FARRAGO

Yann Apperry

 

 

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« Soudain, une étoile filante a traversé le ciel. « Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin. »

"Je crois que l'humanité du livre est très adolescente, surtout les personnages d'Homer et d'Ophelia, qui sont dans une incompréhension totale de ce qui leur arrive. Ils ne sont pas avantagés par la vie, mais ils n'ont pas peur de mourir." Yann Apperry


Fiche :


Auteur Yann Apperry
Editeur Lgf
Collection Ldp, numéro 30314
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2253112720

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

« Soudain, une étoile filante a traversé le ciel. « Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin. »

L’homme qui chuchote ainsi dans la nuit se nomme Homer Idlewilde. Vagabond établi, bon à rien exemplaire, éternel ahuri, il se promène jour après jour d’un bout à l’autre du comté de Farrago, petite bourgade de la Californie du Nord perdue dans les collines et qui, selon l’adage, se flatte d’avoir toujours trente ans de retard sur les événements. Nous sommes en 1973, les B-52 pilonnent Hanoi, les astronautes sont sur la lune, mais les Farragoans demeurent fidèles à l’hymne de leurs ancêtres… Far away, long agoFarrago…

A cette autre face de l’Amérique, retirée, laborieuse, dérisoire, mais également contemplative, mystique, indomptable, dont l’ardeur conquérante, achoppant à l’Océan Pacifique, s’est réfugiée dans les cœurs, l’animant d’une attente sans objet et de rêveries sauvages. Cette Amérique native et détraquée, c’est celle de Homer et des êtres qui peuplent sa vie : Elijah le taciturne, qui songe depuis vingt-ans à ouvrir une forge et ne quitte jamais son tabouret ; Duke, l’illuminé du dépotoir, borgne et voyant, roi des pancakes et amoureux des montagnes ; Fausto, l’épicier au passé obscur, ascète et érudit, sage parmi les sages ; Ophelia, fille farouche du bordel aux aspirations hollywoodiennes ; le Révérend Poach, prêtre vieillissant en mal d’inspiration divine. Homer, avant cette nuit fatidique où sa condition de pauvre cloche à la dérive lui est révélée, s’est contenté de tuer le temps dans un présent perpétuel, passant d’une vie à l’autre, du lupanar à l’épicerie, de la bicoque d’Elijah à la décharge municipale, sans jamais s’interroger sur sa propre existence. Dans un éclair de lucidité, il réalise soudain ce qu’il désire plus que tout, à l’image de Fausto, qui vient de lui révéler son passé, mais aussi bien de Duke, le saint du dépotoir, ou de Sitting Bull, le chef des Sioux, dont il admire les hauts faits depuis l’enfance. Ce que souhaite désormais Homer, c’est s’inscrire dans le temps, posséder une histoire, devenir le héros de sa propre vie. À l’instant où il formule cette prière, il ne sait pas qu’il vit ses derniers instants de tranquillité. Le jour même, les événements vont s’emballer, entraînant Homer, mutatis mutandis, dans une odyssée tour à tour triomphale et catastrophique au terme de laquelle il reviendra à lui-même et pourra écrire, dans ce livre qui est son témoignage : « Je n’ai peut-être pas changé de vie, mais j’ai quand même appris quelque chose. J’étais Homer. Je suis Homer. Ça peut paraître idiot, mais c’est la meilleure façon que j’ai trouvée de le dire. » En cours de route, Homer se fiancera à Ophelia, mettra fin aux agissements d’une bande de pollueurs, participera à une opération de sauvetage dans les mines de Tuskegee Heights, poursuivra l’ancien maquereau d’Ophelia dans la forêt, sera accusé de son meurtre, fuira dans les montagnes en compagnie de Duke et de son amoureuse pour revenir en héros au village. À travers chacun de ses épisodes entremêlés, c’est une même question qui toujours se posera à lui : qu’est-ce que c’est, vivre une histoire ? Que signifie donc le fait d’être « quelqu’un ».

