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Sur la trace de Nives - Erri de Luca "Il avait eu un sacré fils, détaché de la maison en fin de lycée, peu revu. Son regret : "Qu'ai-je pu lui donner ?" Il m'avait donné ses livres que j'avais trouvés empilés et prêts dans la pièce du sommeil, papier respiré la nuit et feuilleté le jour. Et puis, il m'avait donné les chants de la montagne de Noël. Ses yeux ne pouvaient pas voir les montagnes qu'il me désignait, je les ai reçues également. Je me suis persuadé qu'il yavait pour moi des écritures et des montagnes. Dans cette tente, j'ai sur moi un de ses pulls apporté jusqu'ici pour avoir quelque chose de lui. Je suis dans ses manches, mon cou se trouve là où sortait le sien. J'ai écrit les livres qu'il n'a pas écrits, j'ai escaladé les montagnes qu'il aurait voulu escalader. Je suis son fils parce que j'ai hérité de ses désirs. On n'hérite pas d'un grenier, d'une maison, mais de la pénurie, du devoir laissé, de la provision ratée. Pour pourver quoi ? Qu'on est davatage capable ? Pour moi, ça ne tient pas. J'ai cru au contreaire lui devoir un dédommagement pour l'avoir affligé. Quand j'écris, je chuchote parce que je pense qu'il est resté aveugle, même là où il est, et qu'il n'arrive pas à lire la page derrière mon épaule. Il aimait les histoires et je suis encore là pour les lui raconter." (Page 119) |
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La Perte en héritage - Kiran Desai "La bibliothèque du Gymkhana Club était une salle mal éclairée aux allures de morgue, où flottait l’odeur musquée, si douceâtre et forte qu’elle était à peine supportable, des vieux livres. Les titres des ouvrages avaient deupis longtemps disparu dans les ondulations des couvertures gondolées ; certains livres n’avaient pas été touchés depuis cinquante ans et se délitaient au moindre contact, répandant des lamelles de colle semblables à des fragments chitineux d’insectes morts. Les pages portaient les empreintes en pointillé de fougères depuis longtemps désintégrées et étaient creusées par les termites de galeries qui évoquaient une installation de plomberie. Le papier jauni dégageait un relent légèrement acide et s’effritait en une mosaïque de fragments à peine perceptibles au toucher,, ailes de papillon translucides au seuil de la poussière éternelle. " (Pages 379-380) |
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L'Art de la joie - Goliiarda Sapienza "J’appris à lire les livres d’une autre façon. Au fur et à mesure que je rencontrais certains mots, certains adjectifs, je les sortais de leur contexte et les analysais pour voir s’ils pouvaient être employés dans « mon » contexte. Dans cette première tentative d’identifier le mensonge caché derrière les mots qui avaient, y compris sur moi, un pouvoir de suggestion, je m’aperçus de combien d’entre eux et donc de combien de fausses idées j’avais été victime. Ma haine grandit jour après jour ; la haine de se découvrir trompé. Je trouvai les mots pour tuer Carmine. Je déccouvris ce que savent tous les poètes, que l’ont peut tuer avec les mots, et pas seulement avec un ocuteau ou du poison." (Page 164) |
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Comme un roman - Daniel Pennac "Peu
d’objets éveillent, comme le livre, le sentiment
d’absolue propriété. Tombés
entre nos mains, les livres deviennent nos esclaves –
esclaves, oui, car de matière vivante, mais esclaves
que nul ne songerait à affranchir, car de feuilles
mortes. Comme tels, ils subissent les pires traitements,
fruits des plus folles amours ou d’affreuses fureurs.
