ICH BIN PRAGER
 
Tecia WERBOWSKI
 
Traduit du Polonais par Elisabeth Van Wilder
Aux éditions Les Allusifs
Paru en 2003
109 pages
ISBN : 2-922868-4115-9X
 
 

"C'était un fait : le journal était devenu son frère, son père, sa mère, ses chers disparus. Le journal était la soeur qu'il n'avait pas eue, la maîtresse qu'il avait eue parfois mais avec qui il parlait peu, l'épouse avec laquelle il avait vécu quelques années mais à qui ne il ne se confiait pas. Le journal était son jumeau ..."

 

Résumé :

Alexander (Sacha) Bell, jeune Anglais d’ascendance russe, s’installe à Prague en 1957 en qualité de professeur à l’Université Charles.

Reflet du passé dans ce miroir où Sacha s'observe. Qui est-il lui qui, un jour, a choisi de vivre ici alors qu'il aurait pu vivre ailleurs. Quelle quête l'a conduit dans ce pays pour lequel il ressent un si profond attachement. Ses racines ne lui viennent pas seulement de cette lointaine ascendance russe qui pourrait expliquer son penchant slave. Non, pas seulement de cela. Ces hommes, ces femmes qui se battent ou qui subissent, ces frères, ces soeurs qu'il a choisis sans véritablement pouvoir expliquer ce choix sont devenus lentement son pays. Une forme de fraternité qu'il ne retrouve pas quand il retourne passer ses vacances en Angleterre. Prague la belle, Prague, ses ombres et ses ors... ses ambiances un peu désuettes parfois... Prague la secrète, la mystérieuse qui lui offre même un jour le retour du frère jumeau perdu. Un signe peut-être...cet autre "je"... Pourtant tout change, tout passe, et Sacha demeure... Solitude... Il sera le grand témoin d'un monde. Valse des personnages, bouleversements... Sacha est là... qui regarde, qui écrit... qui vit.

Dans la grande tourmente de ce monde "de l'est", Sacha, discrètement se lie d'amitié... d'amour parfois...

 

Extrait :

"La jeunesse est si sympathique dans sa naïveté et sa certitude qu'on doit tout faire pour être heureux"

"Jusqu'alors, à Prague, la vie l'avait épargné. Une vie sous cloche, en quelque sorte. Il avait un travail qu'il aimait. Il savait qu'il ne pouvait espérer d'avancement, mais cela lui convenait. Il avait du respect pour les gens qui l'entouraient, et eux le toléraient. Et pourtant, il sentait toujours cette distance entre lui et les autres. Il lui semblait voir dans leurs yeux un reproche, une sorte d'envie, d'amertume parce qu'il était libre, lui, il était le citoyen d'un pays libre, il était un privilégié. (...) Il percevait, chez les autres, une bonne dose de mépris à son égard parce qu'il était ici alors qu'il pouvait être dans un autre monde. Ils lui faisaient grief d'être le témoin de leur humiliation et, souvent, de leur espèce de servilité à l'égard du "grand frère russe". Et Sacha consignait toutes ces impressions dans son journal."

"Quand il n'écrivait pas son journal, Sacha aimait prendre des photos de Prague. De cette Prague de tous les jours, grise, calme, modeste ou, tout à coup, de nouveau, architecturale, monumentale. Il sentait des changements dans l'air. Quelque chose devait arriver, arriverait, qui pouvait changer le visage de la ville. Il voulait être le témoin de ce que ses étudiants considéraient comme le passé, comme un hier révolu."

 

Critique/Presse :

Petite remarque perso :Une bien jolie découverte que ce roman de Tecia Werbowski. Tout en distance, tout en discrétion. Evocation presque feutrée de cette Prague dissidente, dans le "ronron" d'une vie à peine dérangée par quelques transmissions de documents, quelques réunions d'intellectuels ou quelques visites aux services de renseignements. Pourtant, le tableau est impressionniste, la réalité brutale n'affleure qu'en petite touche, dans l'émotion contenue, dans la description d'un passé où se mêlent encore les rêves perdus d'autres mondes, lointains... La silhouette de Kafka, quelques vers d'Appolinaire, un charme qui demeure au fil des pages... Sacha a choisit Prague. Il aurait pu vivre à Londres.

 

Haut de la page

Accueil