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| Liste des auteurs | |||||
Jim Harrison est né à Grayling, Michigan, et a fait ses études à l'Université du Michigan. Il décide de devenir écrivain à l'âge de douze ans, lorsqu'il comprend que cette profession propose une façon de vivre plutôt séduisante. Dans ses premiers écrits il s'inspire largement de la vie de son père fermier, de l'origine scandinave de sa mère et de sa propre éducation en milieu rural. Il enseigne quelques temps à Stony Brook, Université de New York, dans le but de faire vivre sa femme et ses deux enfants, mais l'enseignement ne le satisfaisant pas, il retourne dans sa ferme du Michigan. Il connaît son premier succès littéraire avec sa poésie. Mais il est également célèbre pour ses romans. Jim Harrison a été lauréat du National Endowment for the Arts 1968-1969 ainsi que de la fondation Guggenheim (1969-1970). Autant de noms, autant de facettes : Un jour, il va se définir comme un écrivain mexicain qui écrit en américain - il raffole de musiques hispaniques, et la grande Cesaria Evoria l'émeut beaucoup. Un jour, il dira à un ami français, Patrick Raynal, qu'il se voit comme un "sport white trash" (c'est à dire un balourd blanc légèrement raffiné).. Son surnom est communément "Big Jim", mais son traducteur Brice Matthieussent rapporte qu'il s'appelle lui même Poor Little Jimmy. Dans sa petite enfance, vers 4 ans, son père le surnommait "Petite crotte de misère". Et ses oncles, lorsqu'il avait 7 ans, l'appelaient "Petit Castor". Quant à ses amis les indiens, ils lui donnent un nom interminable dont ils ont le secret : "celui qui va toujours au plus loin dans l'obscur et qui arrive toujours à en revenir". A propos de cette abondance de noms, il est de tradition chez les Indiens de se voir attribuer plusieurs noms au cours de son existence, au fil des événements, des évolutions, selon les chemins que chacun emprunte. Cela rejoint ce que dit Brice Matthieussent, au chapitre Métamorphoses de son livre (Jim Harrison de A à W) :" il faut donc accepter tous ces déplacements, ces glissements, méandres, détours et chutes brutales, ces flux et ces fluctuations de la personnalité, ces métamorphoses imprévues, sans jamais céder au chant des sirènes de la pétrification, de la fossilisation, d'un immobilisme trompeur." Entretien avec Jim Harrisson Par Guillaume Chérel A 60 ans, Jim Harrison est l'un des plus grands écrivains américains vivants. Né à Grayling, dans le Michigan, il n'a pas ressenti le besoin de s'exiler dans le Montana comme la plupart de ses amis. Il connut son heure de gloire avec Légendes d'automne, en 1979, adapté au cinéma, notamment grâce à l'acteur Jack Nickolson qui le finança pendant son écriture. Grand amateur de pêche et de chasse, il a pourtant horreur qu'on le compare à Hemingway. Son coeur balance plutôt du côté de Faulkner... C'est en France qu'il est le plus apprécié, les éditions 10-18 (Christian Bourgois) ont publié son oeuvre complète (Julip, son dernier roman paru en France. After he kill, un recueil de poèmes, vient d'être publié aux Etats-Unis); ça tombe bien, il aime la France et ses plaisirs culinaires... Histoire de briser la glace, l'entretien commence donc sur les vertus du vin rouge. On passe du " beaujolpif " au Romanée Conti. C'est entendu, il aime autant le bourgogne que le bordeaux. On peut donc passer aux choses encore plus sérieuses: la littérature ! Votre style a changé depuis Sorcier et Un bon jour pour mourir, des romans pleins d'humour mais très noirs. Vous avez changé de cap avec Wolf, et surtout Dalva, qui a connu un large succès. Jim Harrison: J'étais plus jeune à l'époque de Sorcier. Aujourd'hui, je n'aime plus ce livre... J'étais un peu fou, en colère. J'avais des hauts et des bas. A trente ans, on est enragé. Après, j'ai écrit Wolf. J'ai mis quelques mois à rentrer dans le personnage. Je m'étais isolé. Je vivais comme un sauvage, dans ma " cabane ". J'aime le roman noir et le policier. J'adore James Crumley, par exemple. Ma fille, Jamie, écrit aussi des polars (dans la Série Noire). Elle vient d'en finir un de 600 pages, très bon. J'en reviens pas d'avoir fait une gentille fille qui écrit des choses si sombres... Nous venons d'écrire un scénario tous les deux. Elle a trouvé son style. Je serais incapable d'écrire ses livres. Mon esprit n'est pas fait pour ça. J'ai été proche du roman noir, mais sans franchir le seuil. Sorcier était pour moi un exercice de style... Puis je me suis trouvé. J'aime la nature. C'est mon élément. En écrivant Dalva, vous vous mettiez dans la peau des Indiens ? Leur littérature vous touche-t-elle particulièrement ? J. H : Je connais bien la littérature indienne. James Welsh est mon ami. Je n'avais pas le choix, quand j'ai écrit ce livre. Il s'est imposé à moi. Dans mon passé, j'ai beaucoup visité les