Siècle
du réveil intellectuel, siècle de la science, siècle
de conciliation, c’est ainsi que, dans notre introduction, nous croyions
pouvoir caractériser les XVIIIème, XIXème et XXème
siècles. Si, pour ce dernier, nous empiétons sur l’avenir,
en revanche personne ne refusera au XIXème siècle le
titre de scientifique. Car dans cette période les progrès
de nos connaissances, et ceux de notre pouvoir sur la nature ont été
si considérables et ont eu lieu en un espace de temps si restreint
qu'à ce point de vue aucun des siècles passés ne
peut lui être comparé. Si, parmi ces progrès, aucun
n’égale en valeur générale de triomphe du système
de Copernic ou la découverte de l’Amérique, du moins surpassent-ils,
pris dans leur ensemble, tout ce qui avait été fait jusqu’alors.
D’autre part, il ne manque pas de savants pour penser que la destruction
de l’erreur anthropocentrique, qui était réservée
à notre siècle, n’a pas moins d’importance que celle de
l’erreur géocentrique, qui avait régné si longtemps
au grand détriment du progrès intellectuel.
Si l’on
demande quelles sont les sciences qui ont le plus progressé au
cours du XIXème siècle, la réponse ne saurait être
douteuse. Ce sont celles qui avaient le plus à souffrir des conceptions
erronées du Moyen-Age. En effet, tant que la nature n’était
pas considérée comme un appui, mais comme un obstacle
à tout essor des esprits, son étude ne pouvait réussir,
ou bien elle devait forcément dégénérer
en alchimie, en astrologie, en recherche de la pierre philosophale,
et en sorcellerie. Il y avait un mépris général
de la science et un véritable fanatisme de l’ignorance. «
A quoi sert, écrit Lactance, de savoir où le Nil prend
sa source, ou ce que les physiciens racontent au sujet des astres. »
Il est indifférent à ce père de l’Eglise de savoir
si le soleil est grand ou petit, si les étoiles sont fixes ou
non. Quant à l’affirmation que la terre est ronde, elle lui semble
l’œuvre d’un mauvais plaisant. « Ce n’est pas par ignorance, écrit
le patriarche grec Eusèbe, que nous méprisons ces choses,
mais parce que nous dédaignons ce travail tout à fait
inutile, en consacrant notre âme à des objets meilleurs
». Toute science humaine n’était considérée
que comme un obstacle à la vie religieuse, ou comme des «
folies et des plaisanteries », suivant l’expression de Damiani,
chancelier du pape Grégoire VII. Les recherches anatomiques étaient
interdites à cause du dogme de la résurrection des corps
; les prières, les conjurations et les contacts des reliques
remplaçaient le traitement médical.
On sait
que, par crainte des autorités ecclésiastiques, Copernic
dut tenir cachée pendant trente ans sa magnifique découverte
de la rotation des corps célestes, et que lorsqu’elle fut enfin
publiée elle fut condamnée et interdite comme hérétique.
L’usage du télescope fut également condamné, parce
que cet instrument permettait à l’homme de voir plus loin que
Dieu ne l’avait voulu en organisant son œil. C’est d’ailleurs justement
le télescope qui mit fin à l’erreur géocentrique
en montrant que la terre avec ses habitants était bien loin d’être
le centre de l’univers. Mais était réservé au XIXème
siècle de couronner cet édifice scientifique en fondant
l’astronomie physique, qui nous a renseignés sur la constitution
physique et chimique des corps célestes. C’est en 1859 que Kirchhoff
et Bunsen découvrirent l’analyse spectrale. Après nous
avoir appris la composition du soleil, cette science, jointe à
l’étude des étoiles doubles, nous a montré l’unité
de l’univers visible au point de vue de ses substances constituantes,
des forces qui y entrent en jeu et des lois auxquelles elles obéissent.
Le perfectionnement
des lunettes astronomiques et des télescopes nous a permis de
jeter un regard jusque dans les profondeurs les plus insondables de
l’univers. Aidés par la photographie, ces instruments nous ont
révélé l’existence d’une immense quantité
d’étoiles encore inconnues, dont beaucoup surpassent notre soleil
en grandeur.
