Une saison très livres !

La rentrée littéraire commence à faire les gros titres de la presse spécialisée. Ici, comme l'an dernier, je vous propose une petite sélection personnelle (mes lectures de l'été) qui n'a rien à voir avec ce grand événement éditorial et commercial.

Néanmoins, pour vous guider un peu dans la vague de livres qui va submerger les étagères de vos librairies préférées, pour le meilleur et parfois pour le pire, je vous propose quelques liens :

Le blog d'Esther : Une vie de libraire (Voir les commentaires des visiteurs en toute fin de page )
Le dossier du magazine Lire consacré à la rentrée littéraire
Le petit journal : Renrée littéraire - Dégageons les étagères
Le Nouvel Obs : Le guide de la rentrée littéraire
Evène : Le tourbillon en marche

   

Mon pays réinventé

Isabel Allende

"Mon sort est d'aller d'un endroit à un autre et de m'adapter à de nouvelles terres. Je crois que j'y parviens parce que j'ai des poignées de ma terre dans mes racines et que je les emporte partout avec moi"

L'auteure évoque son Chili, pays qu'elle a quitté enfant et qui n'a jamais cessé d'habiter en elle.

Son pays réinventé. Sans doute ne correspond-il pas tout à fait au Chili tel qu'il est, mais il ne peut en être autrement.

Un beau récit que celui d'Isabel Allende. Plein de tendresse et d'humour, de lucidité aussi. Une réflexion sur la condition "d'exilé".

 

En marge

Jim Harrison

"Certains jour, votre conscience est tout bonnement "coincée", pour employer un terme contemporain. Parfois le passé demeure dans une région où "tourbillon est roi", comme le disait Aristophane. De plus, si vous pouvez travailler tous les jours à vos mémoires, disons sept jours d'affilée et sans tricher, le travail de chaque jour sera peut-être de nature très différente. La mémoire visuelle vient en premier, puis les sons et les odeurs arrivent, et enfin la fragilité des sensations tactiles et gustatives. Par ailleurs, le cerveau est parfaitement capable d'inventer des souvenirs de toutes pièces, à condition d'être sondé avec une énergie suffisante."

J'ai lu avec passion Dalva et la route du retour.
Ces "mémoires" un peu "en marge" m'ont captivée. Une réflexion sur le métier d'écrivain, sur le métier d'homme... Une belle humanité, fragile et exacerbée.

 

Intimité

Hanif Kureishi

"Mais peut-être que le bonheur résulte d'un apprentissage. En tout cas, je n'ai certainement pas appris à le connaitre dans cette maison. Peut-être que je ne l'ai pas cherché, je ne me suis pas autorisé à le percevoir. Il y a sans doute eu des occasions. Tel après-midi, quand... Leurs visages souriants. La main de Susan au moment où... Et pourtant, les rideaux en velours, le fromage à pâte molle, les satisfactions du travail, les garçons qui courent à en perdre haleine -tout ça ne suffit pas. Et lorsque ça ne suffit pas, eh bien ça ne suffit pas. On ne peut pas s'en contenter. "

Un homme va partir pour ne plus revenir. Le livre retrace la dernière soirée qu'il passe chez lui, perdu dans ses pensées, observant ses enfants pour graver en lui l'image... indélébile. Un livre sans concession, d'une grande lucidité, d'une grande détresse aussi... un homme face à lui-même. Mais au matin, malgré tout, il s'en va. Il ne pouvait en être autrement.

   

Les passagers anglais

Matthew Kneale

"Ainsi s'est résolu ce foutu mystère à propos de ce qui était arrivé à maman et à papa. J'ai vu les autres m'observer, et leur regard disait que j'étais différent maintenant, pas tout à fait comme eux, et c'était horrible. D'un seul coup, tout dans le monde entier à été complètement gâté, et en plus c'était ma faute. Je voulais revenir en arrière pour que tout redevienne comme quand on était assis autour du feu, tranquilles, comme d'habitude, en train d'attendre la viande."

