LA LATITUDE DES CHEVAUX

Sylvie ARGONDICO

 

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Fiche :

Auteur Sylvie Argondico
Editeur Carriere Anne
320 pages
ISBN 2843372372

Résumé :

La « Latitude des Chevaux » est un terme de marine, qui désigne un lieu, situé près du tropique du Cancer, où les bateaux immobilisés par l'absence de vent se voyaient contraints de jeter les chevaux à la mer. C'est aussi, dans la vie, tous les sentiments, les pensées inutiles que l'on est parfois obligé d'abandonner pour trouver la force de continuer.
Pierrot a soixante-neuf ans. Il est entouré de quelques amis fidèles : René, syndicaliste infatigable, Mariette, aux embrassades redoutées, Willy, patron de bar qui n'a qu'une plaisanterie à son répertoire, et Claude, l'érudit du groupe.
Tout ce petit monde lutte contre le temps, chacun à sa façon, avec humour et une volonté farouche de ne jamais s'appesantir sur son sort. Dans cet univers ouvrier, on blague, on joue à la belote, et on laisse la nostalgie et le chagrin à la porte.
Mais ce bel équilibre sera soudain rompu par un événement inattendu, qui remettra en cause l'idée même que Pierrot se faisait jusqu'alors de l'existence et du sens profond de l'amitié.
Un roman qui parle magnifiquement des petits bonheurs quotidiens.

Editions Anne Carrière

Extrait :

J’étais de nouveau confronté à la subite intensité de l’Absence, à son implacable étrangeté, à sa raide évidence. Au bout de quinze ans, je ne me faisais toujours pas à celle de Lisette. Il m’arrivait encore de me réveiller et de tendre la main pour la toucher. Quand le bout de mes doigts effleurait le vide, je revenais à moi. Alors que dire, que penser maintenant de cette absence toute fraîche ?

La plupart du temps, je restais chez moi. Je m’attaquais à des tâches que j’avais remises depuis des mois. Je m’abîmais dans l’action pour ne pas m’abîmer tout court. Mais j’avais bien du mal à tenir les idées noires à distance. Je me demandais pourquoi j’avais finalement freiné, avant le virage. Je ne me comprenais pas bien. Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à en avoir marre de tout ça ? Pourquoi est-ce que la terreur de la décennie à venir ne submergeait pas tout ? On pouvait bien m’objecter la verdeur encourageante de certains artistes frisant les quatre-vingts ans ? Je répondais que la vie d’un chanteur ou d’un acteur n’avait rien de commun avec celle d’un métallo ou d’un soudeur. L’usure n’était pas la même. Et je n’avais pas besoin de la complainte de Carmen Cru pour connaître la longue liste des cadeaux que la vieillesse nous réservait, à plus ou moins brève échéance.

Alors pourquoi mon pied sur le frein ? Je tenais la réponse, d’une certaine façon : la somme des menus plaisirs avait beau diminuer comme une peau de chagrin, c’était encore mieux que rien. Et surtout, ce presque rien m’était familier.

Car si j’avais parfois certaines idées romantiques, comme celle de retrouver Lisette, Lisette qui viendrait me tendre la main de l’autre côté d’un rideau de brouillard, ça ne tenait pas longtemps. Je n’y croyais pas vraiment, à cet au-delà blanc et cotonneux, à tous ces proches qui viendraient m’accueillir, sur un fond un peu irréel, comme dans un mauvais téléfilm. D’ailleurs, cette vision me foutait un peu les jetons. Et même, en admettant que ça existe, on y faisait quoi, dans cet ailleurs idéal ? Des rondes à n’en plus finir ? Des ateliers de bonnes actions ? Des concours de sourires bienveillants ? Des excursions à dos d’anges dans le grand paradis ? Tu parles de te faire chier !

Bon, et puis si c’était pas ça, c’était quoi alors ? Le Néant ? Le grand Quedalle ? C’était encore plus dur à avaler. Ca fout le vertige, le rien. Il vaut mieux ne pas y penser. A un certain niveau, on se fait mal au crâne avec des idées pareilles. Vient un moment où l’on est coincé. Le raisonnement ne nous est plus d’aucune utilité. Parce que si l’on était capable de concevoir vraiment une puissance supérieure, on serait cette puissance supérieure. C’est logique. Donc il ne reste plus qu’une alternative : la foi ou pas la foi. S’embarquer sur les ailes de quelqu’un ou rester au volant, avec les risques et la liberté que cela implique. Shakespeare, vieux brigand, tu t’es bien foutu dedans. C’était croire ou ne pas croire qu’il fallait dire.

Voilà à quoi se résumaient mes journées. A bricoler et à gamberger sur des sujets impossibles. (Pages 72-73)

Critique/Presse:

Les internautes en parlent : EBBP2001@YAHOO.FR, NANTES : ORIGINALITE HUMOUR TENDRESSE :C'est un livre qui se lit très aisément... Il touche tous ceux qui arrivent à l'automne de leur vie, avec toutes les interrogations que cela suppose. Les personnages ont cependant gardé toute leur fraicheur. L'auteur fait preuve d'un très grand sens de l'analyse des sentiments. Contrairement à ce que l'on pourrait craindre, ce livre est tout sauf pessimiste.

Petite remarque perso : J'ai lu ce livre dans le cadre du jury FNAC du prix des adhérents et des libraires 2003. Il m'est parvenu sous forme de manuscrit non corrigé. Première expérience pour moi, l'impression d'entrer dans l'univers de l'édition, ce que l'on ne voit jamais du livre avant sa parution. Le roman m'a beaucoup plu. Simple, quotidien, plein d'émotions retenues, justes. La pudeur des sentiments, le savoureux des rapports d'amitié entre de vieux copains. Le regard à la fois ironique et tendre des retraités sur eux-mêmes et sur les jeunes, sur la vie en général. La nostalgie certes, parce que certains de ceux qui partageaient les bons et les mauvais moments sont "partis" et qu'il faut bien "faire avec", ou plutôt vivre sans., mais aussi les rires et les fêtes ! Ceux que l'on relègue parfois au rang de "séniors" débordent de vie, de rires, d'enthousiasme, l'amitié soutient quand survient un p'tit coup de blues... Et parfois, le fossé entre les génération se comble et c'est un moment rare où tout semble bien s'accorder, on oublie l'âge de chacun, et l'on ne voit plus que l'être humain... Un bien agréable moment que celui partagé avec tout ce petit monde là.

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