Et que je te corne les pages (oh ! quelle blessure, chaque
fois, cette vision de la page cornée ! «
mais c’est pour savoir où j’en suiiiiis
! ») et que je te pose ma tasse de café sur
la couverture, ces auréoles, ces reliefs de tartines,
ces taches d’huile solaire… et que je te laisse
un peu partout l’empreinte de mon pouce, celui qui
bourre la pipe pendant que je lis… et cette Pleïade
séchant piteusement sur le radiateur après
être tombée dans ton bain (« ton bain
, ma chérie, mais mon Swift ! »)… et
ces marges griffonnées de commentaires heureusement
illisibles, ces paragraphes nimbés de marqueurs
fluorescents… ce bouquin définitivement infirme
pour être resté une semaine entière
ouvert sur la tranche, cet autre prétendument protégé
par une immonde couverture de plastique transparent à
reflets pétroléens… ce lit disparaissant
sous une banquise de livres éparpillés comme
des oiseaux morts… cette pile de Folio abandonnés
à la moisissure du grenier… ces malheureux
livres d’enfance que plus personne ne lit, exilés
dans une maison de campagne où plus personne ne
va… et tous ces autre sur les quais, bradés
aux revendeurs d’esclaves… |
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La petite chartreuse - Pierre Péju A la seule vue d’une couverture, blanche ou bariolée, Vollard est capable d’identifier presque instantanément une édition, sa date approximative, une collection, un titre, un auteur, mais bien vite, sa mémoire exceptionnelle se met à lui imposer de larges passages, des fragments de longueur variable qu’il a retenus au fil des années, dès la première lecture. Oui, Vollard peut reconnaître n’importe quel livre, même lu il y a longtemps, tandis que le murmure transparent se met à sourdre dans sa tête, à couler, à enfler, à déborder jusqu’à agiter parfois silencieusement ses lèvres. Souvent, il revoit avec exactitude le texte imprimé dont le ruban se déroule à l’arrière de sa vue. Mémoire étonnante. Mémoire exclusivement textuelle du libraire Vollard qui abrite, au fond de sa carcasse, la chair intacte et fraîche, la fibre toujours vivante de milliards de mots avalés, mâchés, remâchés, ruminés, en une interminable jouissance. Une scène romanesque lui revient fidèlement, associée à une page, une typographie, une odeur de colle et de papier, et même des blancs, une ponctuation, la cassure brutale d’un mot dont une moitié se penche au-dessus du vide d’une fin de ligne en se cramponnant au trait d’union, et dont l’autre moitié, blessée elle aussi, débute tristement la ligne suivante. (Page 62-63) |
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Une histoire de la lecture - Alberto Manguel Moi aussi, je lis au lit. Dans la longue succession des lits où j'ai passé les nuits de mon enfance, dans des chambres d'hôtel inconnues où les phares des voitures balayaient en passant le plafond de lumières étranges, dans des maisons dont les odeurs et les bruits ne m'étaient pas familiers, dans des villas de vacances poisseuses d'écume marine ou dans des chalets où l'air des montagnes était si sec qu'on plaçait à côté de mon lit un bassin fumant de vapeur d'eucalyptus afin de m'aider à respirer, la combinaison du lit et du livre me procurait une sorte de foyer où je savais pouvoir revenir, soir après soir, sous n'importe quels cieux. Personne ne m'appellerait pour me prier de faire ceci ou cela; immobile sous les draps, mon corps ne demandait rien. Ce qui se passait se passait dans le livre, et c'était moi qui racontais l'histoire. La vie se déroulait parce que je tournais les pages. Je ne crois pas pouvoir me rappeler joie plus grande, plus complète, que celle d'arriver aux quelques dernières pages et de poser le livre, afin que la fin ne se produise pas avant le lendemain, et de me renfoncer sur l'oreiller avec le sentiment d'avoir bel et bien arrêté le temps. Je savais que tous les livres ne sont pas bons à lire au lit. Les romans policiers et les contes fantastiques étaient pour moi les plus favorables à un sommeil paisible. Pour Colette, le livre parfait dans le silence de la chambre à coucher était Les misérables, avec ses rues et ses forêts, ses courses dans de sombres égouts et sur des barricades au milieu des combats. W.H. Auden était du même avis. Il suggérait qu'un certain contraste est nécessaire entre le livre qu'on lit et l'endroit où on le lit. «Je ne peux pas lire Jefferies dans les collines du Wiltshire, disait-il, ni feuilleter des limericks dans un fumoir.» C'est sans doute vrai; on peut éprouver une impression de redondance à explorer sur la page un monde semblable à celui dont on est entouré au moment même où on lit. Je pense à André Gide plongé dans Boileau sur le bateau descendant le fleuve Congo, et le contrepoint entre la luxuriance désordonnée de la végétation et le formalisme ciselé des vers du XVIIe siècle me paraît tout à fait pertinent. |
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Les jours fragiles - Philippe Besson Je m’emploie à lui faire la lecture. Je vois bien que je l’ennuie parfois et qu’il contemple le ciel par la fenêtre de la chambre alors que je lis, mais tant qu’il ne me prie pas de m’interrompre, je continue. Je l’aide à traverser les jours comme je peux. Il
profère des jurons lorsque je lui propose de
la poésie. Il me crie qu’il refuse d’écouter
pareilles balivernes. La poésie l’exaspère,
le rend presque furieux. Je suppose qu’en manifestant
une telle colère, c’est à son passé
qu’il s’en prend, même s’il
m’assure que ce sont les poèmes que je
choisis qu’il exècre. Il a «pissé»
sur ses vers autrefois, m’assure-t-il, et, s’il
avait encore ses deux jambes valides, nul doute qu’il
se dresserait sur elles et qu’il pisserait à
nouveau sur ces «borborygmes indignes».