Un roman d'aventure dans la plus pure tradition. Récit relatant un épisode plutôt sombre de l'histoire de la Tasmanie. Le lent génocide des aborigènes. Pour mieux répandre les bienfaits de la civilisation britanique la colonie installée dans l'île prend de nombreuses initiaitives toutes plus désastreuses les unes que les autres... Indéniablement, les pires comme les meilleures intentions ne font qu'agraver la situation.

   

Dix-neuf secondes

Pierre Charras

"C'était un rendez-vous de désamour, un coup de foudre à l'envers. Un adieu peut-être. "

Le roman commence comme un petit bijou de poésie et de finesse. Les destins se croisent, le RER avance dans l'obscurité des tunnels, la lumière soudain jaillit et giffle les visages derrière les vitres. Et puis, à Une seconde, tout bascule. Je n'en dirai pas plus parce que je ne m'attendais pas du tout à la suite.
Un livre d'une actualité brûlante, malheureusement, qui aborde le sujet différemment, de l'intérieur.

   

Petits suicides entre amis

Arto Paasilinna

"Sur le sentier, il avait soudain senti un étrange éclatement à la tempe droite, comme si une veine s'était rompue dans sa tête. Ç'avait été une impression merveilleuse, libératrice. Quelle chance de pouvoir ainsi mourir de mort naturelle dans ce paysage ensoleillé, honorablement, en quelque sorte. Une hémorragie cérébrale est une cause de décès convenable, même pour un colonel, surtout en période de paix. Pris de vertige comme il se doit, il s'était écroulé à quatre pattes sur le pré, espérant que les spasmes de l'agonie ne tarderaient pas.
Il s'était frotté la temps, la veine avait taché la peau en cédant. Il avait regardé sa main. Nom d'un chien, ce n'était pas du sang, mais une pâte blanche et nauséabonde. Il lui avait fallu quelques instants pour comprendre qu'il n'avait pas été frappé d'apoplexie. La coupable était une mouette tournoyant dans le ciel."

Tout le livre est ainsi... Une petite merveille ! Un car de désepérés en mortelle escapade repoussant sans cesse l'heure tragique pour finir par se demander si la vie ne serait pas finalement trop belle pour être perdue volontairement ! ;o)

   

Traversée

Nikki Gemmell

"Je peux dresser un catalogue sensoriel de l'Antarctique. La sensation de l'air qui s'assèche sur ma joue, la fourrure d'un bébé phoque âgé d'un jour, le contact d'un iceberg, un blizzard, un amant, la sensation de la sueur par moins vingt-trois, d'un appareil photo qui reste collé au visage, du froid qui, comme du verre, me coupe la peau, d'un flocon de neige, d'un homme mort, des doigts d'un médecin sur ma cuisse interne, d'une langue sur mon oeil."

Une femme dans un univers d'hommes. La promiscuité du bateau, la rudesse des conditions climatiques... et la vie qui se recentre sur l'essentiel. D'autres priorités changent le regard que l'on porte sur les autres, sur soi-même.

   
Fiche à venir

La reine de l'Idaho

Thomas Savage

Je m'appellerai donc Tom Burton, ou plutôt Thomas Burton, puisque c'est ainsi qu'apparaît mon prénom sur les romans que j'écris. Pour certains lecteurs, je suis trop difficile, mes phrases allant parfois au-delà de la simple énonciation. Beaucoup de lecteurs ne sont à l'aise qu'avec des phrases simples et préfèrent les livres qui les récompensent d'avoir cru en un happy end, d'avoir cru qu'il y a un trésor au pied de l'ar-en-ciel même quand l'arc-en-ciel continue à fuir et que ceux qui courent après ont les pieds en compote. Pas de fin heureuse ou malheureuse ; il n'y a qu'une pause.

Je découvre Thomas Savage... qui a déjà vu son roman "Le pouvoir du chien" traduit en français. Auteur majeur, considéré outre-atlantique comme un classique. Comme Jim Harrison, il fait partie de ceux que l'on appelle "les écrivains du Montana".

   
Rentrée 2006