INTIMITE

Hanif Kureishi

 

 

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"Je sais que l'amour est un sale boulot ; impossible de garder les mains propres. Quand on reste sur la réserve, il ne se passe rien d'intéressant. En même temps, il faut trouver la bonne distance entre les gens. Trop près, il vous submergent ; trop loin, il vous abandonnent. Comment les maintenir dans la bonne relation ? "

"Sans amour, presque toute la vie demeure cachée." Hanif Kureishi

 

Fiche :

Auteur Hanif Kureishi
Traduction Brice Matthieussent
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3170
Nombre de pages 164 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 226402819X

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Ce soir, la cause est entendue : il ne veut plus de Susan, cette femme "dont il sait presque tout". Après six années de vie commune, quelques mensonges, par bonté, deux fils à élever (trois et cinq ans) qu'il adore, le narrateur, à bout de souffle, prépare son départ, conscient que le désir a déserté la maison. Une dernière nuit à contempler seul cette rupture, à solder pour de bon cette union, consentie pour "nous frustrer et nous punir mutuellement". [...] Kureishi déroule le drame conjugal dans ce qu'il a de plus prosaïque. Est-il possible de bien vivre ensemble ? Le bonheur ne résulterait-il pas d'un apprentissage ? A ces questions, d'apparence éculée, Kureishi renvoie sa propre expérience, ses espoirs, ses tourments, pour finir sur un contentement désabusé : "L'amour est un sale boulot ; impossible de garder les mains propres."

 

Extrait :

A quoi d’autre pourrait bien servir un père ? Voilà une question que papa n’avait pas à se poser. Etre père ne constituait pas un problème à son époque. Il était là pour faire valoir son autorité, guider, exercer la discipline et jouir de ses enfants. Il nous fallait apprécier sa personne et voir les choses comme lui. Et nous aurions de la chance de lui ressembler plus tard, avec de meilleures qualifications. C’était un homme bien. Il n’a pas fui, même s’il y a peut-être pensé.

Je prends la couverture sur le dossier du canapé et je l’étends sur mon fils.

Parfois il me donne des coups de poing et de pieds, ou il m’égratigne le visage avec ses ongles et essaie de me mordre. Il me traite de « grande grosse brute ». Si je le gronde, il sanglote. Alors, bourrelé de remords, je suis incapable de supporter l’idée que l’homme qu’il aime le plus au monde vient de se retourner contre lui. Nous avons besoin l’un de l’autre, la brute et le gamin.

Lorsque je suis absent pour quelque jours, en voyage ou en villégiature, et que je vois des enfants de leur âge dans la rue ou dans un restaurant, je ressens la panique de la séparation et je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas avec mes propres fils. A mon retour, je constate combien ils ont changé. Je ne veux pas manquer un seul instant de leur vie. Non seulement pour leur avenir, mais pour le présent, pour cet instant précis, qui est tout ce qui est.

C’est toujours à eux que je pense avant de m’endormir. Et je pars.

Pourtant, les enfants sont plus agités que d’habitude quand Susan et moi sommes ensemble avec eux, comme si nos fureurs étaient contagieuses et qu’ils pleuraient à notre place. Si nous continuions à vivre ensemble, ils rêveraient peut-être de s’en aller. Susan voulait envoyer le plus jeune « voir quelqu’un ». Je lui ai rétorqué que, lorsque les parents deviennent fous, ils envoient leur enfants chez le psychiatre.

(…)

Mon fils, il viendra peut-être un jour où je t’expliquerai certaines de ces choses, parce qu’il viendra peut-être un jour où je les comprendrai. (Pages 127 à 129)

 

Critique/Presse :

Demain, il fera beau. Jay sera heureux : il aura quitté Susan avec laquelle il vit depuis six ans. Il aura laissé derrière lui ses deux enfants. Demain, il aura fui "le chaos de la vie familiale". Mais, ce soir, il est là. Face à elle. Face à eux. Va-t-il dire quelque chose ? Va-t-il leur faire connaître sa décision, son départ ? Il raconte donc sa dernière soirée, sa dernière nuit. Une dérive aussi douce qu'abrupte. Aussi calme que tranchante. A la manière d'un coup de couteau au ralenti. Une mise en drame sans cris. Sans heurts ... Hanif Kureishi met le couple à nu. A plat. La vie heureuse en famille est, pour lui, la dernière utopie. "Intimité", un livre tendre et ravageur : à offrir, bien évidemment, en cadeau de mariage. (André Rollin, Le Canard Enchaîné, 17/06/1998)