Son mépris pour la médiocrité et
la boursouflure n’est pas retombé. Ses
injures en donne l’exacte mesure. |
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Une histoire de la lecture d'Alberto Manguel Moi aussi, je lis au lit. Dans la longue succession des lits où j'ai passé les nuits de mon enfance, dans des chambres d'hôtel inconnues où les phares des voitures balayaient en passant le plafond de lumières étranges, dans des maisons dont les odeurs et les bruits ne m'étaient pas familiers, dans des villas de vacances poisseuses d'écume marine ou dans des chalets où l'air des montagnes était si sec qu'on plaçait à côté de mon lit un bassin fumant de vapeur d'eucalyptus afin de m'aider à respirer, la combinaison du lit et du livre me procurait une sorte de foyer où je savais pouvoir revenir, soir après soir, sous n'importe quels cieux. Personne ne m'appellerait pour me prier de faire ceci ou cela; immobile sous les draps, mon corps ne demandait rien. Ce qui se passait se passait dans le livre, et c'était moi qui racontais l'histoire. La vie se déroulait parce que je tournais les pages. Je ne crois pas pouvoir me rappeler joie plus grande, plus complète, que celle d'arriver aux quelques dernières pages et de poser le livre, afin que la fin ne se produise pas avant le lendemain, et de me renfoncer sur l'oreiller avec le sentiment d'avoir bel et bien arrêté le temps. Je savais que tous les livres ne sont pas bons à lire au lit. Les romans policiers et les contes fantastiques étaient pour moi les plus favorables à un sommeil paisible. Pour Colette, le livre parfait dans le silence de la chambre à coucher était Les misérables, avec ses rues et ses forêts, ses courses dans de sombres égouts et sur des barricades au milieu des combats. W.H. Auden était du même avis. Il suggérait qu'un certain contraste est nécessaire entre le livre qu'on lit et l'endroit où on le lit. «Je ne peux pas lire Jefferies dans les collines du Wiltshire, disait-il, ni feuilleter des limericks dans un fumoir.» C'est sans doute vrai; on peut éprouver une impression de redondance à explorer sur la page un monde semblable à celui dont on est entouré au moment même où on lit. Je pense à André Gide plongé dans Boileau sur le bateau descendant le fleuve Congo, et le contrepoint entre la luxuriance désordonnée de la végétation et le formalisme ciselé des vers du XVIIe siècle me paraît tout à fait pertinent. |
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C'est
par hasard que je retrouve votre boutique, sans la chercher,
sans même y penser, à un moment, je lève
les yeux et la vitrine est là. |
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Sonietchka - Ludmila Oulitskaïa Elle
avait pour la lecture un talent peu ordinaire, peut-être
même une sorte de génie. Les mots imprimés
avaient sur elle un tel empire qu’à ses yeux,
les personnages imaginaires existaient au même titre
que les êtres vivants, que ses proches, et les nobles
souffrances de Natacha Rostov au chevet du prince André
mourant avaient la même authenticité que
le chagrin déchirant qu’éprouva sa
sœur lorsqu’elle perdit sa petite fille de
quatre ans par suite d’une négligence stupide.
(…) |
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Les amants du Spoutnik - Haruki Murakami : Nous nous ressemblions, Sumire et moi : nous partagions
la même passion pour la lecture. Lire nous était
aussi naturel que respirer. Au moindre moment libre,
il nous fallait nous asseoir seuls dans un coin tranquille
et tourner les pages d'un livre. Des romans japonais,
étrangers, modernes, classiques, d'avant garde
ou des best-sellers, tout ce qui pouvait être
source de stimulation intellectuelle nous était
bon. Nous dévorions tout ce qui nous tombait
sous la main. Il nous suffisait d'entrer dans une bibliothèque
ou à Kanda, le quartier des librairies d'occasion,
pour être sûrs de passer une journée
agréable. Je n'avais encore jamais rencontré
quelqu'un qui éprouvât une passion aussi
vaste et profonde que la mienne pour la lecture, et
je suis sûr qu'il en allait de même pour
Sumire. (...) |
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Les confessions - Jean-Jacques
Rousseau
Je sentis avant de penser : c’est le sort commun de l’humanité. Je l’éprouvai plus qu’un autre. J’ignore ce que je fis jusqu’à cinq ou six ans ; je ne sais comment j’appris à lire : je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c’est le temps d’où je date sans interruption la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants ; mais bientôt l’intérêt devint si vif, que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu’à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux : « Allons nous coucher ; je suis plus enfant que toi. » En peu de temps j’acquis, par cette dangereuse méthode, non seulement une extrême facilité à lire et à m’entendre, mais une intelligence unique à mon âge sur les passions. Je n’avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m’étaient déjà connus. Je n’avais rien conçu, j’avais tout senti. Ces émotions confuses, que j’éprouvais coup sur coup, n’altéraient point la raison que je n’avais pas encore ; mais elles m’en formèrent une d’une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l’expérience et la réflexion n’ont jamais bien pu me guérir. |