Au terme de son voyage, il n’aura peut-être pas répondu à la question, mais il saura au moins que le « destin » est tout juste bon à raconter des histoires… »

© Editions GrasseT et Fasquelle, 2003

 

Extrait :

Pendant combien de temps l’ai-je poursuivie à travers les collines de Farrago ? Je n’en ai pas la moindre idée. Il me semblait qu’Ophelia ne me fuyait pas, bien au contraire, qu’elle nous frayait un chemin, qu’elle nous ouvrait la voie, à elle comme à moi, et que j’allais la suivre, ainsi, jusqu’au bout du monde et jusqu’à la fin des temps. J’étais ivre de joie, je ne sentais plus mes jambes, mes pieds ne touchaient plus le sol, je volais moi aussi, mais le plus étrange, dans tout ça, était le sentiment que j’avais de filer droit, sans détour, à la surface d’un monde où les obstacles, les virages, les raccourcis, les zigzags n’avaient aucun sens. Ophelia formait avec moi une ligne mouvante dont nous étions les deux croix, comme sur le dessin de Fausto, une ligne dont elle était la tête et dont j’étais la queue et qui se déplaçait sur la terre sans jamais s’infléchir. Il n’y avait plus de différence entre les distances terrestres et les distances à vol d’oiseau, il n’y avait plus qu’un trajet infini, un espace entre deux points qui étaient nos deux corps et que rien ne viendrait jamais combler, comme si l’important dans l’histoire, c’était la ligne elle-même, ce n’était pas elle, ce n’était pas moi, mais ce fil invisible tendu entre nos deux vies.

Entre un point et un autre, le chemin le plus court est l’amour, j’ai pensé, et j’ai compris que toutes les souffrances de l’humanité provenaient d’un même malentendu. Les hommes couraient après un but et n’arrivaient pas à l’atteindre, tombaient amoureux et n’arrivaient pas à aimer, se rendaient quelque part et se plaignaient du voyage, voyaient le temps filer et craignaient de mourir avant d’être vieux, vieillissaient quand même et vivaient dans l’obsession de leur fin prochaine, les hommes ne prenaient en compte que le point de départ et le point d’arrivée et oubliaient le chemin qui passe entre les deux. Or ce chemin existe quoi qu’il arrive, on ne peut ni l’allonger ni le réduire, on peut au mieux le reconnaître, et pour mon compte, c’est en courant derrière Ophelia que je l’ai reconnu. Cette intuition du chemin, je ne la devais qu’à mon amour, mais j’en étais fier malgré tout. (Pages 209-210)

 

Critique/Presse :

Farrago a tout d'un roman américain. Sauf son auteur, jeune écrivain français de 31 ans, lauréat du prix Médicis en 2000 pour Diabolus in Musica. Fils naturel de Thomas McGuane et de John Kennedy Toole, Yann Apperry se lance aujourd'hui dans l'odyssée burlesque. A Farrago, sinistre bourgade de la Californie du Nord, la route d'Homer Idlewide, vagabond orphelin et éternel ahuri, croisera celles de Duke, d'Elijah, de Fausto, d'Ophélia...ces oubliés de l'Amérique profonde. De catastrophes prévisibles en triomphes modestes, il partira à la rencontre de lui-même. Pour tenter de devenir le héros de sa propre vie. «Soudain une étoile filante a traversé le ciel. «Fais un voeu», a dit Fausto. Je n'ai pas hésité: «Je souhaite avoir un destin, j'ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.»» Homer verra son souhait se réaliser et Yann Apperry gagne son pari: il tire de ce destin une histoire émouvante. Lire, novembre 2003

On sourit beaucoup à la lecture de Farrago. On se prend vite d'amitié pour des personnages hors norme, d'autant plus attachants qu'ils vivent à des années-lumières de l'Amérique urbaine et industrielle qui sort de la guerre du Vietnam et envoie des hommes sur la lune. Le temps s'est arrêté à Farrago et Yann Apperry en profite pour nous délivrer un roman truculent à mi-chemin entre un Tom Sawyer contemporain et une évocation des Valeureux d'Albert Cohen. Joël Fompérie © Jowebzine.com - Novembre 2004

Petite remarque perso : Une jolie tendresse pour Farrago ! Et à chaque page un sourire. Une sorte de naïveté éclaire ce livre. Une naïveté qui n'a rien de péjoratif, bien au contraire. Homer jette sur la vie un regard empreint d'une simplicité désarmante. N'est-ce pas finalement ainsi que l'on touche à l'essentiel ? Un éclat particulier. Et plus on avance dans la lecture, moins on a envie qu'elle se termine.

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