Un Monde A Lire
Et Nietzsche a pleuré
ET NIETZSCHE A PLEURE
 
Irvin YALOM - Site de l'auteur
 
Aux éditions Galaade
Traduit de l'anglais (américain) par Clément Baude
Paru le 30 août 2007
430 pages
ISBN-10: 2351760395 - ISBN-13: 978-2351760390
 
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"A l'avenir —qui sait quand, peut-être d'ici quinze ans ?— cette cure par la parole pourrait bien entrer dans les moeurs, et les "médecins de l'angoisse" devenir des spécialistes comme les autres, formés dans les facultés de médecine ou les départements de philosophie. "(Page318)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

« Docteur Breuer, Je dois absolument vous voir pour une affaire urgente. L’avenir de la philosophie allemande est en jeu. Voyons-nous demain matin, à neuf heures, au Café Sorrento. Lou Salomé. »

Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l’échec de leur ménage à trois avec Paul Rée.

Friedrich Nietzsche ou le désespoir d’un philosophe. Le Dr Breuer, l’un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d’échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l’élève ? Qui soigne qui ?

Et c’est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique que nous convie Irvin Yalom. Un roman inédit à découvrir absolument.

Source : Galaade éditions

 
"Niezsche parcourut de nouveau ses notes et lut à voix haute : "Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse"" (Page253)
 

Extrait :

"Comme vous le savez, je connais, moi aussi, ce genre de mauvaises nuits. Avec un seul gramme de chloral, j'ai pu dormir cinq heures d'affilée, ce qui m'arrive très rarement. Comme vous, je me suis souvent demandé pourquoi la peur se réveille la nuit. Après vingt ans de réflexion sur cette question, je crois pouvoir affirmer que la peur ne naît pas de l'obscurité ; au contraire, elle est comme les étoiles — toujours là, mais éclipsée par la lumière du jour.

Et les rêves, poursuivit Nietzsche tout en se levant de son lit et en accompagnant Breueur à l'autre bout de la chambre, vers leurs fauteuils installés devant la cheminée, les rêves sont de merveilleux mystères qui ne demandent qu'à être éclaircis. J'envie les vôtres. Les miens, je ne m'en souviens que rarement. Je ne partage pas l'avis de ce médecin suisse qui m'avait un jour conseillé de ne pas perdre mon temps avec mes rêves, puisque, disait-il, ils n'étaient que le fruit du hasard, comme des excréments nocturnes de notre esprit. Il affirmait que le cerveau se nettoie lui-même toutes les vingt-quatre heures en rejetant dans les rêves les pensées superflues de la journée !" (Page 243)

Vintg et un an... C'était il y a bien longtemps, mais déjà je savais cela. Il est maintenant grand temps pour vous de le comprendre : ce doit être votre point de départ. Vous devez choisir entre le confort et la vérité ! Si vous choisissez la science, si vous voulez être délivré des chaînes rassurantes du surnaturel, si, comme vous l'affirmez, vous refusez la crédulité pour embrasser l'athéisme, dans ce cas vous ne pouvez pas convoiter les petits bonheurs du croyant ! si vous tuez Dieu, vous devez par la même occasion quitter son temple." (Page 251)

 
"Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours été effrayé par les espaces vides qui sont en moi. Et ce sentiment de solitude n'a rien à voir avec la présence ou l'absence de gens autour de moi. Comprenez-vous ?" (Page 315)
 

Critique/Presse :

« Et Nietzsche a pleuré, écrit en 1992, sort enfin en France. On y retrouve tout ce qui fait le sel des récits "yalomiens" [...]. On reste ébahi par la virtuosité dont fait preuve Irvin D. Yalom, orchestrant vérité et fiction, détails historiques et réflexion, et ne lâchant jamais le sujet qui habite tous ses livres : notre soif existentielle. » - Pascale Senk, Psychologies Magazine, septembre 2007

« Comment pouvait-on vivre jusque-là sans connaître les livres du docteur Irvin D. Yalom ? On se le demande. Ce n’est pas tous les jours que les livres de psychothérapie se lisent comme des romans. » – Geneviève Delaisi de Parseval, Libération, janvier 2006

Petite remarque perso :

Comment IMAGINER  qu’un bouquin consacré à la naissance de la psychanalyse puisse à ce point tenir en haleine. Deux hommes et un incroyable dialogue. L’un est sensé soigner l’autre, il utilise le subterfuge de son propre désespoir pour tenter de suggérer la confidence. Une sorte de partie d'échecs commence ou chacun observe l'autre, et déplace d'abord ses pièces avec prudence.

Le lecteur d’aujourd’hui a l’impression d’assister à un accouchement : la naissance d’une méthode : Freud n’est pas loin, qui hésite encore entre la médecine classique qu’il n’affectionne guère et l’exploration de cet autre « je » en nous qui nous est étranger et qui néanmoins semble avoir une importance capitale. Il s'entretient souvent avec Breuer de ces sujets passionnants mais qui sont considérés comme relevant d'un tout autre domaine que la médecine. Et puis la vie, celle de Breueur dont les préoccupations, les angoisses, les émotions ont quelque chose d'universel, le temps qui passe, la vie, la mort... les sentiments, les autres, le besoin d'émerveillement...

Nietzsche prend ses premières notes pour Ainsi parlait Zarathoustra. Il est malade, subit des migraines terribles et se considère comme un philosophe posthume, dont l'oeuvre ne rencontrera ses lecteurs qu'après sa mort.

Dans la réalité, Breuer n’a jamais rencontré Nietzsche. La rencontre aurait pu se produire : dans les notes en fin d’ouvrage Irvin Yalom explique qu’il apprit  plus tard que des contacts avaient été établis mais ils n’ont pas abouti… Yalom construit donc un roman, imagine ce que deux hommes de cette trempe auraient pu se dire... noue un dialogue philosophique splendide. Les deux hommes sont différents, et pourtant, ils sentent combien leur solitude est commune... leur désespoir aussi.

De Nietzsche, je garde quelques souvenirs scolaires d’un philosophe tourmenté, mais ce roman donne envie d'aller un peu plus loin...

En arrière plan, Irvin Yalom brosse le portrait d'une époque : cette fin de XIXème siècle riche de découvertes scientifiques mais qui laisse pourtant une impression étrange, comme un équilibre déjà perdu... Vienne, ses cafés, sa bourgeoisie, son hiver...

 
"C'est curieux. Au moment précis où, pour la première fois de ma vie, je dévoile toute l'étendue de ma solitude et de mon désespoir, cette solitude s'évanouit..." (Page 413)
 

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