"Intimité" est (la) première oeuvre (de Hanif Kureishi) qui ne parle ni d'immigration ni de racisme. C'est, dit-il, "un livre personnel sur les raisons de l'amour, sur les raisons de se quitter, sur la manière dont les couples utilisent leurs enfants". Le narrateur a la ferme intention de quitter sa femme irréprochable. C'est pour demain. Ce soir, il dialogue avec lui-même : il sait qu'il craint autant la solitude que la présence des autres. Il sait combien les garçons ont besoin de leur père, mais il quitte ses fils. Il sait ce que valent les illusions, mais il s'en va. Vive, limpide, cruelle, la réflexion de Hanif Kureishi pose le problème du couple avec une liberté qui fait table rase de toutes les conventions. (Lili Braniste, Lire, 01/06/1998)

C'est une histoire d'amour tragique parce que les dés sont pipés depuis longtemps. Le héros malheureux d'Hanif Kureishi cherche le sésame-ouvre-toi de sa prison sentimentale. Qui fuir d'abord ? Vers quels horizons s'envoler ensuite ? ... Afin de savoir de quel côté faire pencher la balance, partir ou rester, celui-ci s'en remet à ses deux meilleurs amis. Victor, d'abord, qui a fait imploser sa cellule familiale en désertant, Victor le solitaire heureux nourri au fish and ships et aux axiomes définitifs ... Asif, ensuite, le mari modèle, illusoire bouée de sauvetage de son naufrage ... L'essentiel de ce court roman, autobiographique il va sans dire, (est la) fascinante mise à nu et (l')autopsie sans cache-sexe d'une intimité en bouillie ... L'amour selon Kureishi ? Une goutte de perfection dans un océan d'ennui. (Fabrice Gaignault, Elle, 04/05/1998)

Scénariste de Stephen Frears et spécialiste des problèmes des minorités ethniques dans la banlieue de Londres, Hanif Kureishi raconte la soirée d'un homme qui a décidé d'annoncer à sa femme et à ses deux fils qu'il va les quitter. Ce récit autobiographique montre comment un homme se fissure entre ses tentations contraires : vouloir se délivrer de l'étouffoir conjugal mais garder la sécurité et la tendresse, rester un play-boy et ne pas devenir un barbon. Commencé sur un ton sarcastique, le livre finit mezza voce. Kureishi réussit une pathétique confession d'écrivain, un beau portrait d'homme étouffé par ses poisons intérieurs et un tournant de l'âge. (Jacques-Pierre Amette, Le Point, 25/04/1998)

Pourquoi un homme cesse-t-il d'aimer une femme ? Dans un livre dépoli et osseux, Hanif Kureishi raconte l'histoire d'une séparation. 160 pages d'une lumière crue et d'une noirceur aveuglante. De bout en bout, il y a un parti pris de lucidité et de vérité. Des détails sordides, des pensées meurtrières, des visions brutales. Des faits et gestes que l'on préférerait ignorer. Ceux de l'intimité d'un couple. Hanif Kureishi - né en Angleterre de mère anglaise et de père pakistanais - ne sait ni empaqueter, ni épousseter. L'auteur de "Black Album" et le scénariste de Stephen Frears ... écrit nerveux et douloureux ... "Intimité" raconte ce moment qui marque la fin de l'amour et le début de la haine. C'est un récit sur ce que le temps tue. C'est-à-dire à peu près tout ... "Intimité" est un récit puissant et rare qui semble écrit dans un grincement de dents. Hanif Kureishi se met à nu et se met en danger pour autopsier la mort d'un couple. (Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche, 19/04/1998)


Petite remarque perso : Un livre court, sans fioriture. L'intimité d'un couple sur le point de se dissoudre. Dernière soirée au "foyer" pour un homme qui a pris sa décision. Il va partir. Ses derniers moments avec ses enfants, ses derniers gestes mille fois répétés et qui, brusquement, n'existeront plus. Parce qu'il en a décidé ainsi, parce que rien ne va plus. Rien n'est épargné, tout est dit. Le sentiment amoureux a disparu. Restent les habitudes, et surtout, les enfants. La confession est totale et sans concessions. Il ne cherche pas à se trouver de bonnes raisons ou de mauvaises excuses, simplement, il regarde ce qu'est devenu son couple, sa famille, sa vie. La lucidité et l'honnêteté est telle que jamais le lecteur ne se sent capable de "jeter la pierre" ou de juger. Et puis, au fil des pages, tant de vérités surgissent.

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