Eric HOLDER

 

La correspondante
 
Hongroise

 

Liste des auteurs
«A ses débuts, l’écrivain est comme un musicien qui pique des plans à ses aînés. Un peu de Giono ici, un peu de Queneau là… Après, il faut enlever les trucages».

 

BIOGRAPHIE :

1960
Naissance à Lille dans une famille bourgeoise de Calais, qui a bâti sa fortune dans la boulangerie.

1968
Ses parents quittent le Nord et plaquent le confort établi pour le Sud et Saint-Tropez. Son père lâche son métier d’assureur et exerce toutes sortes de professions, dont celle de métayer à Ramatuelle. Au contact de Bibi, charpentier de marine et colporteur de littérature, Eric Holder lit Henri Miller, Jack Kerouac et Blaise Cendrars.

1975
Les fleurs du mal dans sa poche, il fugue. Chaque jour, sur la page de garde, il note les étapes de son périple. Les flics le cueillent à Paris. Retour au lycée où il rencontre Delphine, sa future femme.

1976
Il remet un premier manuscrit à Christiane Rochefort, une cliente de sa mère, vendeuse de laine sur le marché de Saint-Tropez. La romancière le confie à André Bay, chez Stock, qui le refuse tout en encourageant l’adolescent à se remettre au travail.

1979
Il obtient son bac et étudie pendant un an le chinois à l’université d’Aix-en-Provence. A cette époque, il devient garde-malade. Une expérience cruciale qui lui inspire d'abord un court récit, La Chinoise, puis L’homme de chevet, qui paraît en 1995.

1980
Il monte à Paris et multiplie les petits boulots.

1984
Eric Holder ouvre avec Nouvelles du Nord, recueil de deux textes, le catalogue d’une nouvelle maison d’édition, Le Dilettante. Il est convié à son premier Salon du livre à Esbly, une petite ville de Seine-et-Marne.

1985
A vingt-cinq ans, il publie son premier roman, Manfred ou l’hésitation, au Seuil.

1986
Naissance de sa fille Lola.

1989
Le prix Fénéon lui est décerné pour Duo forte, publié chez Grasset.

1990
Naissance de son fils Théo. Il quitte Paris et s’exile, avec femme et enfants, à Thiercelieux, un hameau de cinquante âmes en Seine-et-Marne ; «Il est inutile de chercher le nom sur une carte». Là il épure son style, «pour être le plus sincère possible», et assure qu’avant ce changement son existence et ses livres n’avaient pas d’intérêt. Désormais il alterne recueils de nouvelles au Dilettante et romans chez Flammarion.

1994
La belle jardinière, édité au Dilettante, obtient le prix Novembre.

1996
Il reçoit le prix Roger-Nimier pour les nouvelles d’En compagnie des femmes, au Dilettante. Flammarion publie Mademoiselle Chambon, ou l’histoire d’amour d’Antonio, le maçon portugais et de Véronique, l’institutrice.

1998
Publication de Bienvenue parmi nous, la confrontation entre Taillandier, artiste peintre de 62 ans en proie au suicide, et une jeune fille perdue. Deux générations, deux milieux, deux souffrances qui vont s’enrichir l’un l’autre.

2000
Dans La correspondante, Eric Holder met en scène les échanges épistolaires d’un écrivain avec Geneviève, une lectrice. Une aventure qui lui est réellement arrivé.

Août 2002
Eric Holder signe Hongroise, chez Flammarion. La rencontre entre un écrivain, Eric, et un médecin retraité, Claude, qui habite le village voisin. Un roman en partie autobiographique.
par Julien Bordier

Eric Holder dans sa maison bleue
par Alexie Lorca
Lire, juillet 2002 / août 2002


Il habite à la campagne dans une maison ouverte à tous les vents et aux amis. Une façon de vivre qui a transformé son regard et ses personnages, désormais «à hauteur d'homme».

On attend les vastes aplats briards et la route s'offre en toboggans, bordée de champs pentus et de villages blottis dans les arbres. Qu'importe. Eric Holder est intemporel. De nulle part, de partout, de chez nous, ses lecteurs, avec ses personnages si proches qu'ils nous font basculer à l'intérieur de nous-mêmes. Des personnages qui n'en finissent pas de fuguer pour mieux revenir à la maison. La maison, c'est la Maison bleue dans le hameau de Thiercelieux, «extrême pointe de la Seine-et-Marne», à trois kilomètres de la Marne et à quelques jets de pierre de l'Aisne. Un carrefour, un éventail qui, de quelque côté que l'on regarde, ferme un horizon et en ouvre d'autres. A l'image de La correspondante (J'ai lu), le dernier roman de l'écrivain. «Je peux me tromper mais je crois que ce livre est la fin de quelque chose et le commencement d'une autre. Fini de gambiller dans toutes les directions. Fini de boire. Comme le narrateur, j'ai picolé pendant vingt ans, et j'ai arrêté d'un seul coup.»

Rupture, césure? Non... Prolongement du chemin vers de nouvelles terres à découvrir, de nouveaux sens à quérir. Avec un port d'attache, «une plate-forme, un héliport»: la maison bleue. Une maison de lutins, aux huisseries azur, aux murs de pierre couverts de rosiers jaunes. Une fermette datant du XIXe siècle, qui se prolonge sur un long jardin où l'écrivain plante régulièrement des arbres. Pas de sonnette. Ici on frappe. Un chat jaillit de la chatière et s'enfuit. La porte s'ouvre sur une enfilade de deux pièces. Dans la seconde, une immense cheminée devant laquelle est couché un chien, à deux museaux des flammes. Plus prudent, un chat tigré ronronne sur un grand fauteuil. Une table de bois, un paquet de cigarettes et une cafetière. «Douze ans que nous habitons ici», murmure Eric Holder. Nous, c'est lui, Delphine et leurs deux enfants, Lola, 16 ans, et Théo, 12 ans.

