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Grand
maître dans l'art d'expliquer simplement des choses difficiles,
Hubert Reeves a donné de nombreux livres de vulgarisation.
Celui-là est sans doute le plus accessible, ne serait-ce
que parce qu'il est très illustré. On y voit bien
sûr des étoiles et des galaxies, mais aussi des foetus
humains, des fleurs et des insectes. La vision universelle de
Reeves, en effet, ne se limite pas aux équations de la
physique. Elle donne toute sa signification à la grande
idée qui émerge de la cosmologie contemporaine :
l'unicité de la matière fait que le moindre de nos
atomes a, un jour, été créé au sein
d'une étoile, et qu'il y retournera un jour. C'est en ce
sens que nous sommes tous "poussières d'étoiles",
univers miniatures doués de cette faculté mystérieuse
qu'est la conscience. Face aux grands mystères de la nature,
c'est en poète autant qu'en scientifique que l'auteur nous
invite à méditer et à comprendre : "Bien
sûr, il y a aussi la tendresse humaine, la musique de Mozart
et les vins de Bourgogne... S'il y a une Intention dans la Nature,
quelle est son intention ?" Arthur Hennessy |
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"C'est
Galilée qui, le premier, a regardé le ciel avec
une lunette astronomique. En quelques nuits, il découvre
tour à tour les montagnes de la Lune, les satellites de
Jupiter et les étoiles de la Voie lactée. Cela se
passe en 1609. Il y a moins de quatre siècles. Depuis,
grâce à l'amélioration des instruments d'observation,
les astronomes ont découvert un grand nombre d'astres nouveaux,
comme les nébuleuses, les galaxies et, plus récemment,
les pulsars, les quasars. L'humanité doit à l'astronomie
une riche moisson d'images célestes, tout comme elle doit
à la biologie le spectacle de la vie microscopique. L'homme
d'il y a quelques siècles ignorait tout des galaxies et
des microbes. C'est grâce à la technologie que ces
réalités sont entrées dans son champ de connaissance.
Paul
Éluard écrivait: « Le poète est celui
qui "donne à voir". » Dans le même
esprit, on peut dire que l'astronomie « donne à voir
». Un des buts de ce livre est d'amener le lecteur à
partager les sentiments d'admiration et d'exaltation qu'éprouve
l'astronome devant la beauté de ces paysages nouveaux.
Ces
images célestes, au même titre que les images de
la nature terrestre, enrichissent l'imagination. A ce titre, elles
peuvent jouer un rôle dans le développement de la
personnalité, dans l'éclosion de la créativité.
Mais la beauté de l'univers, reconnaissons-le, n'est pas
à notre mesure. Ce qui nous frappe, c'est l'extravagance
de ce qui nous entoure. Les dimensions d'abord. Les étoiles
que nous regardons la nuit, à l'oeil nu, sont à
des centaines de milliers de milliards de kilomètres. Certaines
galaxies observées par nos télescopes sont un milliard
de fois plus loin encore... À ce niveau, bien sûr,
les chiffres ne parlent plus à l'imagination.
Il
en va de même de la violence des événements
qui se succèdent dans l'univers. L'explosion d'une étoile
massive libère plus d'énergie qu'un milliard de
milliards de bombes H. Et certains noyaux de galaxies (par exemple,
les quasars) émettent à chaque seconde encore un
million de fois plus d'énergie. Notre Soleil est une étoile
modeste. Pourtant, quand il mourra, dans cinq milliards d'années,
il nous volatilisera avec la désinvolture et l'inconscience
d'un éléphant qui marche sur une araignée.
Abrités
derrière notre atmosphère, à la surface tiède
et douillette de notre planète, nous vivons dans un espace
protégé. Presque partout ailleurs, la vie humaine
serait impossible. Le moindre soubresaut stellaire nous anéantirait
inexorablement. . .
«
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie »,
disait Pascal. Il ignorait que ces espaces palpitent d'explosions
monstrueuses, de cataclysmes chroniques. Avait-il l'intuition
de ces événements démesurés dont aucun
écho ne venait troubler sa nuit ?
Ainsi,
au sentiment d'admiration que nous procurent les spectacles du
ciel se joint un sentiment d'inquiétude, voire de terreur.
De là-haut, rien ne nous regarde, tout nous est étranger,
tout nous dépasse, tout nous menace.
Mais
la science moderne nous présente, en même temps,
une autre vision du monde. Rien de tout cela ne nous est indifférent.
C'est à la démesure du ciel que nous devons notre
existence. Il a fallu, pour nous engendrer, des creusets dont
la température dépasse le milliard de degrés,
des explosions stellaires et des éjections de matière
incandescente à des vitesses voisines de celle de la lumière.
L'univers
a maintenant quinze milliards d'années environ. Il s'étend
sur plus de quinze milliards d'années-lumière (c'est-à-dire
sur plus de cent mille milliards de milliards de kilomètres).
Ces dimensions, inimaginables, n'ont rien d'excessif. Il n'en
fallait pas moins pour nous mettre au monde."
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