Plus importante
encore est la découverte de ces nébuleuses composées
de masses gazeuses incandescentes, animées d’un mouvement de
rotation. Ce sont des systèmes solaires en voie de formation
; leur existence donne à la théorie de Kant et Laplace
sur l’origine de ces systèmes un grand degré de probabilité.
L’une des plus remarquables de ces nébuleuses est celle d’Andromède,
qui est d’ailleurs visible à l’œil nu. Son image photographique
obtenue par l’astronome anglais Roberts montre les diverses phases de
ce développement.
Les instruments
astronomiques modernes nous ont également renseignés sur
la constitution de la surface lunaire. On peut dire que la sélénographie
de la face de notre satellite tournée de notre côté
est plus avancée que la géographie de certaines régions
de la terre. Il en est de même, avec quelques restrictions, des
découvertes faites à la surface de la planète Mars.
La signification des formations aperçues nous est d’ailleurs
encore inconnue. On sait que, d’après certains astronomes, elles
pourraient être l’œuvre d’êtres doués de raison.
C’est au
XIXème siècle également qu’appartient la découverte
de la planète Neptune. On peut la considérer comme un
des plus grands triomphes de l’astronomie, puisque le calcul mathématique
démontrait l’existence d’un corps céleste que le télescope
ne découvrit qu’en 1846 avec Leverrier et Gall.
De même
en se basant sur les mouvements particuliers de la magnifique étoile
fixe Sirius et sur les lois de la gravitation, on avait reconnu qu’il
s’agissait d’une étoile double, vingt ans avant que Clark, de
Boston, ne réussit, le 31 janvier 1862, à découvrir
le satellite en question. Cette découverte fut l’argument le
plus puissant en faveur de la vérité universelle de la
loi d’attraction des masses.
Le XIXème
siècle vit s’augmenter dans de fortes proportions le nombre de
petites planètes ou astéroïdes ; il s’élève
maintenant à plus de quatre cents. Or, on sait qu’au début
du siècle le philosophe Hegel avait déclaré, en
se basant sur des raisons spéculatives, que, dans l’espace situé
entre Mars et Jupiter, il ne pouvait pas exister d’autre planète.
Ce philosophe ignorait d’ailleurs aussi totalement l’astronomie que
son précurseur Fichte, qui allait jusqu’à dire, en 1794,
que la science arriverait à déduire la structure des plantes
et le mouvement des corps célestes d’un principe fondamental,
indépendamment de toute observation. Cette prédiction
n’est pas près de se réaliser. Comme on devait s’y attendre,
le grand philosophe finit par tomber dans le mysticisme.
Enfin l’étude
des météorites est tout entière du XIXème
siècle. On sait en effet que, jusqu’à la fin du siècle
précédent, les récits concernant ces chutes de
pierres étaient considérés comme fabuleux et qu’au
sein même de l’Académie Française Lavoisier avait
coupé court à toute discussion en affirmant qu’il n’y
avait pas de pierre dans le ciel et que, par suite, il ne pouvait en
tomber sur la terre. Ce fut seulement la chute de Laigle en Normandie,
en 1804, qui convainquit les plus incrédules. Plus tard, Chaldni
reconnut la véritable nature des météorites. Composées
de fer et d’autres minéraux elles nous donnent les plus précieux
renseignements sur la constitution des planètes, dont elles ne
sont probablement que des fragments, et, par analogie, sur celle des
couches profondes de notre globe. Leur étude est un des chapitres
les plus intéressants d’une science toute nouvelle que M.Stanislas
Meunier a appelé la géologie comparée.
Avant d’abandonner
l’astronomie, rappelons que la photographie a été utilisée
au service de cette science et qu’elle lui a permis d’obtenir des résultats
dont on ne comprendra seulement la valeur plus tard, notamment au point
de vue de l’établissement de la carte du ciel et de l’étude
des mouvements relatifs des étoiles. |