pour lui.

 

Extrait :

–Tu n’as pas envie de parler ?
« Envie… » C’était plus compliqué. Dans une foule –par exemple un réféctoire, un stade–, je peux capter tous les mots et toutes les mélodies humaines. L’interjection apeurée, le soupir d’agacement ou d’émotion… tout m’assaille. Imaginez un fou qui secoue tous les mots du dictionnaire dans un grand sac, et les lit devant vous. Après l’épisode paternel, les idiomes se mêlèrent dans ma tête, comme si Babel se recomposait à partir d’une mixture d’expressions, bouts de phrases, syllabes, phonèmes : non pas la langue primitive, mélange harmonieux de toutes les langues – comme la lumière est le mélange des couleurs parfaites, lesquelles, diffractées par le prisme, donnent l’arc-en-ciel–, mais un tourbillon grisâtre.

J’avais besoin d’eau pure. « Envie… » Oui, quelque chose comme l’envie de parler montait en moi
–Quelle est la couleur du A ?
Sans hésiter, je désignai sa décoration.
–Rouge… Rimbaud dit noir, mais il dit aussi : « Les noires blessures ». Une fois de plus, tu sais. (Pages 80-81)

 

Critique/Presse :

Petite remarque perso : La lecture de ce livre m’a procuré des impressions mitigées. J’ai aimé le petit garçon, son regard sur ce qui l'entoure, sa manière de se taire pour mieux parler… pour être vrai. Son silence pour lutter contre le bruit du monde... Son silence en écho, en révélateur... J’ai parfois regretté quelques « clichés » glissés dans le choc « social » qui se produit entre lui et le philosophe. Il m’a semblé par moment que leur relation n’était pas exploitée complètement par l’écrivain. Mais je connais très mal le milieu des philosophes parisiens branchés et peut-être que mon « appréciation » est tout simplement le résultat de cette ignorance.

De très jolies pages sur le langage, un regard sur la banlieue plein d’acuité… Sur l'enfance aussi, privée d'enfance, adulte trop tôt, adulte trop vite.

Le fait qu’il n'existerait pas de salut possible pour un gamin comme Julien sans l’intervention d’un Pygmalion m’a aussi un peu gênée… Au fur et à mesure que l’enfant se réapproprie le langage de son « maître », le maître lui s’en retire. Leur relation n’est pas vraiment possible. Ensemble ils fonctionnent comme des vases communicants … quand l’un se remplit, l’autre se vide… Pourtant entre eux, quelque chose se passe. Un amour ? L'un est prêt, l'autre non. Et le plus "pauvre" des deux n'est pas celui qu'on croît. Le philosophe "possède" le langage, mais ses mots ressemblent à un vêtement vide... Trop beau, trop bien coupé, trop précieux pour être porté.


Haut de la page

Accueil