réserves. J'ai vécu là-bas pour comprendre ce qu'il s'y passait... Je me sentais proche d'eux, parce que j'étais pauvre quand j'étais jeune. Quand j'ai perdu mon oeil, j'ai écrit un livre pour les enfants, sur ce thème, qui s'appelait le Garçon qui courait dans les bois. Les écrivains indiens apprécient ce que j'écris, notamment la nouvelle " Chien Brun ". Je n'aime pas la xénophobie. Je n'ai jamais eu de problèmes avec les native-writers. La nouvelle génération (Owens, Querry, etc.) a de de bons écrivains et des hommes droits, de bons poètes Vous êtes très apprécié en France. Qu'avez-vous pensé du Festival de Saint-Malo ? J. H : Chez moi, on me lit à New York... J'ai plus de succès en Europe, c'est vrai. Je suis traduit dans 24 pays. La France a une tradition plus culturelle. Les Français nous repèrent avant nos compatriotes, comme ce fut le cas avec James Joyce et les jazzmen. Quant au festival, c'est bien mais ça m'a fatigué, j'étais très sollicité... En fait, j'ai surtout apprécié le vin, les fruits de mer, et la plage. Pas la foule. Je suis claustrophobe. Alors, dans ma chambre, j'ouvrais la fenêtre et je voyais la mer: c'était super !... Vous engagez-vous pour des causes politiques ? J. H : Je me considère comme un poète...de gauche. Les politiciens me font chier ! Chez moi, ils foutent en l'air le pays. Chez nous, écrire sur la nature, c'est un acte politique, ça vient du coeur. J'ai participé à des marches sur Washington, dans les années 60-70, et je me suis fait matraquer, comme les autres... Dalva et tous les autres romans de Jim Harrison sont publiés en 10-18 ou chez Christian Bourgois.Julip, son dernier roman publié en France, est sorti chez Christian Bourgois, 322 p., 140 F Son dernier texte, paru chez Albin Michel, dans Terres d'Amériques, un ouvrage de 52 pages, écrit avec James Welsh, est offert par certains libraires aux acheteurs d'un ouvrage récent de la collection... " J'ai d'abord pensé qu'en tant que romancier et poète je n'avais pas les compétences nécessaires pour écrire un essai d'histoire naturelle sous le menace du fusil. Comme l'ont jadis prouvé mes notes en sciences de la vie et en géologie à la fois au lycée et à l'université, j'avais l'esprit soit ailleurs, soit carrément nulle part. J'étais doué pour la métaphore, mais à mes yeux un zygote ressemblait uniquement à un point d'interrogation. Après que j'eus battu tous les records de mauvaises notes dans le test d'identification de cent échantillons de pierres au département des sciences naturelles de l'université d'Etat du Michigan, le professeur me dévisagea avec l'intense curiosité de l'homme qui vient de découvrir le platypus à bec de canard. A cette époque, j'avais dix-neuf ans et mon esprit était entièrement sous l'emprise de Rimbaud et de Dostoïevski, de Mozart et de Stravinski; si, dans ses Lettres à un jeune poète, Rilke ait prescrit l'étude de la zoologie des invertébrés, j'aurais volontiers suivi son conseil, mais il n'abordait jamais ce sujet. " Bizarrement, j'essaie toujours. Il y a, dans mon 4X4, une vieille caisse de vins de Bourgogne où je conserve une douzaine de manuels d'histoire naturelle que je consulte fréquemment. Un jour, dans les collines sablonneuses du Nebraska, je suis resté assis sur une butte pendant tout un après-midi d'été pour identifier l'ensemble des herbes et des plantes poussant autour de moi, à l'aide du livre de Van Bruggen intitulé Fleurs sauvages, herbes et autres plantes des Plaines du Nord et des Black Hills. Je me suis aussi endormi et j'ai vu Crazy Horse, qui m'a aidé à rêver l'héroïne de mon roman encore en gestation, Dalva. Je me suis réveillé convaincu, comme tant de fois auparavant, que tout est lié, ou alors c'est que nous traversons une sale passe. Mozart et le plongeon imbrin appartiennent à la même nature, tout comme l'esprit de Lorca et le faucon gris que j'ai la chance d'avoir pour voisin de notre maison en adobe à Patagonia, en Arizona. La voix du coyote et le pétroglyphe du roi lézard près de Baboquivari s'enchevêtrent en une voix plus pure qu'aucune de nos modernes machines de distraction. Les chouettes naines qui se rassemblaient dans le chêne noir au-dessus de notre feu de camp sur le Gray Ranch firent davantage pour que je me sente chez moi sur Terre, que la ferme où j'habite depuis vingt-cinq ans. La présence d'autant de chouettes naines dans un seul arbre vous décape le cerveau au point que vous les voyez d'un autre oeil, avec un regard qui ressemble presque au leur. Le vers de William Blake s'impose en l'occurrence: " Ne comprends-tu donc pas que le moindre oiseau qui fend l'air est un immense monde de délices fermé à tes cinq sens ? " Cette attitude s'oppose à l'anthropomorphisme si justement méprisé par les savants épris de littérature." J. H.
PLAIN
SONG - 1965 |
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