INTIMES CONVICTIONS

Hubert Reeves

 

 
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Fiche :

Intimes convictions

Hubert Reeves

Editions Paroles d'Aube

 

Résumé :

"Leçons d'espérance et de vie que nous propose ici, au fil de ses entretiens, l'auteur de "Patience dans l'azur". Mais Hubert Reeves nous parle également de la nature, qu'il observe et de l'être humain, dans sa relation au monde et au cosmos...de tout ce qu'il aime ou qui l'anime. Hubert Reeves nous fait part de ses plus intimes convictions."

TABLE DES MATIERES

Entretien avec André Comte-Sponville
Entretien avec Sylvie Bonnet
Entretien avec Véronique Chica
Entretien avec Charles Juliet
Entretien avec François Bon
Conversation avec Gilles Derome

" Plus j’étudie la nature, plus je prends de plaisir à m’y plonger, dit Hubert Reeves. Plus je m’y plonge, plus j’ai envie de l’étudier. […] Le printemps prend un intérêt nouveau quand on peut suivre les dates d’arrivée des fleurs sauvages et des oiseaux migrateurs. " Ne pas dissocier ce qu’on sait de ce qu’on voit. Que le savoir ne soit pas découplé du contact avec la réalité. Loin d’être incompatibles, l’émerveillement et l’analyse se complètent et s’amplifient mutuellement. "

 

Extrait :

"... Je sens un désir impérieux d'explorer le monde dans toutes ses dimensions. De quoi est faite cette réalité dans laquelle nous sommes plongés, comment fonctionne-t-elle et quelle est son histoire ? Cette soif de connaissance a été à la source de grands moments de bonheur. J'ai des souvenirs de cours qui m'ont plongé dans une véritable exaltation. Je ressens une intense gratitude pour les enseignants qui m'ont éclairé. A vrai dire, je ne vois pas comment j'aurais pu ne pas faire de la science le centre de mon existence. J'ai systématiquement refusé les propositions d'activités diverses qui ne m'auraient pas laissé le loisir de suivre les progrès de la connaissance. Au cours des siècles à venir, on continuera sans doute à percer les mystères de la réalité. L'idée que je n'en pourrai plus rien savoir me frustre infiniment."

" La mort est-elle pour vous une préoccupation? ", lui demande Charles Juliet, qui s’entretenait avec lui." Plus que la mort, je redoute la dégénérescence sénile. La dégradation physique et mentale me désole quand je la vois progresser chez mes connaissances. À certains moments où ma vie était sérieusement menacée, je me suis rassuré en pensant que j’allais peut-être ainsi en faire l’économie. " Je comprends ce qu’il veut dire et même très bien…

" Sur le plan moral, il ne semble pas que nous ayons beaucoup progressé ", lui fait remarquer son interlocuteur." L’humanité a-t-elle progressé sur le plan moral? La question n’est pas simple. Il y a certes des points positifs : la reconnaissance des droits de l’homme, la préservation des espèces végétales et animales menacées – relativement puisqu’il en disparaît tous les jours plus de 100… –, sont autant d’acquis récents d’une valeur indéniable. Rien de cela n’existait au temps de l’empire romain. Pourtant, les massacres du Rwanda rappellent que la pulsion de vengeance meurtrière est toujours présente chez les humains. Elle se ranime quand le contexte social le permet et l’active. Mais l’instauration de la démocratie et des états de droits limitent ces catastrophes. Le plus étonnant, me semble-t-il, n’est pas que certaines ethnies hostiles sortent systématiquement la mitrailleuse mais que d’autres ne la sortent pas. – Ici, il parle des Flamands, des Wallons, des francophones et des anglophones au Québec, des Noirs et des Blancs aux États-Unis, etc. puis il ajoute : – C’est peut-être là qu’il faut voir le progrès. "

Il termine cet entretien avec Charles Juliet en disant : " Je cherche à comprendre comment fonctionne ce ‘ moi ’ avec lequel je m’éveille chaque matin. " [rires]

