Fiche
:
L'INESPÉRÉE
[1994], 140 pages, 118 x 185 mm.
Collection blanche, Gallimard
Le même ouvrage , 120 pages Collection Folio (No 2819) (1996), Gallimard
.
Petite
remarque perso en guise de résumé :
Résumer
un livre de Christian Bobin est assez difficile. Impossible même.
Son écriture est une ambiance moelleuse, douce. Il a l'art d'énoncer
de vérités simples et d'une grande beauté. Il parle
de l'amour, de la mélancolie, du temps. Il évoque une façon
de vivre particulière, authentiquement profonde et néanmoins
aussi légère qu'une bulle d'air. Au milieu du stress de
nos vies d'aujourd'hui, il apparaît comme une sorte d'homme hors
du commun, hors du quotidien, hors de tout. Mais finalement, il semble
détenir toutes les clefs... La lecture d'un tel ouvrage fait du
bien, même si l'on sait qu'il n'est pas possible de vivre... ainsi,
si loin de la fureur du monde. Voici donc plutôt qu'une infructueuse
tentative de synthèse quelques extraits révélateurs.
Extrait
:
"Je
suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a
rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire,
le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de
sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement
seul. La pureté est la matière la plus répandue sur
la terre. Elle est comme un chien. Chaque fois que nous ne nous reposons
sur rien que sur notre coeur vide, elle revient s'asseoir à nos
pieds, nous tenir compagnie.
C'est une chose que tu m'as apprise, mon âme. Tu m'as appris beaucoup
de choses. Tu m'as d'abord enfermé dans ton rire comme un écolier
dans la classe au mois d'août, puis tu m'as rendu au monde avec
pour tout devoir de l'écrire comme il est : affreusement noir en
dessus, miraculeusement pur en dessous.
J'écris depuis que tu me lis, depuis cette première lettre
dont j'ignorais ce qu'elle pouvait dire, qui ne pouvait trouver son sens
que dans tes yeux. Je n'ai jamais rien écrit de plus que les trois
premières phrases de cette lettre : ne rien croire. Ne rien attendre.
Espèrer que quelque chose, un jour, arrive. Les mots sont en retard
sur nos vies. Tu as toujours été en avance sur ce que j'espérais
de toi. Tu as depuis toujours été l'inespérée."
" La vie en société c'est quand tout le monde est là
et qu'il n'y a personne. La vie en société c'est quand tous
obéissent à ce que personne ne veut. L'écriture c'est
une façon d'échapper à cette misère, une variation
de la solitude au même titre que l'amour ou le jeu - un principe
d'insoumission, une vertu d'enfance (p. 50)."
" Le
temps d'écrire ce texte, vous étiez devenu semblable à
eux, vous étiez devenu un écrivain professionnel, quelqu'un
qui sait faire les choses et qui, ne croyant plus qu'à ce savoir,
ne laisse plus entrer dans son cœur l'inconnu de toutes choses -
ce qui en elles est réfractaire à l'emprise de notre volonté
(p. 102). "
"Pourquoi
écrit-on des livres. Pourquoi use-t-on ses forces et ses heures
à écrire livre sur livre, à faire carrière
de la pensée ou de la beauté. Pourquoi prendre sur le sommeil,
sur l'amour, pourquoi prendre sur tout pour écrire un livre, encore
un livre. Les philosophes disent : pour la clarté. Les poètes
disent : pour la douceur. Mais, si vite qu'ils disent, ils sont en retard
sur la réponse depuis toujours venue, de partout renvoyée
: pour être aimé. Pour la gloire d'être aimé
(p. 119). "
" L'amour
vient sans raison, sans mesure, et il repart de même. Quand il est
là, on ne peut plus rien. En son absence on peut écrire,
si on veut, écrire. Avec un peu de chance l'écriture touche
à une vérité. On la mettra au frais d'un livre, on
rangera le livre à côté d'autres (p. 120). 3
"La
vérité, on ne peut l'avoir, seulement la vivre."
"Nous sommes faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que
nous aimons et de rien d'autre."
"Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et
nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé
de silence."
Critique/Presse
:
"L'inespérée"
de Christian Bobin...rien à dire, c'est très beau, je m'incline....mais...je
m'endors...pas mon truc " Maurane
Petite
remarque perso : Quand on lit Bobin on a envie que cela
ne s'arrête jamais, et puis, il faut bien l'admettre, à un
moment, il faut s'arrêter et passer à quelque chose de complètement
différent. Car il nous enveloppe de tant de douceur, de nostalgie,
une petite tristesse, un bonheur béat...
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