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Vivre pour la raconter - Gabriel García Márquez «
Des livres, ce sont des livres ! » |
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Mon Pays réinventé - Isabel Allende Mon enfance n’a pas été joyeuse, mais assurément intéressante. Je ne m’ennuyais pas grâce aux livres que mon oncle Pabo, qui à cette époque était encore célibataire et vivait avec nous. C’était un lecteur impénitent ; ses livres s’empilaient par terre, couverts de poussière et de toiles d’araignées. Il les volait sans le moindre remord dans les librairies, chez des amis, considérant que tout matériel imprimé – hormis le sien – était patrimoine de l’humanité. Il
m’autorisait à les lire, car il avait projeté
de me transmettre son vice de la lecture à n’importe
quel prix : il me fit cadeau d’une poupée
lorsque j’eus terminé de lire Guerre et Paix,
un gros livre écrit tout petit. |
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Septentrion - Louis Calaferte Coïncidence
singulière qui ne vaut sans doute pas qu’on
épilogue, mais littérature et solitude sont
les deux mots qui m’ont le plus intrigué
lorsque je les ai entendus pour la première fois. |
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Enfance - Nathalie Sarraute Voici enfin le moment attendu où je peux étaler le volume sur mon lit, l’ouvrir à l’endroit où j’ai été forcée de l’abandonner… Je m’y jette, je tombe… impossible de me laisser arrêter, retenir par les mots, par leur sens, leur aspect, par le déroulement des phrases, un courant invisible m’entraîne avec ceux à qui de tout mon être imparfait mais avide de perfection je suis attachée, à ceux qui sont la bonté, la beauté, la grâce, la noblesse, la pureté, le courage mêmes… je dois avec eux affronter des désastres, courir d’atroces danger, lutter au bord de précipices, recevoir dans le dos des coups de poignard, être séquestrée , maltraitée par d’affreuses mégères, menacée d’être perdue à jamais… et chaque fois, quand nous sommes tout au bout de ce que je peux endurer, quand il n’y a plus le moindre espoir, plus la plus légère possibilité, la plus fragile vraisemblance… cela nous arrive… un courage insensé, la noblesse, l’intelligence parviennent juste à temps à nous sauver. C’est un moment de bonheur intense… |
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Lizka et ses hommes - Alexandre Ikonnikov Jusque-là,
Lizka avait été une lectrice peu acharnée,
mais à présent, que ce fût par désœuvrement
ou parce qu’elle pensait trouver dans des livres
quelques-unes des réponses aux questions qu’elle
se posait, elle s’était mise à aimer
lire des romans. Romans
d’amour, d’aventures, romans historiques,
policiers, tous la captivaient, l’entraînaient
corps et âme dans un autre monde, un monde fascinant,
mais, en même temps, aucun ne lui donnait d’instructions
pour agir, aucun ne répondait à la question
essentielle qui la hantait : comment poursuivre son
existence. Dans
les romans, les héros n’étaient
pas du tout confrontés à la pénurie,
ils ne recevaient pas de Lopoukhov des colis envoyés
par leur mère, avec des pommes de terre, de la
confiture et un peu d’argent. Ils se battaient
avec courage, ils aimaient avec passion, ils accomplissaient
des actes audacieux, fous, et pour autant personne ne
songeait à les punir. Ils ne connaisaient pas
les rayons vides dans les magasins, les samedis léninistes
et les stages annuels obligatoires de défense
civile. Ce
n’étaient pas des personnes réelles,
comme elle, Lizka, mais seulement des personnages inventés
pour exister quelques jours, en somme, le temps de sa
lecture. Pages 59-60 |
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"Solitude,
liberté, je ne savais pas encore que tous les mots
sont doubles, et duplices, en jumeaux ennemis. J’ignorais
leur duplicité, mais je leur avais quand même
une méfiance intermittente. Ils n’étaient
pas fiables, je l’avais pu voir ; ils ne tenaient
leur sens qu’à grand-peine, cela dont ils
avaient la garde. |
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«Le petit toit que forment les livres lorsqu’on les entrouvre, tranche tournée vers le ciel, est le plus sûr des abris», écrit «Je crois que la lecture peut nous sauver, réellement, dit-elle. Certains auteurs, dans les moments de crise, ou d’extrême fragilité, nous sauvent, parce qu’ils nous font entendre une voix amie, et qu’ils nous donnent des forces. |
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