Il y a un autre entretien sur lequel je me suis attardé encore davantage (avec Véronique Chica). C’est lorsqu’il parle, entre autres choses, de l’enseignement, de la communication, de la vulgarisation que je me sens particulièrement intéressé. Il précise d’abord qu’il a été marqué par l’exemple d’une grand-mère conteuse : " Je prends beaucoup de plaisir à raconter des histoires, affirme Hubert Reeves. Enseigner m’a toujours apporté beaucoup de gratification. Je le fais spontanément et à beaucoup de niveaux différents, de l’école maternelle à l’université. Je me suis souvent adressé à des auditoires de prisonniers. " Je pense que les scientifiques ont le devoir social de transmettre les acquisitions de la recherche à tous ceux qui s’y intéressent, poursuit-il. […] Les nouvelles connaissances scientifiques ne se contentent pas d’augmenter l’étendue de notre savoir. Elles ont parfois des implications philosophiques qui peuvent influencer le mode de la pensée humaine. Elles peuvent bouleverser notre vision du monde. "

" Les êtres humains se perçoivent maintenant comme les habitants d’un monde minuscule orbitant autour d’une étoile ordinaire à la périphérie d’une galaxie comme il y en a des milliards, résume Hubert Reeves. Dépassant le cadre purement scientifique, ce ‘ choc astronomique ’ a puissamment influencé toute la pensée philosophique. Le 19e siècle a vu Darwin provoquer le ‘ choc biologique ’, en mettant en évidence notre ascendance animale et Freud provoquer le ‘ choc psychologique ’ en découvrant au cœur de la psyché humaine, le gouffre de l’inconscient. Ces trois coups successifs allaient débouter l’humanité de ses prétentions traditionnelles et lui présenter comme dans un miroir une image beaucoup plus modeste ", précise-t-il.

" En dépit des gigantesques progrès des connaissances scientifiques, nous n’avons pas plus de réponse à la question du sens que les civilisations antérieures. "

Ayant appris que nous ne sommes pas le centre du monde, ayant compris que nous ne sommes pas le but ultime de la complexité et qu’elle pourrait bien se poursuivre sans nous, nous sommes maintenant très loin de notre orgueil antérieur."

Dans ces entretiens de Hubert Reeves, à un moment, il est question du couple, et c'est assez surprenant parce qu'il na pas beaucoup traité du sujet dans son œuvre. Il parle des rapports si difficiles entre les hommes et les femmes et de la nécessité de prendre conscience de cette difficulté pour qu’il y ait quelque espoir d’améliorer la situation. " Je ne dis pas de résoudre le problème, c’est-à-dire effacer cette tension qui ‘ structure la pensée humaine ’. Il s’agit plutôt d’arriver à modifier cette relation pour qu’elle devienne une source de richesse pour l’humanité. " " De toute évidence, dit-il, cette difficulté à reconnaître aux femmes le statut de sujet nous ramène à la relation mère-enfant. La mère enveloppe l’enfant de toutes parts, circonscrit sa réalité, s’identifie à son univers. ‘ Ils cherchent tous leur mère ’, me disait une amie déçue par ses nombreuses expériences de couple. La grande aventure humaine pour un homme consiste à se libérer de sa dépendance infantile, sans ‘ jeter le bébé avec l’eau du bain ’. C’est-à-dire à reconnaître aux femmes le droit d’existence au sens fort du mot. " Pour expliquer nos difficultés, H. Reeves rappelle le rôle que la femme a dû jouer à une lointaine époque : " La survivance précaire des sociétés primitives n’aurait pas été assurée sans l’activité des chasseurs et des guerriers. La défense du territoire, condition essentielle à l’organisation de la vie, a entraîné la sacralisation des valeurs guerrières. Aujourd’hui, la situation est différente. La vie humaine n’est plus menacée. Avec l’élevage, l’agriculture, la nourriture ne pose plus problème. Loin de chercher à éliminer les bêtes sauvages, on tente maintenant d’en préserver les derniers survivants. En contrepartie, l’industrialisation à outrance ravage notre habitat et les armes nucléaires menacent l’existence de la vie terrestre.

" Les êtres humains se perçoivent maintenant comme les habitants d’une planète minuscule orbitant autour d’une étoile ordinaire à la périphérie d’une galaxie comme il y en a des milliards. "

Fatras - Autre extrait

 

Critique / Presse :

Petite remarque perso : J'ai littéralement dévoré ce petit livre. J'avoue déjà un certain engouement pour Hubert Reeves qui date de bien avant sa grande médiatisation. Mais ces convictions-là m'ont touchée certainement à un moment où j'étais particulièrement réceptive. A lire absolument pour "s'apprendre" et se "comprendre " mieux encore. Et surtout pour voir un peu plus loin que le bout de son nez…

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