La rencontre avec la région est l'effet du hasard. Eric a vingt-quatre ans quand il est convié à son premier Salon du livre à Esbly, une petite ville de Seine-et-Marne. «On a pris le train à la gare de l'Est et, trois quarts d'heure plus tard, on était en pleine campagne. On a décidé que, dès qu'on aurait trois ronds, on viendrait vivre ici.» Quelques années plus tard, c'est chose faite. «Il n'y avait qu'une grande pièce, deux chambres et une immense grange. Je ne savais pas ce qu'était une perceuse et j'ai appris à monter des murs!» sourit l'écrivain. L'homme est un «écouteur» plus qu'un causeur. Il est amical, accueillant mais ne se départ jamais de sa réserve, de son mystère. Lorsqu'il parle d'écriture, il murmure, laisse planer le silence. La voix est basse, un brin rocailleuse, ne s'anime que pour parler de la maison: «Nous avons tout fait nous-mêmes, petit à petit, pièce après pièce, pendant trois ans». Résultat, un nid ouvert aux parfums du jardin et aux amis qui passent dire bonjour, un havre charmeur et biscornu, qui traverse à pas feutrés l'univers romanesque de son propriétaire.

Jusqu'à devenir la «chaumière inattendue et bienveillante» d'Eric, le narrateur de La correspondante. «Cette maison a changé fondamentalement mon univers d'écriture. Vivre ici, c'est comme écarter les paroles vaines. Il n'y a ni bar ni église. Juste des petites maisons et une ligne d'horizon. Lorsqu'une personne arrive, elle se détache, se découpe, seule, sur cette ligne. Depuis L'ange de Bénarès, le premier roman que j'ai écrit dans cette maison, mes personnages ont pris le même relief. Ils sont à hauteur d'homme. Plus d'archétype, plus de confusion. Juste des individus. Depuis que j'ai quitté Paris, je ne peux plus dire ''les gens'', ''le public''. Ces mots m'écorchent la bouche.» Naissent ainsi des personnages tactiles, retenus et denses, en empathie avec la nature et le monde qui les entourent et qu'ils tentent d'éclairer. Ainsi du couple de Mademoiselle Chambon, Antonio, le maçon portugais, et Véronique, l'institutrice.

Il y a du Giono dans cette façon d'observer chaque être avec acuité, de décrire minutieusement leurs relations; dans cette façon, au fil des livres, d'épurer ses textes, de les rendre «plus tendus». A l'image de son jardin: «J'ai un peu perdu la passion du jardinage. Maintenant j'élague.» A l'image aussi de son bureau qui tient de l'atelier et de la cellule monastique. C'est une petite pièce blottie sous les toits - celle qu'il occupait avant est devenue la chambre de Lola. On y accède en traversant un palier aux murs tapissés de livres. Parmi les auteurs «holdériens», Philippe Jaccottet, Ludovic Janvier ou Jean-Claude Pirotte.

On enjambe une poutre et l'on entre dans le bureau. Contre le mur du fond, une petite table et une chaise. Près de la porte, un gros fauteuil; à droite des objets fétiches - un masque zaïrois représentant la parole féminine, «apaisante», des paquets de cigarettes de tous les coins du monde, des photos, des cartes postales d'amis, quelques coquillages; à gauche, une bibliothèque de dictionnaires dont une édition du Larousse datant du début du siècle et surtout un exemplaire de chaque livre du maître des lieux, et ses traductions en douze langues. A noter la version coréenne de L'homme de chevet, dont le seul mot écrit en alphabet romain n'est autre que «Thiercelieux»!

C'est ici qu'il travaille des journées entières, sans adresser la parole aux amis qu'il croise en bas lorsqu'il descend chercher une bouteille d'eau, sans prendre le temps de faire du latin avec Théo, au risque de «culpabiliser après», quand le livre est terminé. Une famille, une maison, une œuvre. Pourtant Eric Holder ne peut vivre qu'en considérant qu'il n'a rien. «A part une moto.» Pour pouvoir partir? A cette question l'écrivain se rembrunit: «Ce n'est pas joli de dire une chose pareille. Je refuse de penser à ça.»

 

BIBLIOGRAPHIE :

Hongroise, éd. Flammarion, 2002
Masculins singuliers, éd. Le Dilettante, 2001
La correspondante, éd. Flammarion, 2000
Bienvenue parmi nous, éd. Flammarion, 1998
Festins de basse-cour, éd. First éditions, 1998
Nouvelles du Nord et d’ailleurs, éd. Le Dilettante, 1998
L’orgueil (avec Jean-Didier Vincent), éd. du Centre Pompidou, 1997
L’envie (avec Eric Darrangon), éd. du Centre Pompidou, 1997
On dirait une actrice et autres nouvelles, éd. Librio, 1997
Mademoiselle Chambon, éd. Flammarion, 1996
En compagnie des femmes, éd. Le Dilettante, 1996
L’homme de chevet, éd. Flammarion, 1995
La belle jardinière, éd. Le Dilettante, 1994
L’ange de Bénarès, éd. Flammarion, 1993
Bruits de cœur, éd. Les Silènes, 1993
Les petits bleus, éd. Le Dilettante, 1990
Duo forte, éd. Grasset, 1989
La Chinoise, éd. Le Dilettante, 1987
Manfred ou l’hésitation, éd. Seuil, 1985
Nouvelles du Nord, éd. Le Dilettante, 1984

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